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Le programme PISA vu par les syndicats de l’éducation

Publié 3 septembre 2023 Mis à jour 4 septembre 2026

Les données comparatives internationales peuvent fournir des informations utiles sur les systèmes éducatifs et l’apprentissage des élèves. Cependant, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), coordonné par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), va bien au-delà d’une simple évaluation technique. La manière dont ses résultats sont interprétés, communiqués et utilisés par les gouvernements, les médias et les organisations internationales peut avoir des conséquences importantes sur les politiques éducatives, les investissements publics et les conditions de travail des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation.

Les critiques à l’égard de PISA portent donc rarement sur les données elles-mêmes. La plupart des syndicats de l’éducation s’appuient sur des données factuelles et des recherches comparatives pour étayer leur plaidoyer, conscients du rôle essentiel de ces informations dans l’élaboration des politiques. Le problème réside dans le fait que le programme PISA est trop souvent utilisé par les gouvernements pour promouvoir des classements simplistes, des définitions étroites de la réussite scolaire et des solutions politiques qui négligent les conditions sociales, économiques et politiques plus larges qui façonnent l’apprentissage. Ce document présente certaines des principales critiques et propose une vision alternative, qui place l’éducation publique, l’équité, la participation démocratique, ainsi que l’expertise professionnelle et la sagesse des personnels de l’éducation au cœur de systèmes éducatifs florissants.

1. L’obsession des classements

La critique la plus courante est que PISA est considéré comme un classement mondial des gagnants et des perdants, fondé sur une vision étroite et très « occidentale » de l’éducation.

La couverture médiatique se concentre généralement sur :

  • Qui « gagne »
  • Qui « perd »
  • Quels pays ont progressé ou régressé

Cela peut donner lieu à un discours simpliste qui fait abstraction de plusieurs facteurs :

  • Les niveaux de financement des établissements scolaires
  • Les conditions sociales
  • Le bien-être des élèves
  • Les différences entre les systèmes éducatifs
  • L’injustice économique, les inégalités et les situations de crise

Point de vue de l’IE :

PISA devrait être un outil permettant de comprendre les systèmes éducatifs, et non une compétition qui classe les pays, les établissements scolaires, les enseignant·e·s ou les élèves en gagnants et en perdants. La principale leçon à tirer des données internationales est que la solidité des systèmes d’enseignement public repose sur l’investissement, l’équité, le professionnalisme des enseignant·e·s, le dialogue social et la confiance. Les pays progressent lorsque les gouvernements collaborent avec les enseignant·e·s et leurs syndicats, investissent dans l’enseignement public et s’attaquent aux inégalités sociales et économiques qui affectent l’apprentissage. Les éditions précédentes de PISA le prouvent, lorsqu’on les analyse du point de vue des syndicats de l’éducation.

2. Blâmer les enseignant·e·s au lieu de s’attaquer aux problèmes systémiques

Les résultats de PISA sont souvent utilisés à des fins politiques pour justifier des réformes qui accentuent la pression sur les enseignant·e·s ou s’orientent vers la privatisation et/ou la marchandisation de l’enseignement public.

Lorsque les résultats sont décevants, les gouvernements proposent fréquemment :

  • Davantage d’évaluations
  • Une rémunération liée à la performance
  • Des systèmes d’évaluation des enseignant·e·s
  • Une uniformisation des programmes scolaires
  • Un renforcement de la surveillance des enseignant·e·s

Cependant, les mauvais résultats sont le plus souvent le fruit d’un ou plusieurs des facteurs systémiques et sociétaux suivants :

  • Un sous-investissement
  • Une pénurie d’enseignant·e·s
  • Des classes surchargées
  • Une pauvreté infantile et des injustices économiques
  • Un manque de services d’accompagnement
  • Des inégalités croissantes

(Et lorsque les résultats s’améliorent, les enseignant·e·s bénéficient rarement d'une reconnaissance, ni d’augmentation de salaire ou d’avantages sociaux en contrepartie)

Point de vue de l’IE :

Les systèmes éducatifs ne peuvent pas se sortir du sous-financement, des inégalités ou de l’austérité à coups d’évaluations. Une réelle amélioration ne survient que lorsque les gouvernements investissent dans des conditions qui permettent à l’enseignement et à l’apprentissage de s’épanouir : des enseignant·e·s et du personnel de soutien qualifiés, des classes à effectifs réduits, des environnements d’apprentissage inclusifs et des services de soutien complets pour les élèves. Lorsque les résultats s’améliorent, c’est souvent parce que les enseignant·e·s ont travaillé sans relâche malgré des conditions difficiles. Les enseignant·e·s méritent reconnaissance, confiance et des conditions de travail justes, et non d’être tenu·e·s pour responsables lorsque les systèmes échouent.

3. Une définition restrictive de la réussite scolaire

PISA évalue des compétences spécifiques en lecture, en mathématiques et en sciences, ainsi que, de plus en plus, en compétences numériques. Or, une éducation de qualité recouvre un champ bien plus large.

