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Les syndicalistes de l’éducation définissent des stratégies pour agir contre les combustibles fossiles

Publié 22 septembre 2023 Mis à jour 21 mars 2024

La 9e réunion du Réseau Climat de l’Internationale de l’Éducation s’est tenue en ligne le 20 septembre. Le subventionnement des combustibles fossiles et leur impact sur l’éducation, ainsi que les stratégies des syndicats de l’éducation sur le désinvestissement des combustibles fossiles et l’inaltérable mobilisation en faveur de l’éducation au climat, figuraient à l’ordre du jour.

Une réponse forte des syndicats de l’éducation face au changement climatique

Le Réseau Climat de l’Internationale de l’Éducation rassemble des dirigeant·e·s syndicaux et membres du personnel dont le travail syndical est guidé par le changement climatique. Le Réseau a été créé en 2021, en vue d’orienter la campagne de l’IE : Enseignez pour la planète, qui appelle à une éducation de qualité au changement climatique et à une transition juste vers une économie verte pour tou·te·s.

La campagne s’appuie sur les informations du Manifeste de l’Internationale de l’Éducation pour une éducation de qualité au changement climatique pour tou·te·s– un document de politique qui met en exergue la vision de la profession enseignante pour une éducation de qualité au changement climatique, ainsi que le cadre politique nécessaire pour le mettre en œuvre.

Comptant des membres sur tous les continents, le Réseau Climat de l’Internationale de l’Éducation ne cesse de croitre. De nouveaux membres s’y rallient, tandis que de plus en plus de syndicats de l’éducation accordent une place prioritaire à l’action climatique.

Les investissements dans les combustibles fossiles sapent le développement durable

Lors de la 9e réunion du Réseau climat, la chercheuse Zeynep Clulow de l’Université de Cambridge, a présenté les résultats d’une étude imminente mandatée par l’Internationale de l’Éducation au sujet des subventions aux combustibles fossiles et de leur impact sur l’éducation. L’étude sera publiée avant la COP28. Toutefois, les membres du Réseau climat ont pu découvrir les principaux résultats en amont, et examiner les implications qui en découlent.

Compte tenu du soutien à la production et à la consommation de combustibles fossiles avec l’argent du contribuable, selon le Fonds monétaire international, les subventions aux combustibles fossiles se sont élevées à près de 6 billions de dollars US dans le monde, en 2021. Pourtant, les subventions aux combustibles fossiles ont des répercussions néfastes sur de nombreux aspects du développement humain durable et impactent plusieurs des Objectifs de développement durable (ODD), dont l’Objectif 1 relatif à l’élimination de la pauvreté, l’Objectif 3 sur la bonne santé et le bien-être, l’Objectif 4 en faveur d’une éducation de qualité, l’Objectif 5 pour l’égalité entre les sexes, l’Objectif 7 sur l’accès à des services énergétiques à un coût abordable et l’Objectif 12 en faveur d’une production et d’une consommation responsables.

La recherche de Clulow à paraître très bientôt analyse l’impact des subventions aux combustibles fossiles sur les indicateurs d’un ensemble d’ODD centrés spécifiquement sur l’éducation, révélant les conséquences particulièrement préjudiciables des subventions aux combustibles fossiles sur l’achèvement de la scolarité dans les pays à plus faible revenu.

La chercheuse a également formulé une série de recommandations à l’action pour les syndicats de l’éducation. Celles-ci ont été examinées par le Réseau Climat.

Stratégies pour un désinvestissement des énergies fossiles

La chercheuse sur le climat et consultante de l’IE, Alanah Torralba a fait progresser les discussions sur les énergies fossiles en présentant quelques points clés de son futur guide sur le désinvestissement des combustibles fossiles à l’attention des syndicats d’enseignant·e·s.

À la suite d’interviews menées auprès de syndicalistes de l’éducation issu·e·s du monde entier, Torralba a mis en évidence le rôle fondamental des syndicats, en vue de retirer aux entreprises de combustibles fossiles, la licence sociale dont elles n’ont de cesse de profiter en dépit des dommages irréparables occasionnés pour la planète.

Torralba a mis en lumière plusieurs façons dont l’influence de l’industrie des combustibles fossiles s’exerce sur le secteur de l’éducation : depuis l’élaboration de l’agenda sur l’éducation aux sciences et la promotion d’une compréhension néo-libérale de l’éducation, au financement de la recherche académique dans le but de modifier l’ordre du jour au bénéfice des combustibles fossiles. Ces opérations ont conduit à promouvoir de fausses solutions qui prolongent la dépendance du monde entier aux combustibles fossiles tels que les biocarburants, la nouvelle désignation du gaz naturel en combustible de transition, ou la légitimation des technologies de capture et stockage du carbone.

Précisant les implications d’un désinvestissement concerté des combustibles fossiles, Torralba a mis l’accent sur le fait que les effets les plus notables n’interviendront pas sur les fonds de pension, comme cela avait été avancé, mais affecteront uniquement les 1 % les plus riches, dont la richesse pourrait diminuer de manière dérisoire.

