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Discours d’ouverture de Fred van Leeuwen, Secrétaire général de l’IE, à l’occasion du Sommet sud-africain sur le développement professionnel des enseignants organisé à Johannesburg le 29 juin 2009

Publié 1 juillet 2009 Mis à jour 1 juillet 2009

Madame la Ministre, représentants du gouvernement, Monsieur le Président de l’Internationale de l’Education, distingués invités, collègues et camarades,

Je souhaite tout d’abord exprimer mon admiration pour cette initiative d’organiser un Sommet national sur le développement professionnel des enseignants en Afrique du Sud. Je suis honoré d’être invité à me joindre à vous et de partager avec vous quelques réflexions à l’occasion de ce dîner d’ouverture.

Le Sommet intervient après une longue attente. Les syndicats de l’éducation ont appelé à son organisation depuis 1994. Ce sommet a aujourd’hui le soutien du gouvernement et des agences concernées. Cette semaine, vous réunissez des acteurs clés.

Vous vous êtes réunis suite à la reconnaissance commune que la réalisation d’une éducation de qualité pour tous les étudiants d’Afrique du Sud restera un rêve impossible à moins que les retards accumulés et les fortes inégalités du passé ne soient corrigés. Les enseignants et leur développement professionnel sont essentiels afin de réaliser ce rêve.

L’organisation de ce sommet est en soi une reconnaissance que tous les acteurs sont dans le même camp en ce qui concerne la recherche des moyens nécessaires afin de disposer d’enseignants de qualité pour une éducation de qualité. Il s’agit d’une aspiration commune. Je félicite nos organisations membres en Afrique du Sud, SADTU, NAPTOSA et SAOU, d’avoir relevé d’importants défis : selon l’OCDE, vous comptez presque 390 000 enseignants en Afrique du Sud, y compris dans les écoles privées. Environ un tiers d’entre eux ont besoin d’être soutenus afin d’obtenir tous les diplômes requis. Tous doivent avoir la possibilité de renforcer leurs compétences dans une société et dans un monde qui changent rapidement. Par ailleurs, il existe une pénurie croissante d’enseignants, en particulier dans les matières essentielles, telles que les mathématiques et les sciences, ainsi que les langues, dont les langues autochtones et l’anglais. Malgré des améliorations, il n’y a actuellement pas assez de nouveaux enseignants sortant des institutions de l’enseignement supérieur et il est difficile d’attirer de nouvelles personnes dans la profession. Le besoin urgent de développement professionnel des enseignants doit par conséquent non seulement corriger l’héritage du passé mais également surmonter les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes lorsqu’ils entrent dans la profession pour la première fois. L’un des facteurs importants afin de combler la pénurie d’enseignants est de retenir vos enseignants actuels, et en particulier d’améliorer les taux de rétention des jeunes enseignants. Il s’agit d’un problème majeur dans de nombreux pays. Il est essentiel de mener des programmes efficaces de développement professionnel des enseignants afin d’aider ces jeunes à bien commencer et à envisager un avenir dans la profession.

Ne nous faisons pas d’illusions. L’enseignement, pour citer la Commission de l’UNESCO sur l’Education pour le 21e siècle, est la profession la plus noble. Elle est toutefois une profession difficile, en particulier au début. Les défis et la réalité de l’enseignement dans le monde d’aujourd’hui peuvent être décourageants. Un nombre trop important de nos jeunes enseignants abandonne. Nous devons les aider à relever les défis et à devenir de bons enseignants assurant à leurs élèves, la prochaine génération, un apprentissage de qualité.

La fuite des cerveaux

L’Afrique du Sud est confrontée à un autre défi : le recrutement des enseignants d’ici par des pays comme la Grande-Bretagne afin de combler leur propre pénurie d’enseignants. La mobilité à l’échelle mondiale peut être positive, mais elle doit être équitable. Lorsqu’elle n’est pas compensée par un afflux de cerveaux, la fuite des cerveaux pénalise les économies émergentes, telles que l’Afrique du Sud, ainsi que les élèves.

