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Les enseignant·e·s du Réseau d’Asie du Nord unissent leurs forces pour des syndicats démocratiques, résilients et véritablement représentatifs

Publié 24 avril 2026 Mis à jour 3 mai 2026

Le Réseau des enseignant·e·s d’Asie du Nord (North Asia Network (Réseau d’enseignant·e·s d’Asie du Nord - NAN, acronyme anglophone) s’est réuni les 23 et 24 avril pour sa toute première rencontre en présentiel, à Taipei, un événement que l’on peut qualifier d’événement historique pour la sous‑région. C’est une avancée majeure pour la solidarité régionale et l’action collective que les membres affiliés de l’Internationale de l’Éducation en Asie du Nord se soient enfin rassemblés en tant que réseau structuré.

Le NAN a été créé à l’issue de la première Conférence des femmes de la région Asie‑Pacifique de l’Internationale de l’Éducation (EIAP), organisée en juillet 2024. Se distinguant par son caractère inclusif et intersectionnel, le réseau se compose de représentant·e·s des comités des femmes, des jeunes et des personnes LGBTI+ évoluant au sein des syndicats de l’éducation du Japon, de Mongolie, de Corée du Sud et de Taïwan. Depuis sa formation, le réseau se réunit régulièrement en ligne pour définir ses objectifs, ses méthodes de travail et son plan d’action, et la rencontre de Taipei, son tout premier rassemblement en personne, était attendue de longue date.

Dans son discours d’ouverture, le directeur régional de l’IEAP, Anand Singh, a donné le ton avec un message clair sur la raison d’être et les ambitions du réseau. « Ce réseau représente quelque chose de puissant », a‑t‑il dit. « Il rassemble une communauté diverse et dynamique faite d’affiliés, de dirigeants et dirigeantes, d’organisateurs et d’organisarices, de militants et de militantes, de jeunes, de femmes et de membres LGBTI+ de l’Internationale de l’Éducation. »

M. Singh a souligné le fait que l’inclusion n’est pas une option, mais le fondement indispensable pour bâtir des syndicats démocratiques, résilients et véritablement représentatifs. « Un mouvement syndical fort en Asie du Nord, comme partout ailleurs, est un mouvement où chaque voix compte, où chaque identité est respectée et où chaque membre se sent à sa place », a‑t‑il affirmé devant les délégué·e·s.

Il a également invité les syndicats à s’interroger en toute honnêteté sur la pertinence de leurs actions pour l’ensemble de leurs membres, y compris les enseignant·e·s débutant·e·s, les femmes aspirant à des postes de direction et les membres LGBTI+ en quête de représentation. « Les syndicats ne peuvent pas se développer si des personnes se sentent exclues. Ils ne peuvent pas être forts si certains ou certaines se sentent invisibles », a‑t‑il rappelé, exhortant les délégué·e·s à concevoir les syndicats comme des « espaces sûrs, inclusifs et émancipateurs ».

M. Singh a par ailleurs évoqué les campagnes mondiales de l’IE, notamment « La force du public : ensemble on fait école ! », les droits syndicaux, l’égalité des genres et l’inclusion LGBTI+, des thèmes s’inscrivant tous dans un engagement commun fondé sur un principe unique : « Des systèmes éducatifs publics solides requièrent des syndicats forts et inclusifs ».

Partager des stratégies, amplifier les voix

Au cours de deux journées de travail, les participant·e·s ont présenté les priorités de leur syndicat, leurs principales difficultés ainsi que leurs stratégies de campagne, en mettant l’accent sur la manière dont chaque groupe organise efficacement ses membres et s’engage dans l’action politique. Parmi les temps forts :

  • Le Japan Teachers Union (JTU) a présenté sa campagne pour la réduction de la charge de travail dans les écoles et fait part de ses efforts pour encourager la participation des jeunes à la politique, notamment en portant cette question devant la Diète japonaise.
  • Le Korean Teachers and Education Workers Union (KTU) a exposé ses stratégies d’engagement des membres visant à sensibiliser davantage sur le sujet de la taille des classes et de son impact tant sur les enseignant·e·s que sur les élèves.
  • La National Teachers Association of Taiwan (NTA) a détaillé ses stratégies pour mobiliser les parlementaires favorables aux syndicats, mettant en avant la campagne couronnée de succès qui a fait du 1er mai un jour férié.
  • La Federation of Mongolian Education and Science Unions (FMESU) a expliqué comment une campagne publique ciblée, s’appuyant sur les mécanismes institutionnels de dialogue social, a contribué de manière déterminante à l’obtention d’une augmentation salariale pour les enseignant·e·s en seulement treize jours.

Le Korean Teachers and Education Workers Union (KTU), l’affilié de l’IE le plus récent, participait, à cette occasion, à sa toute première réunion de l’IE. Le syndicat a partagé des informations sur sa structure, sa composition et le travail de ses instances consacrées à la jeunesse et aux femmes. Il est particulièrement intéressant de noter que la majorité de ses membres ayant entre vingt et trente ans, les préoccupations de la jeunesse occupent une place centrale dans le programme du syndicat et ne sont pas réservées à un comité spécifique.

Thèmes majeurs et engagements collectifs

Les discussions ont mis en évidence l’importance du renouveau syndical. Les participant·e·s ont d’ailleurs identifié des défis communs à l’ensemble des groupes représentés à ce sujet : la nécessité d’intégrer de manière transversale les questions relatives au genre, à la jeunesse et aux droits LGBTI+ dans les programmes syndicaux ; le renforcement de la communication interne entre sections locales et bureaux centraux, la sensibilisation et l’engagement communautaire au‑delà des membres, ainsi que la diversification des sources de revenus pour les syndicats, l’organisation et l’élargissement des coalitions avec des organisations partageant les mêmes valeurs.

La réunion a offert un espace sûr et bienveillant permettant aux participant·e·s de développer une confiance mutuelle, d’apprendre des expériences de chacun·e et d’élaborer des plans concrets pour accroître l’influence de leur groupe au sein de leur syndicat respectif.

En marge de la rencontre, les délégué·e·s du NAN ont eu l’occasion de rencontrer la vice‑présidente de Taïwan, Hsiao Bi‑khim. Anand Singh lui a présenté les Recommandations du Groupe de haut niveau des Nations unies sur la profession d’enseignant. Mme Hsiao a chaleureusement accueilli les délégations du Japon, de la Mongolie et de la Corée du Sud, exprimant sa reconnaissance pour les échanges éducatifs internationaux impliquant Taïwan et réaffirmant la volonté du pays de collaborer avec des partenaires au‑delà de ses frontières. Elle a fait remarquer qu’une éducation de qualité constitue le fondement d’une société durable.

Cette première réunion en présentiel du NAN a posé des bases solides pour un approfondissement de la collaboration régionale. Comme l’a déclaré M. Singh dans son message de clôture aux délégué·e·s : « la force de ce réseau ne se mesurera pas seulement à ses documents ou à ses discussions, elle se mesurera à ce que nous construirons ensemble ». Les participant·e·s ont quitté Taipei avec dans leurs bagages une immense motivation, des priorités communes et une vision collective sur la suite du chemin à parcourir, ainsi que de nombreuses discussions appelées à se poursuivre lors de la prochaine Conférence régionale de l’IEAP à Jakarta.