En outre, Torralba a partagé certaines des stratégies syndicales ayant émergé à la suite des entrevues menées auprès des dirigeant·e·s syndicaux et des responsables Climat. Celles-ci comprennent :

  • Analyser où sont investis les fonds du syndicat, fonds de pension et autres.
  • Présenter des opportunités d’(de) (ré)investissement alternatives et durables.
  • Utiliser les processus démocratiques du syndicat, tels qu’une résolution au congrès, pour formaliser les engagements en faveur du désinvestissement des combustibles fossiles.
  • Habiliter un responsable de la transition juste au sein du syndicat.
  • Élaborer les points de discussion et les arguments de votre syndicat au regard du désinvestissement des combustibles fossiles.

L’étude sur le désinvestissement des combustibles fossiles sera publiée dans les prochains mois.

Un plaidoyer durable pour Enseignez pour la planète

Les membres du Réseau Climat ont examiné les moments clés de la campagne Enseignez pour la planète, notamment la participation de l’IE dans le Partenariat pour une éducation verte, ainsi que les occasions de plaider en faveur de l’éducation au climat autour de la COP28.

Le Partenariat pour une éducation verte est une initiative mondiale ayant pour objet de parvenir à une éducation de qualité sur le changement climatique pour tou·te·s et d’assurer l’adaptation des systèmes éducatifs afin de les rendre résilients et durables. Le Partenariat est régi par un groupe consultatif qui inclut en rotation, des États membres des Nations Unies, des organisations internationales et de la société civile. L’Internationale de l’Éducation fait partie de ce groupe consultatif.

Le Partenariat œuvre au lancement d’un nouveau Fonds d’affectation spéciale multipartenaires pour une éducation verte, qui vise à mobiliser 50 millions de dollars américains au cours de la première année, à doubler cette somme en trois ans et à continuer de l’accroitre d’ici à 2030. Ce nouvel outil de financement agira en tant que centre pour le financement thématique dans l’éducation verte.

Le travail du Partenariat s’articule autour de 4 piliers :

  1. Des écoles vertes – pour des établissements à l’épreuve du climat et durables.
  2. Des programmes scolaires verts – pour garantir la fourniture par tous les pays, d’une éducation au changement climatique à tous les niveaux.
  3. Une formation des enseignant·e·s et des systèmes éducatifs verts – pour garantir des systèmes éducatifs et des ministères capables d’assurer la durabilité et de fournir aux enseignant·e·s une formation initiale et un développement continu de qualité sur le climat.
  4. Des communautés vertes – afin de garantir l’accès à une éducation au climat pour tou·te·s.

L’Internationale de l’Éducation agit en tant que chef de file du groupe de travail sur les capacités des enseignant·e·s et des systèmes, aux côtés du Partenariat mondial pour l’Éducation et de l’UNICEF. Les objectifs du groupe de travail comprennent le renforcement des capacités des éducateur·trice·s en matière d’éducation au climat, l’amélioration de la coordination intersectorielle et la consolidation du soutien des ministères, ainsi que l’intensification de la volonté politique en faveur de l’éducation au changement climatique.

En vue de parvenir à la réalisation de ces objectifs, le groupe de travail mettra l’accent sur l’organisation d’activités de renforcement des capacités et de mise en réseau, ainsi que sur des actions de plaidoyer visant à accroitre le financement en faveur de l’éducation au changement climatique. De surcroît, le groupe de travail s’attache aussi à développer une série de principes pour définir le sens du terme « qualité » dans le cadre de la formation des enseignant·e·s sur le climat. Ceci sera mis en œuvre par le biais d’un processus participatif, notamment via des consultations avec les organisations membres de l’Internationale de l’Éducation.

Appel à l’action pour la COP28 : s’adapter, atténuer, investir !

À l’occasion de la COP28, qui se tiendra à Dubaï en décembre prochain, l’Internationale de l’Éducation s’est associée à des partenaires majeurs tels que le Partenariat mondial pour l’éducation et d’autres, afin de présenter un document commun d’orientation de plaidoyer en faveur de l’éducation et du climat. Les trois principales demandes formulées sont :

S’adapter – Les pays doivent développer des plans nationaux d’adaptation de l’éducation et réaliser des évaluations de risques dans le secteur éducatif, en mettant l’accent sur les groupes marginalisés.

Atténuer - Les pays doivent inclure l’éducation dans leurs contributions déterminées au niveau national, réaliser les objectifs nationaux en matière d’éducation verte dans le cadre de l’analyse comparative des ODD, et élaborer des objectifs nationaux d’émission zéro dans le secteur de l’éducation.

Investir – Les pays doivent investir suffisamment dans l’éducation au changement climatique par le biais de budgets nationaux, débloquer davantage de financement en faveur de l’éducation, financer des organisations multilatérales telles que le Partenariat mondial pour l’Éducation et Education Cannot Wait (L’Éducation ne peut pas attendre), financer le Fonds d’affectation spéciale multipartenaires, et subventionner les pertes et les dommages.