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Belgique : des coupes budgétaires dans l’enseignement public adoptées à la suite d’un déni de démocratie

Publié 5 juin 2026 Mis à jour 5 juin 2026

Malgré une forte opposition citoyenne et la grève suivie dans les établissements scolaires en Fédération Wallonie Bruxelles à l’appel des syndicats de l’enseignement réunis en front commun, le Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles réuni en plénière a voté au milieu de la nuit le 5 juin des mesures d’économie dans l’enseignement prévues par le gouvernement.

Des mesures d’austérité dans l’éducation validées

Après un débat-marathon de 14 heures, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de Belgique a définitivement validé, à 4h du matin le 5 juin, les mesures d’économie dans l’enseignement prévues par le gouvernement Mouvement Réformateur (MR)-Engagés.

Le train de mesure adopté comprend notamment une augmentation de 10% de la charge horaire des enseignant·e·s du secondaire supérieur sans compensation salariale, un régime de congés maladie moins généreux pour les professeur·e·s statutaires, ou encore un resserrement du régime de fin de carrière des ensiegnant∙e∙s. Il rend également possible le relèvement du minerval (frais d’inscription) à 1.194 euros pour 58% des étudiant∙e∙s du supérieur dès la rentrée prochaine. Sont également prévues la réduction des repas scolaires et la suppression de la titularisation des enseignant·e·s contractuel·le·s à partir de 2027.

Ce plan fait face à une vive contestation sociale depuis plusieurs mois, et plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux jeunes, s’étaient rassemblées le 4 juin sous les fenêtres du Parlement, défendu par un imposant dispositif policier.

Un front syndical, auquel appartiennent des organisations membres de l’Internationale de l’Éducation – la Centrale générale des services publics – Enseignement (CGSP-FGTB), la Confédération des syndicats chrétiens de l’enseignement (CSC-Enseignement) et le Syndicat libre de la fonction publique (SLFP) –, a rappelé que « ces mesures d’austérité vont profondément réduire les moyens d’encadrement des jeunes, dégrader les conditions de travail des personnels auxquels ils sont confiés et plonger le système éducatif dans le chaos. »

À vos craies citoyennes et citoyens!

Il a par ailleurs fait valoir qu’en application de l’article 26.7 du règlement du Parlement, un projet de décret ne pouvait en effet être débattu en séance plénière qu’au moins 84 heures après l'approbation en Commission du budget, soit au plus tôt le 7 juin.

Malgré cela, malgré le vote contraire de tous les représentants de l’opposition, malgré l’importance majeure du texte en discussion pour les secteurs de l’éducation et de l’enseignement supérieur, le MR et Les Engagés ont décidé de convoquer une réunion plénière le 4 juin afin de voter ce décret le plus rapidement possible, ont expliqué les syndicats.

Pour eux, le gouvernement a décidé de « passer en force et faire voter son décret programme ce jeudi 4 juin, au mépris même des règles de fonctionnement du parlement. Il espère ainsi tuer dans l’œuf le mouvement social qui ne cesse de s’amplifier. »

Ils ont aussi affirmé qu’« il s’agit d’un précédent très grave pour nos institutions démocratiques, entraînant une rupture de confiance irréversible. Rien ne justifie que des représentants contournent les règles, surtout pour imposer des mesures fortement contestées. Le règlement garantit un fonctionnement démocratique équitable. En le bafouant, la majorité ne commet pas une simple irrégularité: elle fragilise la démocratie parlementaire, transformant le Parlement en simple chambre d’enregistrement. »

Dès lors, dans un communiqué, ils ont leurs affiliés à se mettre en grève le 4 juin pour « une journée de mobilisation exceptionnelle pour rappeler à ce gouvernement que « la démocratie n’est pas la dictature des vainqueurs d’une élection quinquennale » et « ne peut fonctionner sans un accès universel à un enseignement de qualité, un dialogue social constructif et un respect des règles du fonctionnement des institutions. »

Le front commun syndical a de même appelé l’ensemble de la population à exprimer son soutien à la lutte : « À vos craies citoyennes et citoyens! »

L’opposition, comme les syndicats, a demandé la démission immédiate du Président du Parlement, Benoît Dispa.

La force du public : ensemble ont fait école !

Les syndicats au niveau européen et international ont manifesté leur solidarité avec les éducateur∙trice∙s belges.

Jelmer Evers, directeur de la région européenne de l’Internationale de l’Éducation, le Comité syndical européen de l’éducation (CSEE), a reconnu que « ces décisions vont clairement à l’encontre des besoins de l’enseignement public en Europe. Réduire les moyens, alourdir la charge des enseignants et contourner les règles démocratiques ne fera qu’aggraver la crise. Avec notre campagne La force du public : ensemble on fait école !, nous appelons les gouvernements à faire le choix de l’investissement dans l’éducation, les élèves et les enseignantes et enseignants, pas de l’austérité. Nos collègues belges reçoivent notre soutien plein et entier dans leur combat pour une éducation de qualité. »

Cette campagne mondiale La force du public se veut en effet un appel urgent aux gouvernements pour qu'ils investissent dans l’enseignement public, un droit humain fondamental et un bien public, et qu'ils investissent davantage dans les enseignant·e·s, le facteur le plus important pour parvenir à une éducation de qualité.

L’Internationale de l’Éducation soutient ses affiliés belges dans leur lutte contre ces mesures d’austérité qui ne peuvent que détériorer la qualité de l’éducation et accroître la pénurie de personnel enseignant en Fédération Wallonie Bruxelles.