Le programme PISA ne rend pas compte, et ne peut très probablement pas rendre compte de manière adéquate, des aspects socio-émotionnels de l’apprentissage et du développement, ni des contenus et compétences liés aux domaines importants d’une éducation équilibrée, tels que :

  • L’éducation à la citoyenneté
  • La participation démocratique
  • L’éducation artistique
  • Les savoirs autochtones

Il est important de noter que PISA ne tient pas non plus compte de la diversité culturelle.

Point de vue de l’IE :

Ce qui importe le plus dans l’éducation n’est pas toujours ce qui est le plus facile à mesurer.

Des systèmes éducatifs solides favorisent la pensée critique, la créativité, la participation démocratique, la solidarité, le bien-être et des relations constructives entre les enseignant·e·s et les élèves. Ces dimensions sont fondamentales pour une éducation de qualité et ne peuvent être pleinement prises en compte par des évaluations standardisées.

4. Encourager l’adoption aveugle de politiques

Les gouvernements sont souvent à la recherche de « miracles éducatifs » après la publication des résultats PISA.

Exemples :

  • « Copions le pays X »
  • « Faisons comme le pays Z. »
  • « Adoptons les politiques en fonction des classements. »

Cependant, cela ne tient pas compte des éléments suivants :

  • Les différents contextes sociaux et économiques
  • Les différences culturelles
  • Les structures de financement
  • Les différences linguistiques
  • Les réalités du marché du travail
  • Les facteurs historiques

Point de vue de l’IE :

Les systèmes éducatifs ne s’améliorent pas comme par magie en copiant les politiques d’autres pays. Ils s’améliorent grâce au dialogue et à la collaboration avec les syndicats de l’éducation, et en s’inspirant d’autres contextes tout en respectant les réalités locales. Les échanges internationaux et la solidarité syndicale peuvent aider à identifier des pratiques prometteuses, mais les réformes réussies doivent être élaborées avec les enseignant·e·s, le personnel de soutien à l’éducation, les syndicats, les élèves et les communautés. Les systèmes éducatifs les plus solides sont ceux où les enseignant·e·s et les personnels de l’éducation disposent d’une voix significative dans l’élaboration des politiques, où le dialogue social est respecté et où les gouvernements soutiennent les professionnel·le·s qui rendent l’apprentissage possible.

5. Une attention insuffisante portée aux inégalités et à l’injustice économique

Il convient de souligner que PISA inclut des données sur le statut socio-économique. Cependant, les médias et les responsables politiques négligent souvent ces informations.

PISA démontre régulièrement que :

  • La pauvreté affecte les résultats scolaires.
  • La ségrégation affecte la réussite scolaire.
  • Les inégalités affectent les opportunités.

Pourtant, les gros titres se concentrent sur les classements plutôt que sur les problèmes structurels.

Point de vue de l’IE :

La question la plus importante n’est pas de savoir qui a obtenu les meilleurs résultats, mais quels élèves sont laissés pour compte et pourquoi. La justice en matière d’éducation exige que les gouvernements se concentrent sur les élèves confrontés aux plus grands obstacles et veillent à ce que chaque élève, quelle que soit son origine, ait droit à une éducation publique de qualité.

6. Poussée de la commercialisation et de la privatisation

Les résultats de PISA sont parfois utilisés pour promouvoir :

  • La privatisation des écoles
  • Les écoles à charte
  • Des réformes axées sur le marché
  • Un recours accru à la sous-traitance
  • Des solutions éducatives à but lucratif telles que les chèques-éducation.

Lorsque les résultats des pays sont médiocres, les partisans de la privatisation peuvent affirmer que l’enseignement public a échoué.

Cependant :

  • Les systèmes les plus performants sont le plus souvent ceux qui bénéficient d’un financement public solide.
  • L’équité est étroitement liée à un système d’enseignement public solide.
  • Les réformes axées sur le marché accentuent souvent la ségrégation et les inégalités au lieu d’améliorer les résultats scolaires, ce qui, à long terme, a des conséquences négatives à bien d’autres égards pour les gouvernements, les sociétés et les individus qui les composent
  • L’éducation est un bien public et un droit humain, et non une marchandise.

7. Un renforcement des évaluations standardisées

Bien que PISA ne teste qu’un échantillon d’élèves, son influence peut contribuer à l’émergence d’une culture plus large des tests et de l’évaluation qui nuit à l’enseignement et à l’apprentissage

Quelques conséquences :

  • Un enseignement axé sur les tests
  • Une importance moindre accordée à la curiosité intellectuelle et à la pensée critique
  • Moins de diversité dans les programmes scolaires
  • Un financement d’entreprises privées spécialisées dans les tests (qui ne sont pas motivées par la volonté de contribuer au bien commun)
  • Une autonomie réduite des enseignant·e·s
  • Moins d’attention accordée aux matières non évaluées
  • Un stress accru pour les enseignant·e·s et les élèves

Point de vue de l’IE :

Lorsque l’amélioration des classements devient l’objectif principal, les systèmes éducatifs risquent de restreindre les programmes scolaires, de réduire l’autonomie des enseignant·e·s et de privilégier les résultats mesurables au détriment d’un apprentissage significatif ou de la pensée critique. Une surabondance d’évaluations peut exercer une pression sur les élèves et les enseignant·e·s, tout en favorisant les investissements dans les systèmes d’évaluation et le secteur privé de l’évaluation. L’éducation ne devrait pas se résumer à une course à l’amélioration des classements internationaux.

