L’Internationale de l’Éducation exprime sa solidarité avec les enseignant·e·s du Groenland et défend les droits et l’éducation des peuples autochtones
Les personnels enseignants du Groenland et leurs collègues syndicalistes du monde entier se sont mobilisé·e·s au nom de la défense des droits des peuples autochtones et de l’autodétermination démocratique.
La rencontre a eu lieu dans le cadre du Sommet du Groenland sur l’éducation et la solidarité, organisé conjointement par l’Internationale de l’Éducation (IE), le syndicat national des enseignant·e·s du Groenland (Illinniartitsisut Meeqqat Atuarfianneersut Kattufiat, IMAK) et UTNORD, le conseil régional nord-ouest du Conseil nordique des enseignant·e·s (Nordiska Lärarorganisationers Samråd, NLS).
Organisé du 8 au 10 juin 2026, l’événement a réuni près de 60 représentant·e·s de syndicats de l’éducation du monde entier. L’objectif était de partager des stratégies, de renforcer la solidarité et de soutenir les enseignant·e·s qui font face à des pressions géopolitiques croissantes ainsi qu’à des tentatives d’expropriation de leurs terres.
Réunies à Nuuk, la capitale du Groenland, les organisations membres de l’IE ont également échangé et débattu de stratégies visant à préserver les savoirs et les langues autochtones dans le domaine de l’éducation.
Les responsables de l’IE ont délivré un message clair : une éducation ancrée dans la langue, la culture et la communauté autochtones est essentielle tant pour la démocratie que pour l’autodétermination, et doit être défendue.
Défendre le Groenland, défendre l’éducation autochtone
Elna Heilman, présidente de l’IMAK, a souligné l’importance de ce sommet pour le syndicat et les enseignant·e·s du Groenland :
« Ce sommet revêt énormément d’importance pour notre travail, pour notre avenir en tant qu’organisation, ainsi que pour le renforcement de la collaboration avec d’autres organisations à travers le monde. J’ai été très touchée de voir des députées et députés et des ministres se rallier à notre déclaration de solidarité. Cela montre à quel point cette cause nous tient toutes et tous à cœur. La démocratie est la clé. Les pays doivent appartenir à leur peuple, et c’est à chacune et à chacun d’entre nous qu’il revient de défendre ces principes. Je suis profondément reconnaissante à l’Internationale de l’Éducation et aux syndicats du monde entier d’être venus se joindre à nous. »
Une manifestation de solidarité mondiale
Ce sommet faisait suite à la visite de solidarité effectuée au Groenland en septembre 2025 par David Edwards, secrétaire général de l’IE, et Magnús Þór Jónsson, président de l’Icelandic Teachers’ Federation (Fédération des enseignantes et enseignants d’Islande). À cette occasion, les deux dirigeants syndicaux avaient condamné sans ambages les menaces à l’encontre de la souveraineté du Groenland et réaffirmé leur soutien à l’IMAK.
M. Edwards a réitéré ce même message lors du sommet :
« Ce qui fait la richesse du Groenland, c’est ce qu’il y a dans le cœur des Groenlandais, et non ce qui se trouve sous leurs pieds. Au nom des enseignantes et des enseignants du monde entier, nous sommes à vos côtés. Nous ne vous abandonnerons jamais. Comptez sur nous. Comptez sur l’IMAK. »
Soulignant la portée mondiale de l’IE, il a ajouté :
« Nous représentons, à travers le monde, 33 millions de professionnelles et professionnels de l’éducation qui enseignent l’histoire tout en construisant notre avenir. Nous sommes animés par des valeurs fondamentales très fortes, notamment notre engagement en faveur des droits humains, de la dignité et de la démocratie. Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est grâce à l’IMAK. Vos enseignant·e·s sont vos diplomates auprès du monde entier. »
Prenant la parole au nom du mouvement syndical du Danemark, Niels Jørgen Jensen, vice-président du Syndicat danois des enseignants (DLF, acronyme en danois), a expliqué que « le Danemark et le Groenland ont beaucoup en commun : la valeur de la démocratie, l’ouverture aux autres, une société de bien-être qui favorise le sens de la communauté, et une vision qui dépasse l’individu ». M. Jensen a souligné que « nous devons rester fermement attachés au fait que le Groenland possède une culture, une langue maternelle, une histoire et une nature qui lui sont propres et uniques ».
Becky Pringle, vice-présidente de l’IE et présidente de la National Education Association (NEA), a insisté sur le fait que la lutte qui se livre au Groenland s’inscrit dans le cadre d’un combat mondial plus large contre les menaces qui pèsent sur la démocratie et les droits des travailleur·euse·s :
« Nous savons ce que cela signifie que d’être menacés par l’administration Trump. Mais nous ne resterons pas cois. Vous pouvez compter sur la solidarité de nos enseignantes et enseignants et de nos syndicats… Nous défendrons nos droits et ceux de nos communautés, et nous serons à vos côtés car nous savons que notre diversité fait notre force. »
Mme Pringle a ajouté :
« Vous n’êtes pas seules et seuls. Nous nous tenons fermement et solidairement à vos côtés aujourd’hui, demain et pour toujours. L’avenir du Groenland appartient aux Groenlandaises et Groenlandais. »
À l’occasion de l’événement de solidarité mondiale qui s’est tenu au Parlement du Groenland, responsables syndicaux·ales et enseignant·e·s se sont rallié·e·s autour d’une déclaration commune : « Le Groenland n’est pas à vendre ».
Faire converger les luttes à travers les différentes communautés autochtones
Le sommet a également permis de faire entendre la voix d’autres communautés autochtones aux prises avec des défis similaires. Des participant·e·s en provenance d’Hawaï, de la région nordique de Sápmi (territoire du peuple Sami), du Nunavut au Canada, du Mexique et d’ailleurs ont partagé leurs expériences en matière de promotion de l’enseignement dans la langue maternelle et de lutte contre des systèmes éducatifs réducteurs et inadaptés.
Les discussions ont porté, notamment, sur la manière dont les enseignant·e·s et les syndicats peuvent influencer les politiques afin de garantir que les systèmes éducatifs soient conçus avec et pour les communautés autochtones, et non pas imposés à celles-ci, soulignant par là même le rôle central de la langue, de la culture et de l’identité dans l’apprentissage.
Les participant·e·s ont exploré des stratégies concrètes visant à renforcer une pédagogie culturellement pertinente, à améliorer les conditions de travail du personnel enseignant et à faire progresser la négociation collective, dans la mesure où les conditions de travail des enseignant·e·s déterminent les conditions d’apprentissage des élèves.
Défendre la démocratie, l’éducation et l’autodétermination
Tout au long du sommet, les intervenant·e·s ont souligné que la lutte pour une éducation inclusive, riche de sens et culturellement pertinente est indissociable de la défense de la démocratie et de la souveraineté.
Jelmer Evers, directeur du Comité syndical européen pour l’éducation (CSEE), a déclaré :
« Nous sommes ici au nom de la démocratie, de l’enseignement public et du droit à l’autodétermination. Nous vous soutenons dans votre combat… toutes les enseignantes et tous les enseignants et l’ensemble du personnel éducatif européens sont à vos côtés. Le Groenland n’est pas à vendre. »
Des tables rondes aux actions communautaires, en passant par une marche de solidarité et un rassemblement devant le Parlement, ce sommet a démontré la force de l’action collective face aux pressions extérieures. À l’issue du sommet, l’Internationale de l’Éducation et ses organisations membres ont réaffirmé leur solidarité indéfectible avec le personnel enseignant et la population du Groenland.