Les syndicats de l’éducation de Corée du Sud en appellent à la solidarité internationale pour défendre leurs droits et l’éducation publique
Le 9 octobre 2026, les trois plus grandes organisations syndicales de l’enseignement en Corée du Sud organiseront conjointement une grande manifestation devant l’Assemblée nationale à Séoul pour défendre les droits des enseignants et enseignantes et l’éducation publique. La Korean Federation of Teachers’ Associations (KFTA), la Korean Federation of Teachers’ Unions (KFTU) et le Korean Teachers and Education Workers Union (KTU), toutes trois affiliées à l’Internationale de l’Éducation (IE), lancent un appel à la solidarité internationale afin de renforcer leur mouvement.
Cette mobilisation s’inscrit dans le prolongement du mouvement sans précédent qui a émergé en 2023 après le décès tragique d’une jeune enseignante qui s’était donné la mort à la suite de harcèlement et de violences dont elle était victime. Cet événement a déclenché des manifestations à l’échelle nationale, réunissant des centaines de milliers de personnels de l’éducation réclamant justice, dignité et respect pour la profession enseignante. À l’époque, l’Internationale de l’Éducation avait exprimé sa solidarité avec les personnels de l’enseignement coréens, reconnaissant que leur lutte s’inscrivait dans le combat mondial pour une éducation publique de qualité et pour les droits syndicaux fondamentaux. Les enseignants et enseignantes de Corée du Sud dénonçaient les pressions excessives, les menaces et les restrictions à leurs droits, tout en réclamant des réformes significatives pour protéger la profession et l’éducation publique
Des enjeux essentiels toujours sans réponse
Malgré certaines réformes initiales, les syndicats coréens de l'éducation signalent que les principaux enjeux restent toujours sans réponse. Les enseignant·e·s continuent de faire l'objet d'enquêtes pénales et de poursuites judiciaires en vertu de dispositions très larges de la loi sur la protection de l'enfance relatives à des allégations de « maltraitance émotionnelle envers les enfants », souvent pour avoir simplement mené à bien des tâches pédagogiques courantes et assumé leurs responsabilités en classe. Les travailleuses et travailleurs du secteur de l'éducation restent également soumis à de sévères restrictions en matière de droits politiques et de liberté d'expression. De plus, de récentes mesures gouvernementales suscitent des inquiétudes quant à des coupes budgétaires dans le financement de l'éducation au niveau local.
KFTA, KFTU et KTU se mobilisent autour de trois demandes clés:
- Réformer les dispositions de la loi sur la protection de l’enfance qui ont conduit à des signalements abusifs et des enquêtes visant des enseignant·e·s accusé·e·s de « maltraitance émotionnelle » envers les enfants dans le cadre d’activités éducatives légitimes.
- Garantir aux personnels de l'éducation les droits politiques et civiques fondamentaux, conformément aux normes internationales, notamment la liberté d'expression et la participation à la vie publique.
- Protéger le financement de l'éducation contre les mesures politiques susceptibles de réduire les budgets alloués à l'éducation au niveau local et d'affaiblir l'enseignement public. L’investissement durable dans une éducation publique de qualité pour toutes et tous doit rester une priorité.
The South Korean teacher organisations stress that these issues are critical to safeguarding both the right to teach and the right to learn, as well as maintaining the quality of public education.

Réforme de la loi sur la protection de l’enfance
La révision de la loi sur la protection de l’enfance constitue aujourd’hui la revendication principale des personnels de l’éducation.
En juillet 2026, les organisations affiliées à l’IE ont organisé d’importants rassemblements à Séoul pour exiger une révision de cette loi. Elles estiment que les dispositions actuelles relatives à la « maltraitance émotionnelle » sont excessivement larges et vagues, exposant les enseignant·e·s à des plaintes pour maltraitance et à des enquêtes pénales pour des activités ordinaires telles que la gestion de classe, l’exercice de la discipline, la médiation de conflits ou l’accompagnement des élèves. Selon les enseignant·e·s, même lorsque les plaintes sont infondées, les enquêtes qui s’ensuivent provoquent un stress psychologique considérable et nuisent à leur enseignement comme à l’apprentissage des élèves.
KFTA, KFTU et KTU demandent conjointement au gouvernement et à l’Assemblée nationale de définir clairement les éléments constitutifs de la « maltraitance émotionnelle » afin d’éviter les interprétations arbitraires et les plaintes malveillantes à l’encontre des enseignant·e·s. Ils réclament des réformes législatives qui protègent les enfants tout en garantissant que les activités éducatives courantes ne puissent être assimilées à des actes de maltraitance.
