Réseau pour l’éducation de la petite enfance en Afrique : les syndicats mettent au point des stratégies en vue de développer et de renforcer l’EPE
L’amélioration de l’environnement de travail du personnel de l’éducation de la petite enfance (EPE) est indispensable à l’amélioration de l’accès et de la qualité. En Afrique, les syndicats renforcent leurs actions collectives de plaidoyer afin de garantir une EPE de qualité ainsi que le respect et des conditions de travail décentes pour les travailleur·euse·s du secteur.
Ces priorités se sont dégagées de la dernière rencontre du Réseau pour l’EPE en Afrique de l’Internationale de l’Éducation (IE), qui s’est tenue à Zanzibar les 10 et 11 février 2026. À cette occasion, une trentaine de représentant·e·s de syndicat ont fait part de leur expérience et défini des stratégies communes pour faire progresser l’EPE sur le continent.

Le dialogue social porte ses fruits
Dans son discours d’ouverture, le secrétaire général adjoint chargé de l’administration au ministère de l’Éducation et de la formation professionnelle de Zanzibar, Amosi John Henock, a salué le « partenariat de confiance » entre son ministère et le Zanzibar Teachers’ Union (syndicat des enseignants et enseignantes de Zanzibar, ZATU), qui soutient une éducation de qualité dans le pays.
Il a également reconnu que l’EPE contribue à préparer efficacement les enfants à l’entrée à l’école primaire et a précisé que le plan stratégique de Zanzibar pour l’enseignement prend en considération ce système éducatif.
Il a ensuite mentionné une série d’actions mises en place par le gouvernement de Zanzibar afin de promouvoir l’EPE : la construction et la rénovation d’infrastructures d’EPE, le recrutement et le déploiement de personnel de l’EPE ou encore la réforme du programme de l’EPE avec notamment l’introduction de la méthodologie d’apprentissage par le jeu et l’harmonisation avec le programme scolaire axé sur les compétences. Il a par ailleurs félicité les autorités pour leur collaboration avec plusieurs organisations de la société civile et de coopération pour le développement qui a permis de créer les ressources nécessaire à un secteur de l’EPE dynamique à Zanzibar.
Dans son allocution, le directeur régional de l’IE pour l’Afrique, Dennis Sinyolo, a quant à lui rappelé que l’éducation démarre dès la naissance. Il a insisté sur le rôle fondamental que joue l’éducation de la petite enfance dans la mise en place d’une éducation de qualité ainsi que sur l’importance de veiller que l’enseignement dont bénéficient les enfants dans les centres d’EPE soit dispensé par un personnel professionnel formé et accompagné.

L’EPE : une priorité de l’enseignement public
Les participant·e·s ont également réaffirmé que l’EPE était à la base de tout système scolaire de qualité et qu’elle devait faire partie intégrante des cadres de l’enseignement public. Les représentant·e·s de syndicat ont évoqué les difficultés persistantes, notamment la fragmentation de la gouvernance, le sous-financement et la marginalisation du personnel de l’EPE au sein des systèmes éducatifs nationaux.
Les organisations syndicales de tous les pays ont fait remonter la nécessité pour les autorités de :
- Considérer le personnel de l’EPE comme des professionnel·le·s formé·e·s.
- Garantir une rémunération juste et compétitive.
- Fournir un accès au développement professionnel continu.
- Assurer un financement public constant de l’EPE.
L’apprentissage par le jeu : quand la pédagogie et les politiques vont de pair
Pour les participant·e·s, l’apprentissage par le jeu est à la fois une approche pédagogique et une question de plaidoyer syndical. Des organisations venues du Kenya, du Malawi et de Zanzibar ont fait part de leurs expériences qui illustrent la manière dont la compréhension de la pédagogie de l’EPE peut influencer les choix politiques, le respect du personnel et les financements.
Au Kenya, par exemple, l’apprentissage par le jeu fait partie du programme scolaire national axé sur les compétences, favorisant ainsi la prise en considération de l’EPE comme un champ distinct et professionnel de l’éducation.
À l’inverse, au Malawi, une mauvaise compréhension de l’apprentissage par le jeu a contribué à l’idée – fausse – que l’EPE devrait reproduire l’enseignement primaire, ce qui empêche de promouvoir une pédagogie adaptée à l’âge et un personnel éducatif formé.
Enfin, l’expérience de Zanzibar a montré comment, grâce au dialogue social, les syndicats peuvent être moteurs de changement. Après avoir dispensé une formation ciblée auprès du personnel de l’EPE, le ZATU est parvenu à convaincre les autorités d’adopter intégralement l’apprentissage par le jeu dans tous les établissements publics d’EPE.
Des normes professionnelles qui renforcent les négociations syndicales
De son côté, le Syndicat danois des éducateur·trice·s de la petite enfance et de la jeunesse (BUPL, de son acronyme en danois) a témoigné de la capacité des normes professionnelles à renforcer le pouvoir de négociation collective. Au Danemark, l’obligation pour le personnel de l’EPE d’être titulaire d’une licence a permis au syndicat d’obtenir des échelles salariales plus avantageuses et de meilleurs ratios d’effectifs, et notamment le recrutement de professionnel·le·s supplémentaires afin de réduire la charge de travail.
Les participant·e·s ont également souligné l’importance de mettre en cohérence les cadres de qualification, la reconnaissance professionnelle et les conditions de travail tout en adaptant les stratégies aux contextes nationaux africains.


Des priorités communes pour l’action syndicale
Les discussions en groupe ont permis de dégager des priorités stratégiques communes pour les syndicats aux niveaux national et régional, notamment :
- Encourager l’application intégrale ou la révision des politiques nationales en matière d’EPE.
- Défendre une augmentation et un maintien des financements publics dédiés à l’EPE.
- Renforcer le plaidoyer fondé sur des preuves scientifiques par la collecte de données et la conduite d’études.
- Garantir des conditions d’emploi décentes pour le personnel de l’EPE formé.
- Promouvoir les recommandations de l’Organisation internationale du Travail et de l’IE concernant l’EPE et le travail décent.
Un engagement collectif
La rencontre s’est achevée par l’adoption d’une Déclaration du réseau africain pour l’EPE sur la manière dont les syndicats peuvent utiliser le réseau pour coordonner et collaborer afin de promouvoir une éducation de la petite enfance inclusive et de qualité et améliorer les conditions de travail des éducateurs en Afrique. Cette déclaration appelle les États à augmenter leurs investissements dans l’EPE, à considérer le personnel de l’EPE comme des professionnel·le·s et à garantir un accès à un développement professionnel continu en phase avec les pédagogies inclusives axées sur le jeu. Les membres du réseau ont en outre promis de consolider la mobilisation, le recrutement et la représentation du personnel de l’EPE et de prendre des engagements concrets en matière de plaidoyer national.
Comme M. Sinyolo l’a indiqué dans son discours de clôture : un progrès constant ne pourra provenir que d’un plaidoyer syndical constructif et fondé sur des données probantes, qui considère les syndicats comme des partenaires clés dans la création de systèmes d’éducation de la petite enfance forts et justes.