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Les partenariats syndicaux redéfinissent le développement professionnel dans le monde

Publié 6 février 2026 Mis à jour 10 février 2026

Du Canada à la Gambie, du Danemark à Zanzibar, les syndicats de l’éducation redéfinissent le développement professionnel en tant que projet collectif porté par le corps enseignant et ancré dans la solidarité, la dignité et les réalités locales.

Au travers de projets de coopération concrets – conçus et menés par les syndicats – le développement professionnel sert de levier pour renforcer l’adhésion, améliorer le plaidoyer et démontrer aux gouvernements que les syndicats sont des acteurs indispensables en vue de concrétiser l’éducation de qualité.

Le 22 janvier 2026, l’Internationale de l’Éducation a convoqué un Café de la coopération au développement en ligne qui a réuni des dirigeant·e·s syndicaux·ales ainsi que des professionnel·le·s de l’éducation issu·e·s de tous les continents autour de la question suivante : comment le développement professionnel peut-il renforcer l’enseignement et les syndicats eux-mêmes ?

Deux initiatives ont été mises en lumière : le programme déjà en cours de longue date,

, déployé de concert par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) et le Gambia Teachers’ Union (GTU) – qui compte au nombre des 15 projets de ce type menés chaque année par la FCE – et un partenariat axé sur la petite enfance entre le Syndicat danois des éducatrices et des éducateurs de la petite enfance et de la jeunesse (BUPL) et le Zanzibar Teachers’ Union (ZATU).

« Enseigner ensemble » : formation professionnelle, renforcement syndical

Le partenariat FCE-GTU repose sur le programme international d’apprentissage professionnel « Enseigner ensemble ».

« Il s’agit d’un programme d’apprentissage professionnel collaboratif immersif », a déclaré Beverley Park, directrice du Programme de coopération internationale de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants. « Et ce qui est important, c’est que le programme est délivré par des membres du corps enseignant, au profit d’autres enseignantes et enseignants. »

Dans le cadre du programme, des enseignant·e·s du Canada sont mis·es en relation avec leurs pairs au sein des pays partenaires et collaborent ainsi à la conception et à la facilitation de projets fondés sur des besoins identifiés au niveau local. Le but n’est pas d’exporter le curriculum : on aborde la pédagogie, avant de l’adapter puis de l’appliquer de manière concrète. « Il ne s’agit pas d’arriver en déclarant : Voici comment vous êtes censé·e enseigner », explique Mme Park.

Pour le Gambia Teachers’ Union, l’impact est à la fois pédagogique et profondément organisationnel.

« Soulignons la présence d’enseignantes et enseignants du Canada ici à nos côtés. C’est un programme enrichissant pour le corps enseignant », a déclaré Momodou Baka Dem, responsable programmes et communications du GTU. Nombre de participant·e·s sont des éducateur·trice·s en début de carrière, suivi·e·s par des collègues plus expérimenté·e·s basé·e·s à l’étranger – une combinaison qui, selon lui, a produit un effet visible en classe.

Mais la dimension syndicale est tout aussi centrale. « Enseigner ensemble » est aujourd’hui une plateforme de recrutement et de visibilité. Elle permet au GTU d’atteindre de jeunes enseignant·e·s qui, autrement, n’auraient jamais appris à connaitre le syndicat. « C’est toujours la même question qui revenait : Que fait le GTU pour nous ? », a déclaré M. Dem. « Et ce programme nous permet d’apporter une réponse à certaines de ces questions. »

Il a également évoqué le rôle crucial de ce programme en tant que levier de recrutement de jeunes enseignantes et ensiegnants à des postes de direction au sein du syndicat. « Au cours de ces programmes, nous avons encouragé les participantes et participants à s’impliquer au sein du syndicat et assumer des fonctions dirigeantes. » Il a ainsi mis en lumière la promotion de la présidente régionale de la région éducative une – sur huit – devenue, à la suite de l’un des dits programmes, vice-présidente de la Ladies Society du Gambia Teachers’ Union, et vice-présidente du Gambia Teachers’ Union. « Fortes des enseignements tirés à travers ce programme, certaines des personnes ainsi formées ont par la suite remporté des Prix nationaux récompensant les enseignantes et enseignants, à l’instar du premier lauréat du Gambia Teacher Prize, le prix des enseignantes et enseignants de Gambie, qui a été lancé en 2022. »

L’implication directe du syndicat lui a permis de renforcer sa capacité de plaidoyer, de constater concrètement les réalités vécues par les membres et d’utiliser ces constats pour appuyer auprès du gouvernement des questions telles que le logement du personnel enseignant – avec des résultats tangibles à la clé.

L’éducation de la petite enfance et l’influence du contexte

Si le programme « Enseigner ensemble » montre que le développement professionnel peut permettre de relancer la vie syndicale, le partenariat entre le BUPL au Danemark et le ZATU à Zanzibar montre quant à lui que la coopération peut contribuer à la création de cadres politiques complets – en particulier dans des secteurs insuffisamment développés comme l’éducation de la petite enfance.

« Nous mettons l’accent sur l’éducation de la petite enfance, » a déclaré Lasse Bjerg Jørgensen, responsable des relations internationales et trésorier national du syndicat danois BUPL. « Mais nous nous accordons avec les pays partenaires au sujet des défis et des enjeux qui sont, pour eux, les plus importants, et notre travail se concentre ensuite sur ces problématiques. »

À Zanzibar, ces défis sont de nature systémique : bas salaire, emploi informel, faibles protections du travail et reconnaissance limitée du personnel éducatif de la petite enfance. Selon le secrétaire général du ZATU, Haji Juma Omar, le projet entendait traiter ces questions simultanément – par la formation professionnelle, le plaidoyer et le dialogue social.

« Le projet avait vocation à améliorer l’éducation de la petite enfance en améliorant le respect de la législation du travail, les conditions de travail et les compétences du personnel enseignant », a déclaré M. Omar, en insistant sur les méthodologies d’apprentissage par le jeu ainsi que sur les actions de plaidoyer portées par les syndicats.

Et il a produit des résultats concrets. Les enseignant·e·s font désormais partie de la masse salariale du gouvernement. Des conventions collectives ont été signées au sein des écoles privées et l’éducation de la petite enfance a été officiellement intégrée dans les discussions relatives aux politiques nationales en matière éducative.

Au-delà des chiffres, vers un impact durable

Les intervenant·e·s ont également souligné la rareté des évaluations formelles ainsi que la tendance à se contenter de mentionner l’existence d’un impact, sans aller jusqu’à le quantifier. Mais comme l’a suggéré Mme Park : « Nous pouvons vous donner des statistiques, mais elles ne permettront pas de mesurer l’impact ».

Cet impact se mesure au travers des enseignant·e·s qui accèdent à des postes de direction syndicale, au travers des éducateur·trice·s qui remportent des prix nationaux et au travers des syndicats qui gagnent suffisamment en crédibilité pour siéger en face des gouvernements, d’égal à égal.

Le Café de la coopération au développement a envoyé un message clair : lorsque les enseignant·e·s s’occupent personnellement de leur développement professionnel – par l’intermédiaire de leurs syndicats – il n’y a pas qu’en classe que l’incidence positive se fait sentir. C’est le pouvoir collectif de la profession elle-même qui se manifeste.