Les ministres de l’Education du Commonwealth se sont réunis à nouveau à Kuala Lumpur, en Malaisie, la semaine dernière et ont débattu entre autres de la mise en œuvre du Protocole du Commonwealth sur le recrutement des enseignants, que nous souhaiterions d’ailleurs voir appliquer à tous les pays, pas uniquement aux pays membres du Commonwealth, à travers l’OIT et l’UNESCO. Les accords internationaux sur les bonnes pratiques font partie des solutions. Toutefois, les mesures efficaces en terme de développement professionnel des enseignants à l’échelle nationale sont au moins aussi importantes afin de retenir les enseignants.

Pertinence du Sommet pour l’Afrique et le monde

L’Internationale de l’Education aborde ces questions partout dans le monde. Avec 30 millions de membres répartis dans 172 pays, nous sommes confrontés aux questions traitées par votre sommet dans le monde entier. C’est pourquoi votre sommet est si pertinent et utile, non seulement pour l’Afrique du Sud mais au-delà de vos frontières, pour l’ensemble du continent africain, et toutes les régions du monde.

Il existe aujourd’hui une pénurie croissante d’enseignants dans le monde. Il y a deux ans, l’UNESCO a publié une étude détaillée montrant que nous aurons besoin de 18 millions de nouveaux enseignants du primaire en 2015 afin de satisfaire les besoins existants et de réaliser l’Objectif du Millénaire pour le développement de l’éducation primaire pour tous. Les pays industrialisés auront besoin de cinq millions de nouveaux enseignants alors que ce nombre est de 13 millions pour les pays en développement et les économies émergentes. Le vieillissement de la population enseignante du Nord est l’un des facteurs du recrutement d’enseignants étrangers et de la fuite des cerveaux que je viens de décrire. En plus de ces 18 millions d’enseignants du primaire, le monde a besoin de millions d’enseignants supplémentaires dans l’enseignement secondaire, professionnel et supérieur.

Les gouvernements prennent trop souvent des raccourcis afin de répondre à ces besoins, en recrutant et en envoyant des personnes non qualifiées devant les élèves dans les salles de classe alors qu’elles n’y sont nullement préparées et n’ont aucune perspective de développement professionnel. Ce type de raccourcis pénalise les générations futures. Le risque majeur pour une grande partie de l’Afrique aujourd’hui est de perpétuer les énormes inégalités existantes en matière d’éducation. De la même façon que l’Afrique du Sud doit corriger l’héritage du passé à travers des initiatives comme ce sommet, les nations d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine doivent avoir la possibilité de recruter et de préparer les enseignants de qualité pour une éducation de qualité. Il s’agit d’une des questions clés que nous sommes en train d’aborder avec la Banque mondiale et d’autres agences.

Politiques de l’IE

L’Internationale de l’Education est le porte-parole de la profession enseignante au sein de la communauté internationale mais également à d’autres niveaux. Notre succès le plus récent est de siéger au Parlement sud-africain… Afin d’éviter tout malentendu, l’Internationale de l’Education est à la fois un syndicat et une organisation professionnelle. Nous avons toujours considéré les aspects syndical et professionnel de notre action comme les deux faces d’une même pièce: celle de l’éducation de qualité. Nous avons ainsi abordé les questions liées à la formation des enseignants et au développement professionnel des enseignants depuis la création de l’IE en 1993. Permettez-moi de mentionner quelques principes généraux.

