La force du public : les syndicats s’associent pour défendre et investir dans l’enseignement public dans le Pacifique
Face à de sérieuses pénuries d’enseignant·e·s, les organisations membres de l’Internationale de l’Éducation (IE) ont réaffirmé leur volonté de renforcer l’action collective afin de préserver le bien-être des éducateur·trice·s, de maintenir des conditions de travail justes et d’inciter les gouvernements à réaliser des investissements publics durables dans le but de garantir un enseignement public de qualité pour l’ensemble des enfants du Pacifique. Elles ont également mis en avant ce que les syndicats de l’éducation font valoir depuis longtemps : il est impossible de consolider les systèmes d’enseignement public sans que les éducateur·trice·s syndiqué·e·s ne soient au cœur du processus de prise de décisions.
Avec le soutien de l’Union Aid Abroad – APHEDA, la réunion de planification stratégique de la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! » dans le Pacifique, qui s’est tenue du 15 au 19 juin à Apia, aux Samoa, a donné aux syndicats participants l’opportunité de passer en revue les résultats obtenus, de chercher à résoudre les problèmes rencontrés et de prévoir collectivement la phase 2026–2027 de la campagne.
Cet événement a rassemblé des représentant∙e∙s syndicaux∙ales, des responsables politiques et des partenaires, à l'image de l’UNESCO aux Samoa, de l’Organisation internationale du Travail dans le Pacifique et de l’Union Aid Abroad-APHEDA en Australie, avec des participant·e·s venu·e·s des Fidji, des Samoa, des Îles Salomon, de Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Vanuatu.


La rencontre a permis de faire le point sur l’avancement des plans d’action nationaux adoptés en 2025 et de mettre en lumière les principales réalisations et difficultés. Les participant·e·s ont analysé les évolutions du paysage éducatif dans le Pacifique, en particulier concernant les pénuries d’enseignant·e·s, la charge et les conditions de travail, la santé mentale et le financement de l’éducation.
Par ailleurs, la réunion a été l’occasion d’étudier la manière dont les recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante ont été appliquées et ont servi à appuyer le travail de plaidoyer et à améliorer les résultats de la campagne. Les réussites, les obstacles et des leçons apprises sont ressortis des échanges et serviront à orienter les prochaines actions.
En outre, les participant·e·s ont défini les nouvelles priorités en matière de plaidoyer national et régional ainsi que les plans d’action de la campagne « La force du public » pour la période 2026–2027, en y intégrant pleinement le prisme du genre et de la jeunesse. L’objectif était également de renforcer la coordination régionale et de promouvoir des approches communes dans le cadre de la campagne « La force du public ».
Le soutien de l’État samoan aux enseignant·e·s
S’adressant aux participant·e·s, le Premier Ministre des Samoa, Laʻaulialemalietoa Leuatea Polataivao Fosi Schmidt, a décrit l’événement à la fois comme un rassemblement régional et comme un engagement national. « Aujourd'hui, nous célébrons non seulement l’organisation ici d’une rencontre régionale importante, mais aussi une étape décisive dans le parcours du système éducatif des Samoa, a-t-il déclaré. Aujourd'hui, nous ne nous contentons pas d’inaugurer une réunion, nous ouvrons la voie à l’amitié, à des idées innovantes, à des partenariats plus solides et à notre engagement envers les enfants et les jeunes que nous accompagnons aux Samoa. »
Puis, le Premier Ministre a détaillé une série de mesures gouvernementales destinées à renforcer la profession enseignante aux Samoa, notamment l’attribution d’un terrain pour le futur siège de l’Association nationale des enseignant∙e∙s des Samoa, une aide financière continue pour l’association, des actions visant à garantir l’appui des partenaires de développement dans le renforcement des capacités des travailleur·euse·s, la consolidation des cursus de formation des enseignant·e·s à l’Université nationale des Samoa et le parrainage des étudiant·e·s qui s’engagent dans une formation d’enseignement. Il a de plus signalé le retour en classe d’enseignant·e·s à la retraite : « Leur contribution va au-delà de l’enseignement de matières. Elle permet de guider les jeunes enseignants et enseignantes afin de préserver la sagesse professionnelle qui ne découle que de nombreuses années d’expérience. » M. Schmidt a également annoncé un programme d’assistant·e·s pédagogiques (« dans lequel des mères et des membres de la communauté sont recruté·e·s, formé·e·s et placé·e·s dans les écoles afin de soutenir l’enseignement et l’apprentissage ») et l’élaboration d'une nouvelle structure de carrière et d'un nouveau cadre de rémunération pour le personnel enseignant, y compris les professionnel·le·s de l’éducation de la petite enfance.

Leuatea Polataivao Fosi Schmidt a par ailleurs précisé qu’investir dans les enseignant·e·s contribuait à renforcer la nation. « La qualité d’un système d’éducation ne peut jamais dépasser celle de ses enseignants et enseignantes, a-t-il rappelé. Investir dans le corps enseignant, ce n’est pas une dépense d’éducation. C’est un investissement national. » Il a fait le lien entre cet investissement et la croissance économique, mais aussi la cohésion sociale, la préservation des cultures et l’avenir collectif des Samoa.
Bâtir une solidarité régionale
La réunion de planification stratégique a considérablement contribué à renforcer la capacité d’action collective. Les participant·e·s ont dressé le bilan des avancées réalisées dans le cadre des plans d’action nationaux de la campagne « La force du public », accordé leur travail avec les recommandations internationales concernant la profession enseignante et des stratégies régionales pour une meilleure coordination du plaidoyer.
À l’issue de la rencontre, les participant·e·s sont parvenu·e·s à une vision d’ensemble commune des progrès et de l’impact de la campagne « La force du public » au sein des syndicats de l’éducation du Pacifique. Une réflexion a eu lieu sur les leçons et les bonnes pratiques à tirer de la mise en œuvre de la campagne au cours de la période 2025–2026.

