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France : les syndicats se mobilisent en masse pour les salaires, les services publics et l’avenir de l’École

Publié 5 novembre 2026 Mis à jour 5 novembre 2026

Exiger des augmentations salariales, davantage de moyens pour les services publics et l’éducation, des emplois et davantage de justice sociale et fiscale. Voici pourquoi les organisations syndicales françaises appellent à une journée nationale de grève et de manifestations le 5 novembre. Soutenue par les affiliés français de l’Internationale de l’Éducation (IE) et par le Comité syndical européen de l’éducation (CSEE), cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement social plus large, porté également par les lycéen·nes et les étudiant·es qui réclament de meilleures conditions d’études et un véritable droit à l’avenir.

Salaires, emplois et services publics : des revendications communes

Après la journée de grève et de manifestation de la fonction publique du 29 septembre et plusieurs semaines de mobilisation de la jeunesse, les organisations syndicales Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération générale du travail (CGT), Force ouvrière (FO), Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), et Fédération syndicale unitaire (FSU) appellent les salarié·es du public et du privé, les jeunes et les retraité·es à faire grève et à manifester le 5 novembre.

Dans leur communiqué commun du 5 octobre, elles alertent sur un « déclassement inédit » des travailleuses et travailleurs dans un contexte où le coût de la vie augmente, alors que les salaires et les pensions ne suivent pas. Elles dénoncent également les suppressions d’emplois et les choix budgétaires qui affaiblissent les services publics et la protection sociale.

Les organisations syndicales revendiquent notamment des augmentations de salaires, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, la revalorisation des pensions et du salaire minimum, l’augmentation de la valeur du point d’indice et des carrières dans la fonction publique, ainsi que davantage de moyens pour les services publics. Elles demandent également une politique de justice fiscale et une véritable planification environnementale et industrielle.

Les syndicats apportent aussi leur soutien aux lycéen·nes et étudiant·es mobilisé·es pour de meilleures conditions d’études et davantage d’égalité. Ils rappellent leur droit à manifester et à se réunir « pacifiquement, librement et en sécurité ».

Dans l'éducation, « toutes et tous en grève pour nos salaires et pour l'avenir de l'École »

Les organisations de l’enseignement public - SUD Éducation, la CFDT Éducation Formation Recherche publiques, la FSU, l’UNSA Éducation, la Fédération nationale de l'enseignement, de la culture et de la formation professionnelle-FO (FNEC FP-FO), et la CGT Éduc’ Action - portent des revendications spécifiques pour répondre à la crise que traverse l’éducation. Elles demandent le dégel de la valeur du point d’indice et des mesures de revalorisation sans contrepartie, la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH, une grille nationale de rémunération des AED, un plan de titularisation des personnels non titulaires ainsi que l’annulation des suppressions d’emplois prévues dans le budget 2027.

Pour l’intersyndicale, l’enjeu dépasse les seules rémunérations : « L’École a besoin de personnels en nombre suffisant pour répondre aux besoins des élèves et améliorer les conditions de travail de toutes et tous. » Les syndicats appellent donc à une mobilisation massive le 5 novembre pour les salaires, les conditions de travail et l’avenir de l’École.

Le CSEE : sortir d'une décennie de sous-investissement

Pour Jelmer Evers, directeur du Comité syndical européen de l’éducation (CSEE), la région européenne de l’Internationale de l’Éducation, le mouvement actuel met en lumière les conséquences d’années de sous-investissement dans l’éducation.

« La colère des étudiantes et étudiants est alimentée par le manque de perspectives et par des décennies de sous-investissement. Aujourd’hui, tout cela explose. C’est un peu comme une facture qui aurait dû être payée depuis longtemps. »

Il souligne le lien direct entre la dégradation des conditions de travail des personnels et celle des conditions d’apprentissage des élèves : « Les conditions de travail des enseignant·e·s sont aussi les conditions d’apprentissage des élèves. »

Classes surchargées, pénurie d’enseignant·es, dégradation des bâtiments scolaires et difficultés d’accès à l’enseignement supérieur constituent, selon lui, autant de manifestations d’une crise structurelle. Si le gouvernement a annoncé des premières mesures, notamment concernant la taille de certaines classes et des places dans l’enseignement supérieur, Jelmer Evers estime qu’elles restent très en deçà des besoins.

Pour le directeur du CSEE, la réponse doit passer par un changement de cap :« Il faut investir davantage. » Il rappelle que l’éducation souffre de politiques de sous-investissement et d’austérité depuis au moins dix ans et considère que seule une politique d’investissement ambitieuse permettra de répondre durablement à la crise.

Les affiliés français de l’IE sont également fortement mobilisés en faveur cette action.

