Ei-iE

Afrique:

Écrit par: Emmanuel Fatoma Publié 2012-11-09 Mis à jour 2012-11-19

Recrutements

Le gouvernement a déjà recruté 1.300 enseignant(e)s, mais il reste des postes à pourvoir, les recrutements doivent donc se poursuivre. La campagne ‘A chaque classe son enseignant(e)’ porte ses fruits, mais il faut continuer à faire pression sur les gouvernements, entre autres, pour veiller à ce que les effectifs soient suffisants.

Grâce à ces campagnes et à la promotion du code d’éthique, les syndicats de l’éducation contribuent à éradiquer l’absentéisme professoral dans les écoles de leur pays.

Les inscriptions ont largement augmenté, dépassant les attentes dans bien des pays. La qualité de l’enseignement assuré suscite toutefois des inquiétudes.

Dans de nombreux pays d’Afrique, les classes sont surpeuplées. Cinq élèves sur dix partagent les manuels scolaires, des bibliothèques d’école ne disposent pas des ouvrages nécessaires et des laboratoires de science manquent de matériel essentiel. Dans ces conditions difficiles, les enseignant(e)s doivent faire preuve d’inventivité pour rendre l’apprentissage possible.

Responsabilisation accrue

Dans toute l’Afrique, les populations prennent conscience de l’importance socio-économique de l’éducation – et demandent une responsabilisation accrue du corps enseignant. Mais ce dernier n’est pas le seul protagoniste de l’enseignement. Les parents, les pouvoirs publics, les enseignant(e)s mêmes, le public et les élèves ont tous un rôle à jouer dans le processus éducatif.

Etant donné la pauvreté criante qui frappe tout le continent et les taux élevés d’analphabétisme, la lourde tâche de réussir l’éducation a été placée quasi exclusivement sur les épaules des enseignant(e)s.

Il arrive couramment que, lorsque des étudiant(e)s brillent lors d’examens publics, leurs parents vantent l’intelligence de leur enfant, sans attribuer aucun mérite au corps enseignant. S’ils ou elles échouent, en revanche, c’est en général aux enseignant(e)s qu’on le reproche.

Les enseignant(e)s africain(e)s ont toutefois accepté leur rôle de partenaire crucial de l’éducation et s’efforcent de montrer tout ce dont ils sont capables pour dispenser un enseignement de qualité.

L’absentéisme, un problème

La profession enseignante a hélas été accusée d’un absentéisme notable. Certes, ce phénomène s’accentue dans certains pays et contribue à la piètre qualité de l’enseignement. Mais doit-on en tenir les enseignant(e)s pour seul(e)s responsables ? Non. J’ai déjà pu constater que la nature de leur recrutement et leur rémunération présentait de sérieux vices dans une série de pays d’Afrique.

Libéria: perception du salaire

En travaillant aux côtés d’enseignant(e)s au Libéria, je me suis rendu compte que le mode de paiement des salaires contribue largement à leurs absences. Nancy Wreh, qui donne cours dans une école primaire à Gbanga, m’a raconté qu’elle était désolée pour ses étudiant(e)s chaque fois qu’elle devait s’absenter. « Je me sens coupable, mais je n’y peux rien », admet-elle.

Au Libéria, les enseignant(e)s sont payés par chèque. A la fin du mois, comme dans d’autres pays, ils/elles doivent se rendre aux bureaux régionaux pour encaisser leur chèque. Pour certain(e)s, ce déplacement coûte la moitié du salaire. Ceux/Celles qui ne peuvent payer le voyage doivent parfois marcher 10 ou 20 kilomètres. Ce qui peut leur prendre une semaine complète.

Campagne syndicale

Dans l’espoir d’enrayer cette tendance négative, la NTAL a lancé une campagne demandant de changer le mode de rémunération des enseignant(e)s, afin qu’ils/elles soient payés sur leur lieu de travail. La campagne porte peu à peu ses fruits et le gouvernement accélère la mise en place de banques dans les zones rurales. Mais le défi demeure et la NTAL s’est engagée à continuer à se battre tant que chaque enseignant(e) n’était pas payé(e) sur son lieu de travail. La NTAL pense que si l’on améliore le système de rémunération, les enseignant(e)s pourront rester à l’école et se concentrer sur leur métier.

Sierra Leone: recrutement plafonné

L’absentéisme professoral en Sierra Leone oscille entre 10 et 40%. Du fait des quotas fixés par le gouvernement, des classes se retrouvent sans enseignant(e)s ou dirigées par des enseignant(e)s non payé(e)s ou peu qualifié(e)s. Les directions d’école engagent, mais le personnel n’est pas formé et n’a parfois pas été rémunéré depuis deux ans.

Ces enseignant(e)s s’absentent souvent de l’école pour se rendre au siège central du Ministère de l’Education, afin de suivre leurs dossiers. L’affilié de l’IE en Sierra Leone, le Sierra Leone Teachers’ Union (SLTU), a mis sur pied une campagne sur le recrutement d’enseignant(e)s et s’est associé à ActionAid et à la Coalition nationale pour l’éducation.

Retards de paiement

Ben Vayambah, ex-enseignant et membre de la National Teachers’ Association of Liberia (NTAL), affilié à l’IE, a expliqué qu’en raison des salaires bas et du risque de dépenser la moitié de leur paie en frais de transport, certain(e)s enseignant(e)s attendent deux à trois mois pour aller encaisser leur chèque. Lorsqu’ils/elles se présentent enfin au bureau régional, on leur dit que leurs chèques ont été reversés au Trésor. Cela prend parfois trois à six mois de plus avant qu’un nouveau chèque ne soit émis au profit de l’enseignant(e).

Les enseignant(e)s des campagnes qui se rendent au bureau régional pour encaisser leur paie prennent parfois un jour de congé supplémentaire pour faire les achats du mois. Ils n’ont par conséquent d’autre choix que de fermer l’école pour effectuer le voyage et toucher leur paie. Leur absence peut durer une semaine, voire plus.