8. Le bien-être des élèves et des enseignant·e·s peut être relégué au second plan

Plusieurs systèmes éducatifs considérés comme très performants selon les résultats de PISA sont également connus pour présenter une ou plusieurs des réalités préoccupantes suivantes :

  • Un nombre important d’élèves confrontés à des difficultés en matière de santé mentale et de bien-être, notamment des taux élevés de stress, d’anxiété et de dépression chez les élèves.
  • Une pression scolaire excessive
  • Une charge de travail déraisonnable pour les enseignant·e·s, qui affecte leur bien-être ainsi que leur maintien dans la profession.

L’accent mis exclusivement sur les résultats masque souvent ces réalités.

Point de vue de l’IE :

Un système éducatif performant n’est pas nécessairement celui qui obtient de bons résultats aux examens, mais celui où les élèves et les enseignant·e·s peuvent s’épanouir.

9. Les investissements publics, et non l’austérité, sont le moteur d’une éducation de qualité

Les résultats de PISA sont souvent présentés comme si les résultats scolaires dépendaient principalement des seules pratiques en classe. Or, de nombreuses données démontrent à maintes reprises que la réussite scolaire est liée à un financement public soutenu et à des institutions publiques solides.

Parmi les facteurs clés d’une éducation de qualité, on peut citer :

  • Un financement solide de l’éducation publique
  • Des investissements dans les programmes de formation des enseignant·e·s
  • Des salaires compétitifs et la sécurité de l’emploi pour les enseignant·e·s et le personnel de soutien à l’éducation
  • Un effectif suffisant d’enseignant·e·s et de personnel de soutien à l’éducation
  • Des établissements scolaires sûrs et inclusifs
  • Un enseignement public de qualité pour la petite enfance
  • Des services d’accompagnement des élèves

Pourtant, de nombreux gouvernements continuent d’imposer des mesures d’austérité, de geler les salaires dans le secteur public, de réduire les effectifs ou de mener des politiques fiscales qui affaiblissent les recettes publiques nécessaires au financement d’une éducation de qualité.

Si les gouvernements souhaitent réellement améliorer les résultats scolaires, ils doivent investir pleinement dans l’enseignement public plutôt que de rechercher des raccourcis. Des systèmes d’enseignement public solides se construisent grâce à un financement durable, au dialogue social et à un engagement en faveur de l’équité et de l’inclusion.

Les derniers cycles du programme PISA ont souligné à plusieurs reprises l’importance des éléments suivants :

  • Des enseignant·e·s qualifié·e·s
  • Un soutien aux enseignant·e·s
  • Des environnements d’apprentissage positifs
  • Des mesures en faveur de l’équité
  • Des ressources adéquates
  • Le bien-être des élèves
  • Des formations professionnelles de haute qualité axées sur les enseignant·e·s

Le défi ne consiste pas à découvrir de nouveaux problèmes, mais à convaincre les gouvernements d’agir sur la base des données dont on dispose déjà.

10. L’influence de l’OCDE sur les politiques éducatives nationales

Les personnes critiques affirment que l’OCDE pourrait exercer une influence trop importante sur la politique éducative. Cette critique ne porte pas nécessairement sur les travaux de recherche de l’OCDE, mais sur son pouvoir de définir les priorités.

Les priorités de cette organisation ont toujours privilégié les intérêts des pays riches, les résultats du marché, les allègements fiscaux accordés aux multinationales et le profit économique, et ce au détriment des droits de l’homme.

Cela soulève des questions importantes, en particulier pour les pays à faibles revenus, notamment :

  • Quelle influence une organisation économique devrait-elle avoir sur les politiques éducatives ?
  • Les pays sont-ils évalués à l’aune de modèles élaborés en grande partie par les économies les plus riches ?
  • Comment évaluer les systèmes éducatifs de manière à mieux refléter les réalités locales, les cultures, les langues, les histoires et les priorités de développement ?
  • Qui décide de ce qui constitue une réussite scolaire ?
  • Quelles valeurs se reflètent dans ces évaluations ?

Point de vue de l’IE :

Les priorités éducatives devraient être déterminées démocratiquement par le biais d’un dialogue avec les enseignant·e·s, leurs syndicats, les élèves, les familles et les communautés. Les données internationales peuvent éclairer la prise de décision, mais elles ne devraient jamais se substituer au dialogue social, à la responsabilité publique ou aux processus démocratiques nationaux.

Le programme PISA devrait être utilisé comme un outil de diagnostic parmi d’autres, et non comme un exercice de classement. Les pays progressent lorsque les gouvernements collaborent avec les enseignant·e·s et leurs syndicats, financent l’éducation publique et s’attaquent aux inégalités sociales et économiques qui affectent l’apprentissage. L’éducation est un bien public et un droit humain, et non un instrument économique.