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© UNHCR/ALLANA FERREIRA
© UNHCR/ALLANA FERREIRA

Le monde abandonne à leur sort des millions de réfugié.e.s. Il faut agir maintenant.

Publié 22 novembre 2021 Mis à jour 25 novembre 2021

Le Rapport sur les indicateurs du Pacte mondial sur les réfugiés 2021, publié récemment (en angais), est un rappel saisissant de l’impact disproportionné de la pandémie sur les groupes les plus vulnérables. L’Internationale de l’Éducation appelle la communauté internationale à garantir sans délai le droit fondamental à l’éducation ainsi que le droit à un travail décent pour tou∙te∙s les réfugié∙e∙s.

Près de la moitié des enfants réfugiés non scolarisés – principales exclues, les filles

Si l’Internationale de l’Éducation se félicite des progrès accomplis en matière d’accès à l’éducation dans certains pays depuis l’adoption de la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants en 2016, qui a ouvert la voie à l’adoption du Pacte mondial, le fait que 1,8 million d’enfants réfugiés, soit près de la moitié des enfants réfugiés en âge de scolarité dans les pays déclarants, ne soient toujours pas scolarisés, est inacceptable.

Les données couvrant plus de 40 pays accueillant des réfugiés montrent que les taux bruts moyens de scolarisation des enfants réfugiés en 2019/2020 s’élevaient à 34% dans l’enseignement préprimaire, à 68% dans l’enseignement primaire et à 34% dans l’enseignement secondaire. Dans l’enseignement supérieur, le taux de fréquentation n’atteignait que 5%. Ce chiffre est nettement inférieur à notre engagement collectif de garantir une éducation de qualité inclusive et équitable pour tou∙te∙s à l’horizon 2030.

Nous devons intensifier notre engagement en faveur des personnes les plus vulnérables qui ont été touchées de manière disproportionnée par la pandémie. Les filles réfugiées ont toujours moins de chances d’accéder à l’éducation que les garçons réfugiés et, fait alarmant, une étude récente menée dans dix pays a révélé que la moitié des filles réfugiées ne retourneront pas à l’école à la reprise des cours. Pire encore, dans certains pays, la majorité, voire la totalité des filles risquent d’abandonner définitivement leurs études. Sachant qu’une personne réfugiée sur deux est une femme ou une fille, il est indispensable d’adopter des politiques et des mesures qui tiennent compte de la dimension de genre : le rapport souligne, à juste titre, que l’atténuation des impacts socio-économiques durables du déplacement sur les femmes et les filles implique, notamment, la nécessité de mettre en place des services éducatifs ciblés.

Des mesures urgentes sont requises pour lutter contre les discriminations transversales dans le domaine de l’éducation, qui ont été exacerbées par la crise de la COVID-19 : L’Internationale de l’Éducation et ses affiliés de par le monde demandent aux gouvernements de réaliser des audits de l’équité dans l’éducation, dont les résultats doivent étayer les plans de relance dans le domaine de l’éducation. Les audits de l’équité en matière d’éducation peuvent également contribuer à pallier au manque de données ventilées par âge, genre, statut de protection et diversité, indispensables pour favoriser l’inclusion des réfugié∙e∙s au sein des communautés d’accueil.

L’éducation doit être placée au cœur de la relance

L’éducation constitue l’outil le plus puissant pour permettre aux enfants et aux jeunes réfugié∙e∙s de s’épanouir et de réaliser leur plein potentiel, or les données montrent qu’elle est constamment marginalisée et chroniquement sous-financée.

Avant la pandémie, en 2019, seulement 2,6% de l’aide humanitaire était consacrée à l’éducation – bien en deçà de l’objectif mondial de 4%.

La pandémie a également entraîné une nouvelle baisse des budgets de l’éducation dans de nombreux pays. Selon les estimations, depuis le début de la pandémie, 65% des gouvernements des pays à revenu faible et moyen inférieur et 3 % des gouvernements des pays à revenu moyen supérieur et supérieur ont revu à la baisse le financement de l’éducation.

L’Internationale de l’Éducation met en garde contre une approche qui, en aval de la crise de la COVID-19, tend à se concentrer sur le développement de solutions éducatives numériques pour les réfugié∙e∙s. Une étude (en anglais) commandée par l’IE sur l’éducation des enfants réfugiés syriens indique qu’un accent disproportionné mis sur les technologies numériques est susceptible de poser des problèmes d’ordre pédagogique et de détourner les financements de besoins plus urgents, au profit d’acteurs privés.

Si nous tenons à construire un avenir plus équitable et durable pour les générations à venir, les investissements favorisant des systèmes d’enseignement public inclusifs doivent être au cœur des programmes d’aide humanitaire et d’aide au développement, ainsi que des efforts de redressement national, afin que tou∙te∙s les élèves, en particulier ceux∙celles qui en ont le plus besoin, aient accès à une éducation gratuite et de qualité.

Le rapport souligne à juste titre qu’il est urgent et possible de combler le déficit de financement pour une éducation inclusive des réfugié∙e∙s, par le biais de financements internationaux et nationaux.

Le travail décent constitue un droit universel

Le rapport souligne également le fait que la pandémie devrait accroître la pauvreté dans le monde pour la première fois en 20 ans. Environ 100 millions de personnes, dont un grand nombre de réfugié∙e∙s, vont basculer dans l’extrême pauvreté en raison de la récession économique.

Déjà avant la crise sanitaire, deux tiers des réfugié∙e∙s vivaient en situation de pauvreté. Beaucoup se heurtent à des obstacles insurmontables lorsqu’il∙elle∙s tentent d’accéder à un emploi décent. Il est crucial que les pays incluent les réfugié∙e∙s dans leurs plans de reprise économique afin de leur permettre de subvenir à leurs besoins et de contribuer à la vie de leur communauté.

Une éducation de qualité et un travail décent ne sont pas des luxes ou des privilèges. Il s’agit de droits humains universels qui doivent être respectés. En amont de la réunion officielle de haut niveau qui aura lieu en décembre pour évaluer les progrès de la mise en œuvre du Pacte mondial sur les réfugiés (PMR), l’Internationale de l’Éducation appelle à une réaction forte des gouvernements, des organisations internationales et de l’ensemble des parties prenantes pour faire face à la détérioration de l’autonomie et de la résilience des réfugié.e.s et des communautés d’accueil dans le contexte de la pandémie, un objectif central du PMR.

En l’absence de mesures immédiates visant à garantir l’accès des réfugié∙e∙s à une éducation de qualité et à un travail décent, des millions de personnes seraient condamnées à vivre dans la précarité tout au long de leur vie. Les gouvernements nationaux et la communauté internationale ont une obligation légale et morale envers tou∙te∙s les réfugié∙e∙s et les personnes déplacées. Des mesures immédiates s’imposent impérativement.