Droits politiques et civiques des enseignant·e·s
En Corée du Sud, les enseignant·es et enseignants continuent de faire face à d’importantes restrictions concernant leur liberté d’expression, leur participation à la vie politique et leur engagement citoyen. Les organisations enseignantes appellent à des réformes permettant de mieux aligner les pratiques nationales sur les principes démocratiques et les normes internationales, tout en préservant la neutralité politique des écoles.
Le 1er octobre 2026, sept organisations nationales de l’éducation ont lancé conjointement une campagne réclamant une législation garantissant les droits politiques fondamentaux des enseignant·e·s, notamment la liberté d’expression politique et le droit d’adhérer à un parti politique. Elles ont souligné que les personnels de l’éducation sont directement concernés par les politiques éducatives tout en étant empêchés de participer pleinement aux processus d’élaboration des politiques publiques.
A la fin de l’année 2025 et au début de l’année 2026, le KTU a mené plus de deux mois d’actions de protestation et une grève de la faim. Cette mobilisation a abouti à un accord avec l’Assemblée nationale prévoyant la création d’un organe de concertation sur les droits politiques des enseignant·e·s. Le syndicat estime que les enseignant·e·s doivent bénéficier des mêmes droits civils et politiques fondamentaux que les autres citoyens et citoyennes en dehors du cadre scolaire.
Selon une étude récente du ministère de l’Éducation, la Corée du Sud accorde aux enseignant·e·s des droits politiques particulièrement limités par rapport à de nombreux autres pays.
Protéger le financement de l’enseignement local
Faisant écho au message central de la campagne de l’IE La force du public : ensemble on fait école!, les organisations enseignantes coréennes s’opposent fermement aux réductions proposées du financement de l’éducation. L’IE et ses affiliés en Corée du Sud avertissent que les coupes envisagées dans les budgets de l’éducation au niveau local menacent la qualité de l’enseignement public, affaiblissent l’autonomie éducative régionale et compromettent les efforts visant à relever les nouveaux défis éducatifs.
En juillet 2026, vingt et une organisations du secteur de l’éducation et de la société civile, dont les principaux syndicats nationaux de l’enseignement, se sont publiquement opposées aux projets gouvernementaux de restructuration du système de subventions au financement local de l’éducation, estimant que ces mesures auraient des effets négatifs sur les conditions d’enseignement et la qualité de l’éducation publique.
En août 2026, les seize responsables métropolitains et provinciaux de l’éducation ont conjointement rejeté les propositions gouvernementales visant à modifier la formule liant les budgets alloués à l’éducation aux recettes fiscales nationales. Ils ont souligné que les écoles sont confrontées à des besoins croissants, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle et de l’éducation numérique, de la santé mentale des élèves, de la sécurité et de l’apprentissage personnalisé, et qu’elles ont donc besoin d’un financement stable plutôt que de réductions budgétaires.

Solidarité internationale
La lutte des enseignants et enseignantes de Corée du Sud reflète les défis auxquels sont confrontés les personnels de l’éducation partout dans le monde et démontre l’importance de l’unité internationale et de l’action collective. L’Internationale de l’Éducation réaffirme que les droits syndicaux sont des droits humains et que les personnels de l’éducation doivent pouvoir enseigner et défendre leurs droits sans craindre l’intimidation, le harcèlement ou des poursuites judiciaires injustifiées.
Envoyez un message de soutien
KFTA, KFTU et KTU invitent les organisations membres de l’IE dans le monde entier à exprimer leur solidarité au moyen de courts messages de soutien avant le rassemblement du 9 octobre. Ces messages venus des quatre coins du monde seront lus lors des rassemblements et manifestations syndicales et contribueront à renforcer la mobilisation enseignante.
Ces messages peuvent notamment mettre en avant :
- Le soutien à l’autonomie professionnelle et à la dignité des enseignant·e·s ;
- Le respect des droits syndicaux et des libertés fondamentales ;
- L’importance de systèmes d’éducation publique sûrs, inclusifs et correctement financés ;
- La solidarité avec les enseignant·e·s qui se mobilisent pour la justice et une éducation de qualité.
Les messages peuvent être envoyés au coordinateur international du KTU.
À l’heure où les enseignantes et enseignants de Corée du Sud font une nouvelle fois entendre leur voix pour défendre l’éducation publique et leurs droits fondamentaux, le mouvement mondial de l’éducation doit rester uni afin que leur appel à la justice soit entendu dans le monde entier.