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Enquête PISA : l’investissement dans les personnels enseignants et les systèmes éducatifs ont permis d’atténuer l’impact de la Covid

Publié 7 décembre 2023 Mis à jour 11 décembre 2023
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Retardé d’un an en raison de la Covid, l’enquête PISA de l’OCDE est de retour et met un accent particulier sur l’impact de la pandémie sur les établissements scolaires. Référence des gouvernements pour évaluer leurs systèmes éducatifs, la dernière version de PISA, le programme international pour le suivi des acquis des élèves est le plus élargi à ce jour avec la participation de 81 pays, pour la plupart non-membres de l’OCDE.

Ses conclusions sont accablantes. Ce sont en particulier les pays membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques regroupant 38 nations en majorité d’économie libérale et à hauts revenus) qui connaissent les plus grandes baisses en mathématiques et en lecture depuis le lancement de PISA il y a 20 ans.

PISA indique en revanche que certains pays à revenus faibles ou moyens, dont les Philippines, la République dominicaine et le Cambodge ont amélioré leurs performances au cours des quatre dernières années. Seuls quelques pays, tels que Singapour, le Japon, la Corée, l’Italie et Taipei n’auraient pas connu de diminution de leur performance.

L’Internationale de l’Education prend au sérieux les conclusions de PISA, mettant en avant celles qui sont favorables à la justice éducative tout en se réservant le droit de critiquer l’interprétation des données par l’OCDE. PISA constitue de loin la principale évaluation des systèmes éducatifs à l’échelle internationale. Ses travaux de recherche, guidés par l’équité, évaluent la capacité des systèmes éducatifs à éduquer l’ensemble de leurs élèves avec succès.

L’IE partage les conclusions de l’OCDE selon lesquelles « la baisse sans précédent en mathématiques et en lecture est liée au choc de la Covid dans la plupart des pays ». Il est clair que la Covid a sévèrement affecté les pays qui n’ont pas investi le temps et les ressources nécessaires pour rendre leurs systèmes résilients et soutenir convenablement les personnels enseignants en mettant à leur disposition les outils nécessaires à l’accomplissement de leurs tâches.

Bien que l’OCDE se réfère à d’autres raisons à long-terme du déclin dans certains pays, il est évident pour l’IE que la Covid en est le facteur central. En effet, l’IE tout comme l’OCDE elle-même ont été les premiers à souligner la nécessité absolue de mener de véritables mesures de relance à long-terme en vue du redressement des systèmes éducatifs après la Covid. Les travaux de recherche de l’IE montrent toutefois que ces mesures ont fait défaut dans de nombreux pays.

L’accent mis par PISA sur les dix actions nécessaires pour améliorer la résilience des systèmes éducatifs est un pas dans la bonne direction. Il est toutefois choquant de lire que seuls quatre systèmes éducatifs ont fait preuve de résilience dans les trois domaines de l’apprentissage, de l’équité et du bien-être et qu’aucun pays n’a affiché de bons résultats dans l’ensemble des aspects liés au bien-être des élèves.

D’autres enseignements sont importants, notamment le fait que l’insécurité alimentaire affecte près de 10% des élèves des pays de l’OCDE, la prévalence de l’anxiété, de la solitude et de la dépression parmi les élèves pendant les confinements et l’intérêt décroissant des élèves vis-à-vis du secteur de la santé dans les pays qui ont connu un grand nombre de décès causés par la Covid. Des problèmes de santé mentale liés à l’après Covid continuent d’affecter de nombreux élèves qui subissent également la crise du coût de la vie dans nombre de pays.

Fait important, PISA mentionne que l’obstacle principal à la réussite des élèves est la pénurie de personnel enseignant qualifié d’après les chef·fe·s d’établissements scolaires ; confirmant les conclusions initiales de l’IE issues de sa dernière enquête sur la Condition du personnel enseignant dans le monde.

L’accent mis dans les propositions d’actions sur la nécessité d’un nombre suffisant de personnels enseignants hautement qualifiés dans les écoles et sur le besoin de faire des établissements scolaires des pôles d’interaction sociale est par conséquent particulièrement positif. L’attention consacrée par l’OCDE à la nécessité d’apporter un soutien supplémentaire aux élèves en difficulté, le bien-être des élèves et la suppression de la sélection précoce des élèves est également une bonne nouvelle. Les enseignantes et les enseignants se féliciteront par ailleurs du fait que PISA a insisté sur l’importance du contrôle par les personnels enseignants de l’utilisation des téléphones par les élèves à l’école, notamment à travers leur interdiction si ceux-ci sont susceptibles de perturber l’apprentissage.

Cependant, le financement des établissements scolaires fait l’objet d’une divergence d’opinion entre l’IE et l’OCDE. L’IE ne saurait partager la déclaration de l’OCDE sur la quasi-absence de lien entre investissements supplémentaires et performance des élèves au-delà de 74 000USD par élève.

Bien évidemment, le message principal doit être que les pays donnant à l’éducation la plus haute priorité politique et utilisant les financements judicieusement sont davantage susceptibles de bénéficier d’excellents systèmes éducatifs. Cela ne signifie toutefois pas que les ressources ciblées supplémentaires ne sont pas essentielles, comme cela fut le cas pendant la Covid. En effet, le propre rapport de l’OCDE, Regards sur l’éducation 2023, a observé que l’augmentation des dépenses affectées à l’éducation n’avait fait que poursuivre la tendance des années précédant la Covid, alors que « d’autres dépenses publiques avaient augmenté rapidement pour faire face aux conséquences de l’épidémie ». Cette conclusion souligne en réalité l’importance de l’adoption de mesures nationales de relance de l’éducation à long-terme à la suite de la pandémie ciblant les effets de la Covid sur l’apprentissage et le bien-être des élèves.

Malheureusement, les voix des personnels enseignants sont absentes de PISA. Pendant la Covid, les personnels ont souvent été livrés à eux-mêmes sans soutien externe. Pourtant, nous devrons encore attendre deux ans avant la publication de l’Enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage de l’OCDE pour connaitre l’opinion des personnels enseignants sur la façon dont ils auraient pu être mieux soutenus pendant la pandémie ainsi que ses effets sur leur bien-être.

En réalité, comme l’a reconnu l’OCDE elle-même dans un document commun avec l’IE sur le redressement post-covid, les enseignantes et les enseignants ont travaillé de manière héroïque pendant la pandémie, initiant toute une série de micro-innovations qui ont soutenu les élèves. En effet, comme l’a indiqué l’OCDE lors du lancement de PISA, les enseignantes et les enseignants sont en première ligne. C’est une situation que l’OCDE doit mettre systématiquement en avant.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.