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Mondes de l'éducation

L’intelligence artificielle est là pour rester

Publié 28 septembre 2026 Mis à jour 28 septembre 2026
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L’intelligence artificielle est là pour rester et, en tant que syndicalistes, nous devrions avoir autant confiance dans notre capacité à en exploiter le potentiel que dans notre capacité à faire entendre notre voix collective.

Chaque contrat négocié reflète la morale, les valeurs et les priorités d’un syndicat. À mesure que nous élargissons notre champ de négociation, l’IA se doit d’y figurer en bonne place. Il y a peut-être des sceptiques qui se disent : « L’IA ne va pas changer mon travail. Nous devons continuer à donner la priorité aux questions de tous les jours, comme l’accessibilité financière, la sécurité des élèves ou le recrutement. »

Même si je comprends ce point de vue, nous ne pouvons nous permettre d’ignorer l’impact de l’IA sur ces questions. L’accessibilité financière, la sécurité des élèves et le recrutement seront touchés par l’IA, et il nous appartient de veiller à ce que les changements qu’elle ne manquera pas d’entraîner sur le lieu de travail se fassent avec nous, et non pas contre nous.

Le personnel non enseignant — ou personnel de soutien scolaire et universitaire, comme on l’appelle souvent —est de plus en plus confronté à l’IA sur son lieu de travail. Souvent, l’IA est mise en œuvre sans demander le consentement ou l’avis des travailleuses et des travailleurs concerné·es et sans l’accompagnement nécessaire.

  • Accessibilité financière : les membres de mon association constatent une hausse des coûts de l’électricité depuis maintenant six années consécutives en Oregon, un important pôle technologique. L’une des principales causes de cette augmentation est l’expansion rapide des centres de données énergivores au sein de nos communautés. Ces coûts croissants érodent les avancées salariales que nous obtenons à la table des négociations.
  • Sécurité des élèves et plaidoyer : certains outils d’IA ont été créés en vue de faciliter l’élaboration de plans éducatifs pour les élèves en situation de handicap. Si ces outils sont porteurs d’efficacité, ils présentent également des risques réels. Un système qui génère des recommandations sans connaître les élèves risque de passer à côté de certains éléments essentiels, et de compromettre ainsi leur vie privée et la qualité du soutien qui leur est prodigué.
  • Recrutement et charge de travail : dans les écoles primaires et secondaires, les collèges et les universités, nous constatons que de plus en plus d’employeurs prétextent de l’IA pour ne pas embaucher de personnel administratif ou de soutien. Au lieu d’alléger la charge de travail, ces outils servent à justifier des diminutions de personnel, et augmentent ainsi la pression sur des équipes déjà en sous-effectif. Les cadences de nettoyage des écoles sont désormais tributaires d’un algorithme plutôt que de la charge de travail réelle (épidémies touchant la communauté éducative, grands événements, manifestations sur les campus, etc.). Le personnel de nettoyage est tenu de respecter des cadences strictes qui ne tiennent pas compte des circonstances exceptionnelles. Même les chauffeurs de bus scolaires — un métier souvent considéré comme étant à l’abri de l’IA — n’y échappent pas. Les trajets étant désormais déterminés par l’IA plutôt que par l’expérience, il est déjà arrivé que des élèves doivent attendre des heures dans des quartiers qu’ils ne connaissaient pas avant de pouvoir regagner leur domicile.

L’impact de l’IA se fait déjà sentir, et cette réalité a de quoi faire peur.

Mais en ma qualité de syndicaliste, je sais que la meilleure réponse à la peur est l’espoir. Si l’IA peut sembler déroutante, parfois même effrayante, j’ai confiance en sa faculté à faciliter notre vie et celle des élèves dont nous avons la charge. J’envisage l’IA de la même façon que les autres évolutions technologiques que j’ai été amenée à vivre au cours de ma vie. La calculatrice, la télévision et le téléphone portable étaient autrefois perçus comme des objets à craindre plutôt qu’à adopter avec les réserves nécessaires. Utilisés à bon escient, ces « outils » ont néanmoins amélioré notre quotidien.

L’intelligence artificielle se trouve à un moment charnière. Les travailleurs et travailleuses organisé·es montreront-ils la voie en façonnant la manière dont l’IA sera utilisée pour améliorer leur vie ? ou bien laisserons-nous ces décisions se prendre à notre place ?

C’est la manière dont nous utiliserons le pouvoir qui est le nôtre qui déterminera si l’IA est un ennemi potentiel ou un outil utile. Dans cette réalité nouvelle et déroutante, je ne prétends pas détenir toutes les réponses. Mais je suis persuadée qu’il nous est possible de poser ensemble les premiers jalons clairs qui garantiront à la fois notre pouvoir et notre productivité.

  1. Admettre la réalité. L’IA n’est pas une chimère. C’est une réalité qui imprègne presque toutes les facettes de notre travail et de notre vie quotidienne.
  2. Bâtir un savoir collectif. Nous devons nous informer à la fois sur les risques que pose l’IA et sur les possibilités qu’elle offre. Nous devons non seulement comprendre comment l’utiliser, mais aussi quand la remettre en cause et quand lui faire front.
  3. Exiger une voix. Les travailleuses et les travailleurs doivent avoir leur mot à dire dans la façon dont l’IA est acquise, introduite, mise en œuvre, utilisée et régie sur le lieu de travail, plus particulièrement en matière de données, de confidentialité et de protection de l’emploi.

Nous avons déjà constaté ce qui se passe lorsque la technologie dépasse notre capacité à la maîtriser. L’essor rapide des réseaux sociaux a modifié en profondeur la façon dont nos élèves interagissent ensemble et avec le monde, souvent sans précautions ni garde-fous. Partout dans le monde, les écoles tentent d’en gérer les conséquences après coup, à grand renfort de restrictions et d’interdictions.

Ne commettons pas la même erreur avec l’intelligence artificielle.

L’IA est un outil qui a le pouvoir d’améliorer notre travail et nos vies, mais seulement si sa mise en œuvre est réfléchie et transparente et si elle se fait avec la contribution des travailleuses et des travailleurs à chaque étape.

En tant que syndicalistes, simples membres ou leaders, nous avons à la fois l’opportunité et la responsabilité de façonner ce moment.

Nous méritons une formation adéquate — non seulement sur la manière d’utiliser l’IA, mais aussi pour en saisir les implications éthiques. Nous méritons des garanties qui protègent nos emplois, nos élèves et nos communautés. Mais surtout, nous méritons d’avoir voix au chapitre pour déterminer la façon dont notre travail intégrera cette nouvelle technologie.

L’intelligence artificielle est là pour rester.

La question n’est pas de savoir si elle façonnera notre avenir, mais si nous aurons notre mot à dire sur la manière dont les changements qu’elle entraîne affecteront celui-ci.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.