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Corée : les enseignant·e·s obtiennent une avancée décisive en matière de droits politiques après une grève de la faim et une lutte de longue haleine

Publié 12 janvier 2026 Mis à jour 14 janvier 2026

Après plus de 60 jours de sit-in et sept jours de grève de la faim, le Korean Teachers and Education Workers’ Union (KTU) a conclu un accord historique avec l’Assemblée nationale pour créer un organe consultatif chargé de garantir les droits politiques fondamentaux des enseignant·e·s et des fonctionnaires.

Cette avancée fait suite à plusieurs semaines d’actions de plus en plus intenses. Le KTU a entamé ses protestations le 12 novembre 2025, exigeant une législation garantissant les droits politiques des enseignant·e·s, un engagement figurant dans le programme électoral et politique du président Lee Jae-myung. La frustration a grandi lorsque le Parti démocrate a indiqué qu’il serait « difficile » d’agir avant la fin de l’année et que le président Lee a suggéré que l’approbation du public était une condition préalable.

Le KTU a rejeté cette position, arguant que les droits constitutionnels ne peuvent être soumis à des sondages d’opinion. Le syndicat a précisé qu’il ne cherchait pas à mener des activités partisanes dans les salles de classe, mais à obtenir le droit pour les enseignant·e·s, en tant que citoyen·ne·s, de participer à la vie politique en dehors de leur travail.

Des mois de protestations et d’escalade

Le 18 décembre, les dirigeant·e·s syndicaux·ales ont lancé des grèves de la faim et des sit-in nocturnes, le président du KTU, Younghwan Park, déclarant :

« Nous ouvrirons la porte hermétiquement fermée aux droits politiques fondamentaux ! Nous sommes des citoyen·ne·s qui devons vivre dans cette société et des éducateur·rice·s qui devons sauver l’éducation dans ce pays. »

Le gouvernement a répondu à la grève en garantissant la création d’un organe consultatif au sein de l’Assemblée nationale et en reconnaissant les droits politiques fondamentaux des enseignant·e·s.

Le président du KTU, Park, a déclaré après avoir mis fin à sa grève de la faim lors d’une conférence de presse :

« Après plus de 60 jours de sit-in sous des tentes et sept jours de grève de la faim, nous sommes parvenus à un accord pour créer un organe consultatif au sein de l’Assemblée nationale. Il est essentiel de garantir les droits politiques fondamentaux du personnel enseignant pour éviter la tragédie des établissements scolaires où des enfants et des enseignants et enseignantes meurent. Nous espérions que la législation correspondante serait adoptée cette année, mais cela n’a pas été le cas. Nous avons entamé une grève de la faim pour exhorter l’Assemblée nationale à entamer des discussions. Aujourd’hui, après avoir reçu une promesse du Parti démocratique de Corée, nous mettons fin à la grève de la faim. À l’avenir, nous obtiendrons le droit aux droits politiques fondamentaux pour les enseignants et enseignantes et les fonctionnaires. »

Younghwan Park, président du KTU.

Solidarité régionale et mondiale

Anand Singh, directeur de l’Internationale de l’Éducation Asie-Pacifique (EIAP), a félicité Park et les dirigeant·e·s du KTU pour leur détermination :

« Nous comprenons que cet accord a été conclu à la suite de votre grève de la faim de sept jours, menée dans le contexte des manifestations publiques quotidiennes soutenues des membres du KTU au cours du mois dernier. Ces actions exigeaient que la législation garantissant les droits politiques du personnel enseignant soit officiellement rédigée et débattue. Nous exprimons notre profond respect pour votre sacrifice personnel, votre leadership et votre détermination morale, ainsi que pour la détermination collective dont ont fait preuve les enseignants et enseignantes du KTU tout au long de cette lutte. »

Singh a également averti que la situation restait exceptionnelle :

« En tant que membres de la communauté internationale engagés en faveur des droits humains et politiques, nous restons profondément préoccupés par le fait que les enseignants et enseignantes en Corée continuent d’être victimes d’intimidations et se voient refuser leur droit fondamental de s’engager légalement dans toutes activités politiques. Cette situation est tout à fait exceptionnelle. Parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il est extrêmement rare que le personnel enseignant soit privé de ses droits politiques, ce qui fait du cas coréen une anomalie frappante. Des progrès dans ce domaine se font attendre depuis longtemps. »

Anand Singh, directeur de l’Internationale de l’Éducation Asie-Pacifique.

L’EIAP a exhorté le gouvernement coréen à agir :

« Garantir les droits politiques des enseignants et enseignantes n’est pas seulement une question de principe démocratique et d’équité, mais aussi un élément essentiel pour renforcer l’éducation publique, le dialogue social et la société civile dans son ensemble. Nous espérons que cet accord récent marquera un tournant significatif et conduira à des mesures législatives concrètes visant à garantir pleinement les droits politiques du personnel enseignant en Corée. L’EIAP est pleinement solidaire avec vous et le KTU et reste déterminé à soutenir votre lutte continue pour la justice, la dignité et la démocratie. »