SNES-FSU : « une étape importante » dans un mouvement appelé à continuer

Pour Julien Farges, vice-président du CSEE et responsable des relations internationales au Syndicat national des enseignements de second degré-Fédération syndicale unitaire (SNES-FSU), la journée du 5 novembre doit être comprise comme une nouvelle étape d’un mouvement social qui s’est progressivement élargi depuis septembre.

« Le 5 novembre est un temps fort de la mobilisation, c'est une étape importante mais c'est une étape. La mobilisation continuera et continuera fortement tant que le gouvernement ne répondra pas aux revendications. »

Il relève « une très grande détermination dans les manifestations » et une exigence claire de la population « d'avoir des services publics de qualité et de pouvoir vivre dignement de son travail ». Il pointe également « une immense colère accumulée après 10 ans de politiques gouvernementales qui ont fait exploser les inégalités économiques et sociales ».

Pour le SNES-FSU, les enjeux sont particulièrement importants dans le second degré. Le syndicat revendique des augmentations salariales, la création d’emplois, la diminution du nombre d’élèves par classe, davantage de personnels éducatifs et d’accompagnement, une remise à plat des réformes du lycée, du baccalauréat et de Parcoursup, ainsi qu’un vaste plan national de rénovation du bâti scolaire.

UNSA Éducation : garantir aux jeunes un véritable droit à l'avenir

Morgane Verviers, membre du Bureau du CSEE et secrétaire générale de l’Union nationale des syndicats autonomes Éducation (UNSA Éducation), insiste sur le fait que « la mobilisation des lycéens a démontré que cette génération n'avait pas peur de s'engager. »

Pour elle, les mesures d’urgence ne suffisent plus. Les choix qui seront faits dans le cadre du budget 2027 doivent permettre de renforcer durablement le service public d’éducation et l’attractivité des métiers. L’UNSA Éducation manifestera ainsi le 5 novembre pour obtenir des mesures financières « pour un service public d'éducation plus fort, pour l'attractivité de nos métiers, et plus largement pour assurer un véritable droit à l'avenir pour les jeunes de notre pays ».

FSU-SNUipp : imposer d’autres choix budgétaires

Alexandra Bojanic, du secteur droits et libertés et international de la Fédération syndicale unitaire-Syndicat national unitaire des instituteurs, des professeurs d'école et des professeurs d'enseignement général de collège (FSU-SNUipp), replace, elle aussi, la journée d’action dans la continuité du mouvement social : « La succession des journées de mobilisation montre la nécessité d’imposer un autre budget pour une société plus juste. Le 5 novembre doit être l'occasion d’amplifier cette mobilisation. »

Pour la FSU-SNUipp, « d’autres choix budgétaires sont possibles et nécessaires ». Le syndicat appelle donc à la journée interprofessionnelle massive autour des revendications communes : augmentation des salaires, des pensions et des aides sociales, égalité salariale entre les femmes et les hommes, renforcement des services publics, justice fiscale et planification environnementale.

« La force du public : ensemble on fait école ! »

Les revendications portées en France rejoignent pleinement le combat mené par l’Internationale de l’Éducation à travers sa campagne La force du public : ensemble on fait école ! : obtenir des gouvernements qu’ils investissent dans l’enseignement public et dans les personnels qui la font vivre.

Le 5 novembre illustre ainsi l’importance de faire de l’éducation une priorité budgétaire plutôt qu'une variable d’ajustement. Face aux inégalités et à la crise d’attractivité des métiers, les syndicats défendent une réponse fondée sur l’investissement public, la reconnaissance des personnels et le renforcement du service public d’éducation.

Les retraité·es rejoignent la mobilisation

La mobilisation dépasse enfin le monde du travail et la communauté éducative. Des organisations syndicales de retraité·es appellent également à rejoindre la journée interprofessionnelle du 5 novembre et expriment explicitement leur solidarité avec les lycéen·nes et étudiant·es.

Elles soutiennent leurs demandes de moyens pour étudier dans de bonnes conditions : des bâtiments et équipements en bon état, des classes moins chargées et des enseignant·es dans chaque matière. « Tout doit être mis en œuvre pour offrir à la jeunesse un meilleur avenir », affirment-elles.

Les retraité·es rejoignent également les revendications pour de meilleurs salaires, la défense et le développement des services publics, une protection sociale forte et une fiscalité plus juste, tout en demandant l’indexation des pensions au moins sur l’inflation et leur revalorisation.

Refusant toute tentative d’opposer les générations ou les différentes catégories de la population, leur communiqué conclut sur une affirmation de solidarité qui rejoint l’esprit de cette journée d’action : « C’est toutes et tous ensemble qu’on doit lutter, et que nous gagnerons sur nos revendications. »