  1. La formation des enseignants doit reposer sur le concept de développement professionnel tout au long de la carrière de l’enseignant. Nous estimons qu’il existe une continuité entre la formation initiale et la formation continue des enseignants. «L’enseignement est un apprentissage tout au long de la vie». «Un processus d’apprentissage tout au long de la vie» : c’est là tout le sens du développement professionnel des enseignants.
  2. La formation des enseignants devrait être équilibrée du point de vue théorique et pratique. La préparation professionnelle des enseignants doit inclure une période de pratique, et la transition vers l’enseignement doit inclure une période d’initiation avec les ressources et le soutien adéquats. Il est essentiel d’associer la formation initiale des enseignants à la réalité de l’enseignement à l’école à travers la collaboration avec les enseignants expérimentés qui leur serviront de tuteurs. Trop souvent, les gouvernements confrontés à des contraintes de financement n’apportent pas ce soutien aux nouveaux enseignants. Pourtant, s’ils y réfléchissaient un instant, ils s’apercevraient que les coûts d’une bonne initiation sont considérablement moins élevés que les coûts associés à l’abandon des jeunes enseignants au début de leur carrière. Des programmes d’initiation efficaces peuvent faire toute la différence à cet égard.
  3. Nous avons également souligné que les connaissances et les compétences que doivent maîtriser les enseignants peuvent être présentées sous quatre rubriques:
    • Connaissances et compétences pédagogiques Apprentissage de la théorie et de la pratique de l’éducation, notamment comment travailler au sein d’une équipe enseignante et comment établir, en tant que professionnel, le dialogue avec les parents et la communauté locale.
    • Connaissances approfondies des matières enseignées; Comment apprendre aux étudiants à faire des recherches sur ces matières; et à leur apprendre à apprendre.
    • Connaissances des développements psychologiques des enfants, adolescents et adultes, et
    • Compréhension des approches pédagogiques liées aux questions plus larges auxquelles les jeunes sont confrontés - comme par exemple les droits de l’homme, comment devenir un citoyen actif, inculquer le respect des identités et des cultures, informer sur la santé et la prévention du VIH/SIDA, lutter contre l’impact du changement technologique, et répondre au changement climatique.

Nous pouvons constater que la préparation et le développement professionnel des enseignants doivent être à la fois étendus et approfondis. C’est pourquoi un certain temps est nécessaire afin de bien préparer les enseignants. C’est également pourquoi les raccourcis que nous voyons dans un trop grand nombre de pays pénalisent à la fois les personnes propulsées dans les salles de classe et les étudiants qu’ils sont censés enseigner.

L’essence de l’enseignement

Ces éléments sont des conditions de base à la préparation et au développement professionnel des enseignants. Mais ils ne parviennent pas tout à fait à retranscrire l’essence de la vocation d’enseigner. Enseigner, c’est avant tout donner à chaque enfant, à chaque jeune, l’occasion de réaliser son potentiel en tant qu’être humain et membre de la société. La Présidente fondatrice de l’IE, Mary Futrell, qui occupe désormais le poste de Doyenne de la Faculté de l'Education à l'Université George Washington aux Etats-Unis, l’a formulé ainsi: «Un miracle se produit lorsque le potentiel inexploité d'un enfant rencontre le talent et le dévouement de l'enseignant».

Parfois, nous n’avons même pas conscience de ce miracle. Permettez-moi de partager avec vous une expérience personnelle. Il y a deux mois, j’ai reçu un courriel d’une personne me demandant si j’étais bien la personne qui avait été son enseignant à la Burgemeester van de Voort van Zijpschool d'Utrecht, aux Pays-Bas, de 1974 à 1975. J’ai immédiatement reconnu le nom ! Un petit garçon très intelligent de neuf ans à l’époque qui avait quitté l’Afrique du Sud pour venir en Hollande où son père a pu poursuivre son doctorat. Plus de trente ans plus tard, il m’a raconté une histoire que j’avais complément oubliée, qu’il avait été pris pour cible par l’un de mes collègues, qui le considérait, en tant que Sud-Africain blanc, en quelque sorte responsable de l’apartheid…

«Je me suis senti comme une victime», m’a-t-il écrit, «je me suis senti également démuni car je n’avais que neuf ans.»

