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Gabon : les enseignant∙e∙s reconduisent leur grève pour obtenir la régularisation de leurs carrières

Publié 26 janvier 2026 Mis à jour 26 janvier 2026

Lancée en décembre et massivement suivie, la mobilisation du corps enseignant gabonais s’enracine face à l’absence de réponses du nouveau gouvernement. Le Syndicat de l’Éducation Nationale (SENA) et le Syndicat national de l’Enseignement technique et professionnel (SYNETECPRO) la régularisation urgente des carrières d’enseignant∙e∙s et alertent sur un système éducatif à bout de souffle.

Une mobilisation historique et déterminée

Au Gabon, les établissements publics n’ont pas réouvert leurs portes le 5 janvier comme prévu, suite à la reconduction du mouvement de grève entamé le 10 décembre 2025 par le SENA, le SYNETECPRO et le collectif SOS Éducation. Selon les organisations, la grève est « très suivie à plus de 90 % », un niveau rarement atteint ces dernières années.

Fridolin Mve Messa, secrétaire général du SENA, estime que les syndicats ont fait preuve de patience avant d’en arriver là : « Nous avons laissé un temps pour permettre que les nouvelles autorités puissent mettre en marche une nouvelle politique, une nouvelle dynamique dans la gestion de l’Éducation nationale ».

Mais l’absence d’avancées depuis la reprise, le 5 janvier, a renforcé le sentiment d’exaspération. « Nous avons contacté le ministère pour demander que les négociations reprennent. Ça n’a pas repris », déplore le syndicaliste.

Des carrières gelées depuis 2015

Le principal motif de la grève est clairement identifié : la régularisation des situations administratives des enseignant∙e∙s. « Il y a un problème qui date depuis des années, c’est celui de la carrière de l’agent. Le gouvernement précédent avait gelé les carrières des agents en 2015 », rappelle Fridolin Mve Messa.

Dans le système gabonais, un∙e enseignant∙e doit être confirmé∙e après 18 mois de stage, puis avancer régulièrement en échelon et en classe. « Après deux ans, il ou elle doit bénéficier d’un avancement automatique. Mais cet avancement a été gelé depuis 2015. »

Cette absence de progression a des conséquences lourdes, à la fois financières et professionnelles.

Le dirigeant du SENA souligne un contraste marquant : « Le gouvernement fait des dépenses au niveau des forces de sécurité et de défense, sans soutenir celles et ceux qui développent nos pays, c’est-à-dire les enseignantes et enseignants ».

Des revendications structurées et une proposition de sortie de crise

« L’objet de la grève, c’est essentiellement la régulation des situations administratives et financières », résume-t-il.

Les syndicats demandent :

  • La régularisation des dossiers en attente : recrutements, intégrations, titularisations, reclassements, avancements ;
  • Un état des lieux exhaustif de toutes les situations administratives bloquées ;
  • La mise en place d’un guichet unique, via une commission interministérielle regroupant Éducation nationale, Fonction publique, Finances et Budget, ;
  • La publication mensuelle des dossiers traités, afin de renforcer la transparence.

Mais M. Mve Messa prévient : « On craint que la commission ne soit faite pour “enterrer” les revendications des enseignants. Nous avons l’habitude des commissions où on tire en longueur sur des problèmes. »

Il insiste néanmoins sur la volonté du SENA d’être partie prenante : « Quelque chose qui se fait pour nous sans nous est contre nous ».

Entre pressions hiérarchiques et soutien médiatique

Sur le terrain, les enseignants rapportent des tensions dans certains établissements. « Lorsqu’une grève est lancée, il y a des tentatives d’intimidation de la part de la direction. Nous demandons aux collègues d’être vigilants et de ne pas céder à la pression. »

Le mouvement bénéficie toutefois d’une visibilité croissante. « Il y a un soutien médiatique. La presse nous invite à des émissions, demande de clarifier nos positions », souligne le secrétaire général.

Les médias nationaux appellent d’ailleurs le gouvernement à agir rapidement « pour éviter qu’on ne perde un mois de cours inutilement », note-t-il.

Un test politique pour le gouvernement de transition

Au-delà de la question administrative, le conflit s’est transformé en véritable baromètre de l’action des nouvelles autorités. « C’est la première épreuve à laquelle sont confrontées les nouvelles autorités, vraiment une crise majeure », analyse M. Mve Messa.

Il explique attendre de voir quelle sera la gestion de la crise par les autorités : « On va comparer les réactions, la réaction de l’ancien gouvernement et celle du nouveau gouvernement ».

Pour lui, l’enjeu dépasse largement les intérêts corporatistes des enseignant∙e∙s : « Maintenant on va voir si les nouvelles autorités ont à cœur à ce que le système éducatif devienne performant, efficace. Est-ce qu’ils ont à cœur le problème de l’École gabonaise ? ».

L’IE soutient les revendications de son organisation membre au Gabon et cette manifestation d'unité syndicale.