Le personnel éducatif d’Asie du Nord défend la justice climatique et une transition équitable
Des syndicats de l’éducation venus du Japon, de Corée du Sud, de Taiwan et de Mongolie ont réaffirmé leur engagement en faveur des populations et de la planète lors de la conférence « Les éducateur·trice·s défendent la justice climatique et une juste transition » organisée par le bureau régional de l’Internationale de l’Éducation en Asie-Pacifique (IEAP) à Taipei les 21 et 22 avril 2026.
Cette conférence, qui en est désormais à sa quatrième édition, est l’événement phare du programme « Educators for Sustainable Development » (Les éducateur∙trice∙s pour le développement durable, E4SD) de l’IEAP en Asie du Nord. Depuis son lancement, ce programme a mobilisé plus de 60 syndicats de toute la région Asie Pacifique.
Des représentant·e·s du Japan Teachers Union (JTU), du Korean Teachers Union (KTU), de la Korean Federation of Teachers’ Unions (KFTU), de la Federation of Mongolian Education and Science Unions (FMESU) et de la National Teachers Association – Taiwan (NTA Taiwan) se sont réuni·e·s afin de discuter des répercussions des changements climatiques sur la profession enseignante et de s’engager à mettre en œuvre des plans nationaux d’action climatique concrets.

La justice climatique : une forme de justice sociale
Anand Singh, directeur régional de l’IEAP, a donné le ton de cette conférence de deux jours en prononçant un discours d’ouverture franc et tourné vers l’avenir. Replaçant l’événement dans un contexte d’intensification des conséquences du dérèglement climatique à l’échelle mondiale, alors que différents conflits se poursuivent et que le moment est décisif pour les Objectifs de développement durable, il a encouragé les éducateur∙trice∙s à prendre conscience de leur pouvoir en tant qu’acteur·trice·s du changement.
« Nous ne sommes pas de simples spectateurs et spectatrices face à la crise climatique. Nous faisons partie des personnes qui peuvent apporter une des réponses les plus déterminantes. Chaque éducateur et chaque éducatrice dans cette salle a le pouvoir de façonner la manière dont la prochaine génération appréhendera le monde : ses mécanismes, ses injustices et ses possibilités. Ce n’est pas rien. C’est un très grand pouvoir. »
— Anand Singh, directeur régional de l’IEAP

Selon M. Singh, le programme E4SD (en anglais) n’a jamais été conçu comme une conférence ponctuelle mais comme un parcours délibéré de plusieurs années, qui a commencé aux Fidji avec les organisations membres du Pacifique, puis a continué à Bangkok pour l’Asie du Sud-Est et à Katmandou pour l’Asie du Sud, avant d’achever maintenant son tour de la région à Taipei. « Chacune de ces rencontres s’est appuyée sur les précédentes, a expliqué M. Singh. Ensemble, elles forment plus qu’une simple succession d’événements. Elles forment un réseau vivant et dynamique d’éducateurs et d’éducatrices engagés dans une vision commune d’un avenir juste et durable. »
« La question qui se pose à nous n’est pas de savoir si le changement climatique aura des conséquences sur l’éducation en Asie-Pacifique. C’est déjà le cas. La question est de savoir si l’éducation fera partie de la réponse et si nous, syndicats de l’éducation, seront à la tête de cette réponse. »
M. Singh a invité les participant·e·s à retenir plus qu’une simple source d’inspiration de cette rencontre à Taipei. Il a énoncé quatre attentes tangibles : obtenir une vision commune plus précise de la situation de l’éducation au changement climatique dans chaque pays, formuler deux ou trois promesses concrètes par organisation membre pour les douze mois à venir, consolider le réseau en Asie du Nord et surtout, gagner la confiance qui découle de la certitude que « du Japon à la Corée, de Taiwan à la Mongolie, il existe des éducateurs, des éducatrices et des responsables de syndicats qui partagent cet engagement et qui se tiennent à nos côtés ».
Exprimant sa gratitude d’avoir l’occasion de recevoir le réseau à Taiwan, le président de la NTA Taiwan, Chun-Liang Hou, a chaleureusement accueilli les représentant·e·s et a réaffirmé l’implication de son syndicat en faveur de l’action climatique, qu’il considère comme un impératif à la fois professionnel et moral de la part du personnel éducatif.
« Grâce à l’éducation, les enseignants, les enseignantes et les élèves ne seront pas juste des victimes du dérèglement climatique. Ils et elles deviendront également des acteurs et des actrices du changement, comme le montre la campagne “Enseignez pour la planète” de l’IE. »

Dans son allocution, M. Wei Yang, chercheur associé au réseau Taiwan Climate Action Network, a invité les paticipant·e·s à repenser la raison d’être de l’éducation à l’ère de l’urgence climatique et à dépasser l’idée que l’école ne ferait que produire des travailleur·euse·s pour l’économie verte. Intervenant à distance, M. Satoshi Tamai, directeur de la Confédération syndicale internationale pour l’Asie-Pacifique, a appelé les pouvoirs publics à mettre en place des politiques climatiques qui accordent une place centrale aux droits et au bien-être des travailleur·euse·s et de leurs communautés, ajoutant que « ce n’est qu’en unissant nos efforts que nous pourrons nous organiser efficacement et remporter des victoires collectives ».
Par ailleurs, Beverley Park, directrice du Programme de coopération internationale à la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants, et Nicole Calnan, secrétaire fédérale de l’Australian Education Union, deux organisations partenaires de l’IEAP depuis de nombreuses années, ont transmis des messages de solidarité. Mmes Park et Calnan ont souligné que les éducateur·trice·s et les responsables syndicaux·ales peuvent et doivent faire preuve d’un véritable leadership en ce qui concerne l’action climatique et que l’enseignement est en soi indispensable à la démocratie comme à la justice climatique.
Témoignages venus de la région : une crise commune, un engagement commun
Les représentant·e·s du JTU, du KTU, de la KFTU, de la FMESU et de la NTA Taiwan ont expliqué comment le changement climatique porte déjà un coup à la profession enseignante dans leurs pays respectifs, avec notamment l’aggravation du stress thermique dans les salles de classe (en anglais). Ils et elles ont également fait savoir que, pour leurs membres, il est urgent de mettre en place une réforme des programmes scolaires en matière d’éducation et de formation professionnelle au changement climatique afin de mieux lutter contre l’écoanxiété chez les élèves.
Des résultats : de la parole aux plans d’action
La conférence s’est achevée par l’élaboration, par chacune des délégations nationales, d’un plan d’action climatique détaillant les engagements et les activités de ces dernières pour l’année à venir, conformément au projet E4SD. Ces plans prévoient notamment des séminaires et la sensibilisation des membres aux questions climatiques, des campagnes de plaidoyer collectif et des actions de lobbying officiel en faveur d’une réforme des programmes scolaires. Ils témoignent d’un mouvement qui entend traduire des convictions en résultats concrets, garantir l’accès à des formations adaptées pour les enseignant·e·s et fournir aux éducateur·trice·s les compétences, les connaissances et les outils nécessaires pour offrir aux élèves une éducation au changement climatique efficace.
La conférence a également été couverte par les médias taiwanais.