«Vous aviez fini par vous en rendre compte et vous l’aviez réprimandé à ce sujet devant toute la classe, ce que j’ai trouvé très courageux, parce qu’il était bien plus âgé que vous. Vous nous aviez ensuite expliqué ce qu’était l’apartheid, pourquoi ce système était inacceptable mais qu’un enfant âgé de neuf ans ne pouvait être tenu responsable de cette situation.

Le message le plus important que vous m’avez transmis était que tous les Sud-Africains blancs ne soutenaient pas obligatoirement ou ne devaient pas obligatoirement soutenir l’apartheid, mais que chaque personne pouvait faire un choix. C’était un point de vue très libérateur pour un jeune garçon à qui l’on avait appris dans son propre pays que nous étions engagés dans une guerre raciale historique pour laquelle la défaite constituait la seule alternative possible à la victoire.

J’ai toujours voulu vous en remercier ... Merci beaucoup car la façon dont vous êtes intervenu dans cet incident, ainsi que les valeurs que vous nous avez inculquées, ont sans aucun doute constitué un pilier de mon éducation.

Je pense que je suis devenu militant ce jour là. Mes parents étaient également opposés à l’apartheid mais, en tant que parents, étaient très protecteurs de leurs enfants dans l’Etat policier qu’était l’Afrique du Sud dans les années 70.

Qu’est-il devenu, ce garçon ? Il est reparti deux ans plus tard à Pietermaritzburg afin de terminer son enseignement secondaire puis partit étudier à l’Université de Stellenbosch, devint membre actif du National Union of South African Students et occupe désormais le poste de Directeur en chef pour la Population et le Développement au Département du Développement social à Pretoria…

Pour en revenir à cette question, le développement professionnel des enseignants doit non seulement permettre d’actualiser et d’améliorer les compétences pédagogiques des enseignants mais devrait également les inspirer. L’enseignement inclut de nombreux aspects routiniers (peut-être comme dans tout autre emploi). La gestion de classe, les relations avec les parents et les collègues, les questions administratives, etc. viennent s’ajouter à l’enseignement lui-même. Les enseignants ont besoin de «temps libre» pour prendre du recul et réfléchir à leur tâche essentielle : l’enseignement aux enfants et aux jeunes. Cela peut paraître moins concret, mais le fait de consacrer du temps permettant aux enseignants de prendre du recul et de réfléchir aura des bénéfices considérables en terme de qualité de l’éducation.

La formation continue doit à la fois être considérée comme un droit et une obligation. Elle devrait être accessible pendant les heures de travail de façon à faciliter la participation de tous les enseignants. Et, oui : elle devrait également être reconnue comme l’un des facteurs à prendre en compte en matière de promotion et d’avancement professionnel.

Améliorer les qualifications des enseignants qui n’ont pas toutes les qualifications requises

Le développement professionnel des enseignants afin d’améliorer les qualifications de ceux qui n’ont pas les diplômes requis constitue l’un des grands défis pour l’Afrique du Sud - et pour de nombreux autres pays, comme nous l’avons vu précédemment, ceux-ci représentent environ un tiers de l’ensemble du personnel enseignant d’Afrique du Sud.

Vous devez relever ce défi, si vous voulez, comme j’en suis convaincu, accorder la plus grande priorité à l’éducation de qualité pour tous dans votre pays. Un échec à cet égard reviendra à perpétuer un système à deux ou à plusieurs vitesses, permettant seulement à une proportion d’étudiants de bénéficier de l’enseignement assuré par des enseignants qualifiés. Ceci ne fera que perpétuer l’injustice. Une fois encore, un héritage du passé qui devra être corrigé.

J’aimerais ajouter qu’il existe un risque important d’aggravation du problème en Afrique du Sud et dans l’ensemble de l’Afrique. Si un grand nombre de personnes non qualifiées sont réengagées dans les écoles afin de réaliser les objectifs de l’Education pour tous, cela signifie qu’il y aura alors davantage de personnes dont les qualifications devront être améliorées. Votre document de travail indique à juste titre que «la qualité de notre recrutement a une incidence directe sur la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage.»

