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Mondes de l'éducation

Bâti scolaire et canicule : Défendre les droits des personnels

Publié 5 juin 2026 Mis à jour 5 juin 2026
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A travers le monde, les syndicats de l’éducation se mobilisent pour protéger la santé et le bien-être des personnels et des communautés éducatives face au changement climatique. A l’occasion de la journée mondiale de l’environnement, célébrée chaque année le 5 juin, nous mettons en avant l’exemple du syndicat français SNES-FSU. Davantage d’informations et de ressources sont disponibles sur notre Portail Santé et Bien-être : https://www.ei-ie.org/fr/wellbeing.

Avec le SNES-FSU, nous nous mobilisons depuis plusieurs années pour obtenir un plan de financement de la rénovation et de l’adaptation des bâtiments scolaires face au changement climatique, pour protéger les conditions de travail des personnels et les élèves.

Professeur dans le second degré, j’ai débuté ma carrière dans un lycée vétuste, amianté, situé dans une zone industrielle, à proximité d’une décharge et d’un aéroport. Alors que nous devions fréquemment interrompre nos cours à cause du bruit des avions, j’ai été frappé par les inégalités sociales renforcées par cet environnement de travail. À partir de 2017, avec des personnels, des parents et des élèves, nous nous sommes mobilisés pour le désamiantage de notre établissement. Après un long combat, nous avons fini par gagner, et ce lycée est maintenant désamianté, reconstruit et davantage protégé du bruit.

L’appui du SNES-FSU a été essentiel dans cette victoire. Le syndicat nous a fourni des informations, un soutien et des relais importants face à l’administration. Depuis quelques années, je participe à la transmission de ces éléments à l’ensemble de mes collègues au sein du siège national du SNES-FSU à Paris. Nous avons notamment obtenu plusieurs plans ministériels de prévention contre le risque amiante, mais nous demandons toujours un recensement exhaustif de l’état du bâti scolaire, et un plan de financement pour la rénovation et l’adaptation du bâti scolaire, à hauteur de 5 milliards d’euros par an pendant 10 ans.

Cette rénovation du bâti scolaire doit aussi jouer un rôle dans l’atténuation du changement climatique et l’adaptation face à ses effets. Avec le SNES-FSU, nous avons créé un groupe écologie, qui s’occupe de relier la protection des personnels et la transformation de la société. Nous estimons que le gouvernement doit rompre avec la baisse des crédits du Fonds vert [1] et adopter un plan de financement partagé entre l’État et les collectivités territoriales (mairies, départements, régions), propriétaires des bâtiments scolaires, chiffré à hauteur de 5 milliards d’euros par an pendant 10 ans.

Alors que le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par 5 dans une France à +2,7 °C et par 10 dans une France à +4 °C, ces investissements sont pour nous stratégiques car ils permettront d’assurer la continuité et l’égalité d’accès à un service public de qualité. Récemment, nous avons vécu plusieurs canicules sur le temps scolaire, en juin 2025, et très récemment la semaine du 25 mai 2026, avec des températures dépassant les 30°C sur l’ensemble du territoire hexagonal.

Contrairement au gouvernement, le SNES-FSU n’a pas attendu l’arrivée d’une période de fortes chaleurs pour agir. Depuis plusieurs années, il alerte sur l’état du bâti scolaire et la nécessité d’un grand plan de rénovation des collèges et des lycées. En 2024, il a été la première organisation à mener une grande enquête sur le bâti scolaire et les conditions de travail. Nous avons établi que les volets ou protections extérieures sont absents dans 43% des établissements scolaire de France, alors qu’ils pourraient faire diminuer la chaleur de 3 à 4 degrés dans les classes. Au moment de l’enquête, les températures avaient dépassé les 30° dans 63% des établissements avec des pics à 38° (5%) et 40 degrés (5%). 91% des répondants considéraient subir parfois des températures néfastes pour leur santé.

Le SNES, avec la FSU (Fédération Syndicale Unitaire), a aussi contribué au rapport de l’Alliance écologique et sociale : « L’École bien dans ses murs : pour une rénovation écologique du bâti scolaire », publié le 5 septembre. L’Alliance écologique et sociale rassemble des syndicats et des associations (la FSU, Solidaires, Greenpeace France, Oxfam France, Les Amis de la Terre, la Confédération paysanne et Attac).

Pendant la canicule de mai 2026, le SNES-FSU a lancé une grande enquête auprès de ses syndiqué·es. Nous avons réalisé une carte de la « météo des classes » avec des relevés de températures et des mesures d’adaptation. Cette initiative, inédite dans notre champ, que même le ministère n’a pas lancée, révèle des résultats édifiants et révélateurs. En deux jours, plus de 630 personnels ont répondu sur la situation de leur établissement : 77,6 % des collèges et des lycées ont relevé une température de plus de 30 degrés et 87,18 % des établissements n’ont pas mis en place de mesures d’adaptation face au changement climatique.

Crédits : SNES-FSU

Des personnels ont aussi partagé de nombreux témoignages : « 33 degrés cet après-midi, un mini ventilateur sur pied pour toute la classe » ; « Quasiment 32 degrés sans allumer le vidéo projecteur. Ceci dit 32 élèves pour 32 degrés on était raccord… l’enfer en Bretagne » ; « 37°C de 11h à 17h. 32° de 8 à 11h. Académie de Lille, bâtiments préfabriqués. J’ai fini par filer au supermarché du coin acheter de l’eau sur mes deniers propres ! Ras le bol de l’apathie de l’Éducation Nationale ! ». Nous avons également relevé des dizaines de malaises de personnels et d’élèves dans les établissements, avec des conséquences parfois graves sur la santé.

Avec le SNES-FSU, nous avons aussi conseillé les collègues sur les actions à mener dans les établissements en leur donnant des éléments de réglementation et des conseils pour agir pour défendre les conditions de travail des personnels et des élèves. Sous la pression, le ministère de l’Éducation nationale, a publié le 28 mai 2026 un protocole de « gestion des vagues de chaleur ». Néanmoins, établir un protocole sur le papier avec des mesures qui sont souvent inapplicables n’est pas à la hauteur de la gravité de la situation.

Pour le SNES-FSU, il n’est plus possible de tolérer chaque année que les établissements scolaires restent dans cet état. Malgré ces premières victoires, de nombreux combats restent encore à mener avec le syndicat pour rénover le bâti scolaire et protéger les conditions de travail et la santé des personnels et des élèves.

1. ^

Créé en 2023, le Fonds d’accélération de la transition écologique dans les territoires, dit Fonds vert, soutient les collectivités locales et leurs partenaires dans leurs investissements au service de la transition écologique à l’échelle locale.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.