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Mondes de l'éducation

Credit: GPE/Mbuto Machili
Credit: GPE/Mbuto Machili

La solidarité syndicale au service d’un système éducatif résilient aux changements climatiques

Entretien avec Lucas Amadeu Impuane, secrétaire national aux relations internationales et aux projets du Syndicat national des enseignants et enseignantes du Mozambique (ONP)

Publié 22 avril 2026 Mis à jour 22 avril 2026
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Mondes de l’Éducation : Quel a été l’impact des récentes inondations au Mozambique sur les enseignants et enseignantes ?

Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le pays en décembre 2025 et en janvier 2026 ont provoqué des inondations généralisées. Les rivières en crue ont détruit des habitations, endommagé les infrastructures et provoqué des déplacements massifs de population.

Selon les dernières estimations, au 22 janvier, plus de 723.532 personnes, soit l’équivalent de 154.472 foyers, ont été touchées. 124 personnes ont perdu la vie, 99 ont été blessées et six autres sont portées disparues. Ces chiffres concernent les provinces de Gaza, de Sofala et de Maputo (ville et province de Maputo), les zones les plus touchées.

Parmi les personnes affectées, quelque 370.000 ont dû quitter leur domicile pour trouver refuge dans des centres de transit, chez des membres de leur famille ou des personnes bienveillantes dans des zones plus ou moins sûres. Dans le centre et le sud du pays, plus de 72.000 habitations ont été inondées ou endommagées par la montée des eaux.

L’impact ne se limite pas aux zones rurales, mais s’étend également aux villes densément peuplées et aux centres urbains.

Les communautés éducatives ont, elles aussi, été touchées. Les inondations ont ainsi affecté plus de 135.000 étudiant·e·s et plus de 2.600 enseignant·e·s, dont 1.075 membres de notre syndicat. Près de 2.000 enseignant·e·s ont vu leur maison en partie détruite, tandis que 522 n’ont plus du tout de logement. 189 membres de l’ONP ont vu leur maison entièrement détruite, et plus de 18.600 enseignant·e·s, dont 1.798 membres de l’ONP, ont vu leur maison inondée.

Mondes de l’Éducation : Quelles sont les actions prévues par le syndicat pour assurer la sécurité et le bien-être de ses membres ?

Le Mozambique est situé dans une région particulièrement vulnérable aux répercussions climatiques. Les phénomènes météorologiques extrêmes, les conflits politiques et le terrorisme qui sévit dans les provinces du nord provoquent des crises récurrentes dans le pays.

Depuis 2020, l’ONP joue un rôle actif dans la mise en place d’interventions humanitaires. En 2021, nous avons ainsi, avec le soutien du bureau régional de l’Internationale de l’Éducation Afrique, mobilisé 40.000 dollars US pour prêter assistance à quelque 1.172 enseignants et enseignantes victimes de terrorisme dans la province de Cabo Delgado. En 2022, nous avons réuni près de 31.000 euros pour porter secours à plus de 957 personnels de l’éducation touchés par le cyclone Ana dans cinq des provinces du pays. En 2023, nous avons récolté 5.000 euros pour venir en aide à cinquante enseignants et enseignantes victimes des inondations qui ont frappé la province de Maputo.

En 2026, nous lançons trois campagnes axées sur deux orientations stratégiques distinctes. Notre premier objectif est d’apporter une aide humanitaire aux membres de l’ONP affectés par les inondations. C’est quelque 1.075 enseignants et enseignantes que nous souhaitons toucher de la sorte.

Nous prévoyons ensuite de lancer une campagne de sensibilisation auprès du gouvernement pour convaincre celui-ci d’inclure le personnel enseignant dans les plans nationaux et provinciaux de gestion des risques et d’intervention en cas de catastrophe. Nous avons obtenu à cet effet un financement de 6.000 euros accordé par l’Internationale de l’Éducation.

Enfin, nous menons une campagne interne de collecte de vêtements, de nourriture, de couvertures, de draps, de fournitures scolaires et de kits de cuisine pour venir en aide à nos collègues. Cette campagne est menée par la direction de l’ONP et mise en œuvre dans toutes nos antennes régionales.

Mondes de l’Éducation : Selon vous, quelles réformes politiques convient-il d’adopter en priorité pour accroître la résilience du système éducatif mozambicain aux changements climatiques ?

La mise en place d’un système éducatif résilient exige des réformes structurelles et des politiques publiques fondées sur des données probantes. Nous envisageons plusieurs priorités clés. L’adaptation au changement climatique doit être intégrée aux plans nationaux en matière d’éducation. Le gouvernement doit investir davantage dans les infrastructures scolaires, de manière à assurer leur résistance face aux événements climatiques extrêmes. L’éducation environnementale et la gestion des risques doivent être incluses dans les programmes scolaires nationaux. Il est également essentiel de développer des mécanismes d’alerte numérique et de prévoir des solutions d’enseignement hybrides en période de crise. Enfin, nous plaidons pour une décentralisation du pouvoir et des mécanismes de réponse en temps de crise, afin de renforcer la souplesse et l’efficacité des réponses locales.

Notre stratégie de plaidoyer s’articule autour de quatre piliers principaux :

  1. Exiger des responsables politiques qu’ils incluent officiellement le personnel enseignant dans les plans nationaux et provinciaux de gestion des risques et d’intervention en cas de catastrophe ;
  2. Prôner la création d’un fonds d’urgence spécifiquement destiné aux enseignant·e·s affecté·e·s ;
  3. Plaider en faveur de mécanismes d’assurance logement subventionnés pour les fonctionnaires dans les zones à risque ;
  4. Renforcer l’intégration du secteur de l’éducation dans les stratégies nationales de réduction des risques de catastrophe.

Mondes de l’Éducation : Les enseignant·e·s et leurs syndicats participent-ils à la prise de décision en matière de politiques éducatives et climatiques ?

Le dialogue social et politique sur ces sujets est rare dans notre contexte, mais nous comptons bien changer cela. Nous voulons faire de notre syndicat un partenaire solide du gouvernement pour protéger notre système éducatif contre les conséquences de la crise climatique.

Mondes de l’Éducation : En quoi l’expérience de vos collègues de la Zimbabwe Teachers Association (ZIMTA) contribue-t-elle à votre projet ? Quelle est l’utilité de la coopération internationale ?

Le partage des bonnes pratiques et des idées avec d’autres syndicats de la région, lesquels sont confrontés à bon nombre de défis similaires, est d’une énorme utilité et nous inspire grandement pour élaborer nos propres plans d’action et stratégies. Nous sommes actuellement en train d’officialiser les échanges précieux que nous entretenons avec nos collègues de la ZIMTA sur la résilience du personnel enseignant face à la crise climatique, et nous espérons apporter des changements concrets pour nos membres et nos élèves.

La coopération internationale, tant dans notre région qu’au niveau mondial par le biais de l’Internationale de l’Éducation, joue un rôle majeur, car elle fournit à notre syndicat et à nos membres les moyens de faire face aux conséquences de l’urgence climatique dans notre contexte et de protéger notre système éducatif des perturbations.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.