L’IE est consciente du fait que des solutions improvisées devront être mises en œuvre dans de nombreux pays, telles que la formation accélérée afin de faire face à des situations d’urgence. Mais il convient de souligner que de telles solutions ne sont acceptables que si elles ont été débattues et approuvées par les Ministères de l’Education et les syndicats de l’éducation.

L'OCDE

L’Afrique du Sud a récemment rejoint quatre autres pays – le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Indonésie – qui ont établi un «engagement renforcé» avec l’OCDE.

L’OCDE trouve son origine dans le Plan Marshall à travers lequel les Etats-Unis et le Canada ont contribué à la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, l’OCDE réunit 30 pays démocratiques et libéraux. Il s’agit du principal groupe de réflexion des ministères des pays industrialisés et a un fort impact sur tous les aspects des politiques nationales, y compris dans le domaine de l’économie et de l’éducation. Le Secrétaire général aime l’appeler le«Hub»(le Centre) du dialogue mondial. Certains plaisantins, notamment irlandais, l’appellent le «Pub» du dialogue mondial!

L’examen des politiques sud-africaines de l’éducation réalisé par l’OCDE et publié l’an dernier indique à juste titre que l’éducation de qualité dépend d’un cadre de qualifications plus intégré, d’un curriculum plus pertinent, de meilleurs éducateurs, d’une meilleure gouvernance des établissements scolaires et d’une augmentation du financement. Dans une de ses recommandations, le rapport appelle le Ministère de l’Education à rédiger un document de position sur les carrières des enseignants. J’espère ardemment que ce sommet sur le développement professionnel des enseignants constituera une base solide en faveur d’une politique globale sur la formation et les carrières des enseignants en Afrique du Sud.

TALIS

Il y a seulement deux semaines, l’OCDE a publié une nouvelle enquête appelée Enquête internationale sur les enseignants, l’enseignement et l’apprentissage (TALIS). Comme l’a déclaré le Secrétaire général : «TALIS nous fournit les premières données sur la façon dont les politiques éducatives sont réellement mises en œuvre, à travers le regard de ceux qui se trouvent en première ligne. L’enquête nous fournit des informations sur le monde de l’éducation sur la base d’un échantillon de 90.000 enseignants et directeurs d’écoles, représentant plus de deux millions de professionnels répartis dans 23 pays participants. Les expériences et opinions de ces éducateurs constituent un outil majeur pour améliorer nos systèmes éducatifs».

Nous accueillons favorablement TALIS car elle offre un regard unique sur l’attitude des enseignants vis-à-vis de leurs conditions de travail, la direction des établissements scolaires, du développement professionnel, des remarques et de l’évaluation collégiales et d’autres questions importantes partout dans les écoles. La vaste base de données de l’enquête apporte la preuve éclatante du fort engagement des enseignants à leur travail et de leur dévouement vis-à-vis de leurs étudiants. Les enseignants possèdent un profond désir d’apporter à tous une éducation de qualité et sont prêts à travailler dur pour améliorer leurs compétences afin de répondre aux divers besoins des populations étudiantes actuelles stimulantes d’un point de vue éducatif.

L’IE se réjouit particulièrement des résultats sur le développement professionnel. Alors que 40% des répondants ont relevé un manque d’opportunités en matière de développement professionnel, les données montrent clairement que les enseignants ont à cœur de se former tout au long de leur carrière. En effet, un grand nombre d’entre eux consacrent leur temps personnel, leur énergie et leurs propres ressources financières au développement professionnel. Mais nous avons mis en garde les ministères de l’Education contre l’utilisation de cette preuve de la volonté des enseignants à payer comme raison pour réduire les financements. Il est toujours de la responsabilité des gouvernements d’investir dans la formation continue afin de promouvoir un personnel enseignant compétent et hautement qualifié.

