Les résultats de l’enquête PISA au Japon, une leçon pour tout le monde : l’excellence scolaire ne peut se faire au détriment du bien-être des élèves et du personnel enseignant
Les résultats pour le Japon de l’édition 2025 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), récemment publiés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), confirment la force et la relative équité du système d’éducation publique du pays. Toutefois, ils révèlent également une pression croissante sur les élèves, de graves pénuries de personnels et de ressources, ainsi qu'un faible niveau de curiosité. Les syndicats de l’éducation appellent à ce que ces résultats servent à encourager les investissements dans l’éducation publique et le dialogue social, et non à se lancer dans une nouvelle course aux classements.
Au cours d’un webinaire organisé par l’Internationale de l’Éducation (IE) et le Japan Teachers' Union (JTU), Antonia Wulff, directrice de la recherche, des politiques et du plaidoyer de l’IE, a invité les syndicalistes du secteur à regarder au-delà des classements et à se concentrer sur ce que ces résultats disent des conditions nécessaires à une éducation de qualité.
L’Internationale de l’Éducation : regarder au-delà des classements
« Cette année, l’enquête PISA a révélé une tendance générale négative dans les résultats scolaires de l’ensemble des pays, a-t-elle indiqué. Ce que nous souhaitons souligner, ce n’est pas seulement une baisse en lecture, mais une baisse dans certains types de lecture. Les élèves ont de plus en plus de mal à lire des textes longs et complexes. »
Mme Wulff a par ailleurs signalé « un recul inquiétant de la curiosité des élèves » et de la volonté d’accomplir des tâches difficiles, d’après l’enquête, « ce que nous, à l’Internationale de l’Éducation, devrions interroger ».
Pour l’IE, ces résultats viennent confirmer l’importance d’investir dans les systèmes éducatifs et les personnels de l'éducation.
« Le rapport est très clair : si l'on n'investit pas dans l'éducation, on ne peut pas s'attendre à de bons résultats », a souligné M. Wulff. L’enquête PISA 2025 nous offre des données utiles à nos échanges avec les gouvernements et les décideurs politiques. »
Analyse de l’OCDE : de bons résultats mais des signes inquiétants
Présentant l’analyse de l’OCDE sur les résultats du Japon, Miyako Ikeda, experte analyste à l’OCDE chargée des rapports du PISA, a souligné que « l’enquête PISA n’est pas destinée à donner des réponses. Elle a pour but de mettre en lumière et d'identifier des enjeux et des problématiques. »
Le Japon a conservé un niveau élevé en sciences, en lecture et en mathématiques, tout en obtenant de bons résultats dans la nouvelle évaluation « Apprendre dans le monde numérique », notamment en ce qui concerne les compétences de résolution de problèmes en informatique. Plus de 80 % des élèves du pays font preuve d’une forte capacité à résoudre des problèmes complexes en les divisant en étapes plus faciles à gérer et en appliquant un raisonnement logique.
L’analyse de l’OCDE fait en outre ressortir une des principales forces du Japon : l’équité éducative. En effet, le rapport entre le niveau socioéconomique et les résultats scolaires y est moins marqué que dans de nombreux autres pays, ce qui place l’archipel parmi un petit groupe d’États qui allient de très bonnes performances à un niveau d’égalité relativement élevé.
« D’après les élèves, le soutien apporté par le corps enseignant est meilleur qu’auparavant, a également noté Mme Ikeda. Je pense que ces résultats sont le reflet des efforts colossaux et du travail acharné des enseignants et des enseignantes. »
Toutefois, Mme Ikeda a signalé plusieurs problèmes qui nécessitent une attention immédiate.
Malgré des résultats scolaires excellents au Japon, les élèves font preuve d’une curiosité, d’une adaptabilité cognitive et d’une capacité à établir des objectifs plus faibles que la moyenne de l’OCDE.
« La volonté de comprendre comment les choses fonctionnent et la volonté d'approfondir ses connaissances sont des domaines importants dans lesquels le Japon affiche des résultats médiocres, » a indiqué Mme Ikeda.
Par ailleurs, l’OCDE a également constaté que les directions d’écoles s’inquiètent de plus en plus des pénuries de personnel enseignant et du temps de préparation insuffisant, en particulier pour l’utilisation efficace des technologies numériques.
JTU : l’enquête PISA doit encourager le dialogue social, pas la compétition
En réponse à ces conclusions, Junji Kouda, membre du bureau exécutif du JTU en charge des questions de réforme du système éducatif, a fait valoir que le Japon doit dépasser son obsession pour les classements et se servir de l’enquête PISA comme d’un outil visant à améliorer les conditions d’apprentissage et d’enseignement.
« Au Japon, a-t-il expliqué, nous avons connu ce qu’on a décrit comme le "choc PISA" et le pays est devenu très sensible aux classements. Aujourd’hui, nous devons réfléchir à la manière dont nous pouvons utiliser les résultats du PISA non pas comme un outil de mise en concurrence, mais pour améliorer l’éducation publique et garantir le bien-être des enfants et du personnel enseignant. »
Pour le JTU, un des messages clés de l’enquête PISA 2025 est que les élèves ont besoin de plus d’espace pour développer leur curiosité et leur esprit critique.
« Une des raisons de ce manque de curiosité, a-t-il ainsi poursuivi, c’est que les programmes scolaires sont si denses et le nombre d’heures d’enseignement par jour si élevé qu’il n’y a aucun espace qui permette aux enfants de respirer. Avant même d’avoir eu l’occasion de pouvoir se dire qu’un sujet semblait intéressant, ils sont déjà emportés par le programme scolaire et la pression de l’emploi du temps. »
Le syndicat a aussi signalé que la quête de meilleurs résultats a contribué à l’augmentation de la charge de travail pour les personnels de l'éducation. Le personnel enseignant éprouve de plus en plus de difficultés à trouver du temps pour préparer les leçons, accompagner les élèves et conserver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
De plus, l’enquête PISA 2025 a mis en exergue l’inquiétante grandissante autour des pénuries de personnel enseignant, de ressources pédagogiques et d’infrastructures adaptées au Japon. Selon M. Kouda, ces enjeux appellent à renforcer les investissements publics dans l’éducation plutôt que de continuer à tenter d’accomplir plus avec toujours moins de moyens.
« Nous avons déjà atteint les limites de ce qu’il était possible d’offrir en matière d’éducation de qualité tout en conservant des prix bas et en maintenant son efficacité, a alerté le syndicaliste. Si on ne change pas la situation, les enseignants et les enseignantes vont tout simplement continuer de quitter les établissements scolaires. »
D’après le JTU, la voie à suivre est évidente : renforcer le dialogue social, accroître les investissements dans l’éducation publique et améliorer à la fois les conditions d’apprentissage des élèves et les conditions de travail des enseignant·e·s.
En conclusion, M. Kouda a déclaré : « Nous devons utiliser le PISA comme un moyen de favoriser le dialogue social, pas la compétition. Il nous faut investir dans l’éducation publique et garantir le droit à l’apprentissage des enfants tout en veillant que les réformes apportent de réelles améliorations aux conditions de travail du personnel enseignant. »