Les participant·e·s ont également dégagé les questions prioritaires en matière de plaidoyer à traiter lors de la prochaine phase de la campagne. Ils et elles sont désormais en mesure de mettre à jour leur plan d’action national « La force du public » pour la période 2026–2027, conformément aux priorités régionales et aux objectifs éducatifs mondiaux.
De plus, les participant·e·s ont pu mieux comprendre les recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante et l’intérêt de ces dernières en tant qu’outil de plaidoyer. Ils et elles se sont aussi dit·e·s prêt·e·s à renforcer la collaboration et la solidarité régionales en soutien à la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! » dans le Pacifique.

Cet engagement s’est illustré dans l’appel du Premier Ministre à plus de coopération au sein de la région. « Dans le Pacifique, on dit souvent que nous avançons, ensemble, dans la même embarquation », a expliqué Laʻaulialemalietoa Leuatea Polataivao Fosi Schmidt. « Aucune nation ne peut relever seule les défis auxquels l’éducation fait face. Nous devons pagayer ensemble, apprendre ensemble, partager nos expériences et œuvrer collectivement à trouver des solutions qui bénéficieront à l’ensemble de nos élèves à l’avenir. »
Le corps enseignant n’est pas un coût, c’est un investissement
Au cours de la rencontre, Anand Singh, directeur régional de l’IE pour l’Asie-Pacifique, a de son côté mis en avant le fait que « nous nous réunissons à un moment où l’enseignement public est sous pression, mais également où notre mouvement n’a jamais été aussi important. » Soulignant l’ampleur de la crise dans la région, il a ajouté : « Il ne peut y avoir d’éducation de qualité sans enseignants et enseignantes qualifiés, soutenus et respectés. Le corps enseignant n’est pas un coût à assumer. C’est un investissement pour l’avenir de nos nations. »

Pour M. Singh, la campagne « La force du public » repose sur la promesse que chaque enfant a le droit à un·e enseignant·e qualifié·e, chaque enseignant·e a le droit à des conditions de travail décentes et chaque État a la responsabilité de financer l’enseignement public de manière adéquate.
Le directeur a également alerté que la mobilité grandissante du personnel enseignant au sein du Pacifique ne devait pas accroître les pénuries dans des pays déjà sous pression et il a plaidé en faveur d’une meilleure coopération régionale, de recrutements éthiques et d’une planification des effectifs à long terme. « Aucun pays ne devrait résoudre sa pénurie de personnel enseignant en aggravant celle de son voisin », a-t-il affirmé.
Poursuivant, il a replacé la réunion dans le cadre des efforts d’organisation du mouvement syndical. Depuis le lancement de la campagne dans le Pacifique en 2025, a-t-il indiqué, les syndicats ont mené des actions de plaidoyer auprès des autorités publiques, mobilisé leurs membres et veillé à ce que la voix des enseignant·e·s soit entendue dans les débats politiques. « C’est ce que font les organisations syndicales, a-t-il mentionné. Nous nous organisons. Nous menons campagne. Nous négocions. Et, si besoin, nous nous mobilisons. » Il a appelé les États à reconnaître les enseignant·e·s et leurs syndicats, non comme des éléments secondaires, mais comme des partenaires indispensables dans l’élaboration des politiques et des réformes relatives à l’éducation.
Un impératif moral et social
Le révérend Latu Latal de l’Église évangélique libre des Samoa à Apia est aussi intervenu pour évoquer les pressions plus globales auxquelles sont soumises les sociétés et l’importance de l’éducation pour y faire face. « Je pense que nous vivons à une époque intéressante mais extraordinaire », a-t-il estimé, décrivant un monde en mutation rapide. Selon lui, le travail du personnel enseignant et éducatif dans ce contexte est « des plus importants » pour aider les communautés à comprendre ces changements et leurs répercussions.
D’après le révérend Latu Latal, les éducateur·trice·s doivent porter « une voix prophétique » tout en encourageant la jeunesse à imaginer « un monde possible et la manière dont elle peut jouer un rôle déterminant dans la concrétisation de ce monde ». En conclusion, il a assuré que « l’éducation est la clé. Et l’éducation de qualité est cruciale. »

Contexte
La campagne de l’IE « La force du public : ensemble on fait école ! » demande des investissements publics en faveur d’une éducation et d’une profession enseignante de qualité. Dans le Pacifique, elle a été lancée en août 2025 et réunit des syndicats de l’éducation issus des Fidji, des Îles Salomon, des Samoa, de Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Vanuatu afin d’élaborer des plans d’action nationaux dédiés.
Ces plans d’action visent à répondre aux enjeux persistants et interdépendants au sein de la région, notamment les pénuries d’enseignant·e·s, l’alourdissement de la charge de travail, les conditions de travail inadaptées, les problèmes de santé mentale et le sous financement des systèmes d’enseignement public. Depuis un an, les syndicats ont activement mis en place des stratégies de plaidoyer tout en intégrant les recommandations des Nations Unies dans leurs campagnes nationales et leur engagement politique.