PISA

L’OCDE mène également la célèbre enquête PISA, comparant les résultats scolaires des enfants de 15 ans, qui est réalisée tous les trois ans. L’édition 2009 sera organisée dans 62 pays. Il ne fait aucun doute que l’Afrique du Sud réfléchit à sa propre participation à l’enquête suivante qui aura lieu dans 3 ans.

PISA est selon nous une arme à double tranchant. Lors de leur publication, les résultats suscitent un fort intérêt médiatique mais sont souvent utilisés à mauvais escient par les responsables politiques. Toutefois, PISA a également prouvé que les nations peuvent garantir à la fois la qualité et l’équité dans l’éducation. La Finlande en est un exemple remarquable : les enfants de 15 ans y obtiennent non seulement les meilleures moyennes en lecture, mathématiques et science mais occupent également la première place pour tous les groupes socio-économiques.

Cette question d’équité entre tous les groupes sociaux est bien entendu fondamentale en Afrique du Sud. Aussi PISA pourrait un jour promouvoir une analyse de la façon de garantir l’équité. Mais j’aimerais également vous mettre en garde. Quelques uns de nos gouvernements estiment que nous pouvons améliorer l’éducation en mesurant les «résultats», en utilisant des indicateurs, tels que PISA et autres. Ce fut l’approche adoptée par l’administration Bush aux Etats-Unis et le gouvernement Blair au Royaume-Uni qui sont tombés dans le piège des «classements des établissements scolaires» et celle adoptée aujourd’hui par le gouvernement Rudd en Australie.

Permettez-moi de dire une chose qui devrait être évidente : vous n’améliorez rien, encore moins l’éducation, simplement en le mesurant. Ces indicateurs ne peuvent que contribuer à la recherche de solutions.

Nous savons cependant que le développement professionnel des enseignants est essentiel à l’amélioration de l’éducation pour tous – à la réalisation de l’excellence dans nos écoles, à la qualité et à l’équité.

La crise financière et économique

Nous avons attendu 15 ans avant d’organiser ce sommet national. Il est vital. Mais il intervient au moment où la plus grave crise financière et économique des 70 dernières années est sur le point de frapper l’économie sud-africaine.

En novembre 2008, il semblait, pendant quelques mois, que la crise allait se limiter aux pays du Nord. Huit mois plus tard, nous savons que cela n’est pas le cas. Il s’agit de la première véritable crise mondiale de l’ère de la mondialisation. Tous les pays sont affectés.

En Afrique du Sud, vous étiez déjà confrontés à un chômage élevé et à des problèmes comme la migration en provenance des pays voisins. La situation va maintenant s’aggraver. L’OIT a déclaré la semaine dernière que le nombre mondial de chômeurs allait augmenter de 59 millions cette année et que 200 millions de personnes supplémentaires allaient tomber dans la pauvreté.

Nous sommes particulièrement préoccupés de l’impact de la crise sur le secteur public et les budgets de l’éducation. Les enseignants des Etats-Unis ont été affectés en premier mais ont été sauvés à court terme par le Plan de relance d’Obama (qui a sauvegardé 500.000 emplois d'enseignants). L’Europe centrale et de l’Est est actuellement touchée par la crise et a procédé à de grandes coupes budgétaires. (En Lettonie, les salaires des enseignants ont déjà été réduits de 40 à 70% !!)

Les pays africains en développement et d’autres continents vont être très durement touchés au moment où les flux financiers provenant du Nord s’amenuisent. La Banque mondiale a annoncé la semaine dernière que les flux de capitaux privés vers les pays en voie de développement cette année n’atteindront seulement qu’un quart de leur niveau de 2007. Un quart ! (Je me suis récemment rendu au Népal où la barre des 300 élèves pour un enseignant a été franchie dans certaines zones isolées!)

Le pire est à venir pour l’Europe de l’Ouest et les économies émergentes, telles que l’Afrique du Sud. Les économistes nous disent que la récession aura un impact différé sur les recettes publiques des pays concernés et ainsi sur les budgets du secteur public. L’impact de cette crise majeure se fera sentir dans ces systèmes éducatifs au courant de l’année et à l’avenir – personne ne sait vraiment pour combien de temps. Lorsqu’elle viendra enfin, la reprise aura des résultats positifs sur les recettes publiques mais ceux-ci se feront sentir après un certain temps.

Nous devons donc nous attendre à des moments difficiles dans le secteur public. Le Bureau exécutif de l’IE a procédé à un examen attentif de la situation. Nous sommes totalement dévoués à la défense des ressources en faveur de l’éducation. Je n’ai aucun doute que toutes les personnes présentes dans cette salle partagent cet engagement.

Mais nous devons également être réalistes. Les pressions sur les budgets publics vont s’intensifier. La défense de l’éducation ne sera pas suffisante. Nous devons passer à l’ offensive, être proactifs.

Notre message à l’intention des gouvernements du monde entier est le suivant : nous ne faisons pas partie du problème ; nous – le secteur de l’éducation – faisons partie de la solution. L’investissement dans les ressources humaines, dans l’éducation est la stratégie intelligente en faveur de la reprise.

Les nations souhaitant assurer une reprise forte et durable doivent investir dans :

  • L’enseignement primaire et secondaire en faveur des générations futures
  • L’enseignement et la formation professionnels. Une récession est le bon moment de renforcer les compétences.
  • L’éducation de la petite enfance, afin d’offrir les mêmes chances à tous les enfants et de garantir l’équité pour les familles, y compris les familles monoparentales.
  • L’enseignement supérieur et la recherche, afin de maintenir les normes d’excellence et la capacité à innover.
  • Et enfin, mais pas dans la moindre mesure, dans le personnel de soutien qui contribue à faire de nos écoles, établissements d’enseignement supérieur et universités des lieux d’apprentissage sûrs et performants.

L’important ici, ce sont les personnes. Et afin de réaliser ces objectifs, nous devons investir dans le personnel de l’éducation.

L’IE et ses affiliés se mobiliseront autour de ces messages clés et autour d’un ensemble de valeurs.

L’Internationale de l’Education a une vision. Cette vision englobe les principes de démocratie, d’équité et d’égalité des chances, de non-discrimination et de justice sociale. Ils sont l’antithèse des idéologies reposant d’une part sur l’autoritarisme ou d’autre part sur la cupidité et la poursuite illimitée de l’intérêt personnel. Ils incluent les concepts de solidarité et de responsabilité collective ainsi que de liberté individuelle. Leur fondement est le respect des droits humains fondamentaux. Prises dans leur ensemble, ces valeurs forment le fondement de la défense de l’enseignement public de l’IE – l’enseignement public de qualité pour tous.

Elles établissent un terrain d’entente permettant un dialogue avec les gouvernements, avec les agences internationales – et en fin de compte avec l’opinion publique à travers les médias. Elles constituent la base permettant de mobiliser au-delà des rangs des éducateurs afin d’inclure d’autres acteurs clés, dont les parents et les syndicalistes et militants des organisations de la société civile. Elles constituent également une base afin d’engager le dialogue avec les acteurs économiques de la société, en particulier les organisations des entreprises et de l’industrie.

Chers collègues, votre sommet peut jouer un rôle vital – celui de promouvoir ces valeurs à travers le développement professionnel des enseignants.

Je sais que tous les affiliés de l’IE en Afrique du Sud sont attachés au processus important que vous commencez ici cette semaine. Je suis convaincu que vous êtes sur la bonne voie. Je suis également convaincu que ce sommet aura un impact bien au-delà des frontières de l’Afrique du Sud – dans l’ensemble du continent africain et à travers le monde.

Je vous félicite une nouvelle fois, chaleureusement et sincèrement d’avoir pris l’initiative d’organiser ce sommet.

Je vous souhaite un franc succès.