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Pays-Bas: une grève exige des fonds publics pour l'éducation et les enseignant·e·s

L’Internationale de l’Éducation soutient fermement le personnel éducatif néerlandais qui devrait à nouveau faire grève en faveur d’un financement approprié et durable dans le secteur de l’enseignement public. La plupart des écoles néerlandaises seront fermées les 30 et 31 janvier.

Aux Pays-Bas, l'investissement structurel dans l'éducation a été déficient malgré des preuves systématiques ainsi que des actions et grèves des syndicats au fil des ans. La qualité de l'éducation diminue en raison du manque d'investissement dans l'éducation et des pénuries d'enseignant·e·s qui y sont liées. Les inégalités se sont accrues. Le taux d'épuisement professionnel a augmenté de façon alarmante. De nombreux enseignant·e·s ont quitté la profession. Le pays a montré des résultats en baisse constante dans le cadre du Programme international pour le suivi des acquis des élèves, une étude mondiale de l'Organisation de coopération et de développement économiques.
 
L'Algemene Onderwijsbond (AOb) et d'autres syndicats et organisations ont entamé une période « d'action structurelle » en appelant le personnel enseignant à faire grève les 30 et 31 janvier. La grève vise à faire pression sur le gouvernement pour qu'il assume la responsabilité d'assurer un enseignement public gratuit de qualité pour tou·te·s dans le pays et d'allouer un financement approprié à l'éducation. L'AOb a développé une boîte à outils (en néerlandais) pour soutenir les organisateurs de grèves
 
Cette grève devrait entraîner la fermeture d'un nombre sans précédent d'écoles. Plus de 4.000 écoles avaient déjà prévu de fermer leurs portes au 29 janvier, un nombre qui devrait encore augmenter durant les jours de grève.
 
Des postes vacants cachés
 
La grève se produit également dans le contexte d’études récentes montrant que la pénurie d'enseignant·e·s est plus importante que pensée. Des études à Rotterdam et à La Haye ont révélé de nombreux « postes vacants cachés ». Dans ces cas, les écoles ont trouvé des solutions originales en remettant la charge des cours à des enseignant·e·s non qualifié·e·s. Ou bien les chefs d'établissement, les enseignant·e·s de remplacement et les personnels de soutien à l'éducation s'occupent des « classes restantes » au lieu de faire leur travail habituel. À La Haye, par exemple, alors que les chercheur·euse·s ont relevé 41 postes vacants officiels, ils en ont identifié 332 « cachés ».
 
Une précédente grève organisée le 6 novembre 2019 a donné suite à un déblocage de fonds publics à hauteur de 460 millions d'euros destinés au secteur de l'éducation. Cependant, les enseignant·e·s ont répondu avec consternation « lorsque cela ne s'est avéré être qu'un simple coup de pouce ponctuel », a déclaré la Présidente de l'AOb, Eugénie Stolk. Les enseignant·e·s et autres travailleur·euse·s de l'éducation ont alors souligné qu'il·elle·s étaient prêt·e·s à poursuivre la mobilisation. 
 
AOb: Une catastrophe d'envergure nationale
 
« Nous assistons à une catastrophe d’envergure nationale », a déclaré Stolk. « Nous verrons bientôt une génération entière d'élèves entrer dans l'enseignement secondaire sans jamais avoir reçu l'enseignement primaire dont ils auraient dû bénéficier de droit. Nous en constaterons les dures conséquences dans l’enseignement supérieur et dans la société. »
 
« Entre-temps, notre ministre de l’Éducation annonce la ‘bonne nouvelle’ d’avoir trouvé un budget de 9 millions d’euros pour financer un ‘plan d’urgence’ destiné aux personnes désireuses de se reconvertir dans la profession enseignante. Cela montre un mépris total face à la gravité de la situation. »
 
C'est pourquoi, a-t-elle conclu, les membres de l'AOb sont déterminés à faire grève fin janvier car il s’agit de « la prochaine étape de notre lutte pour une éducation de qualité ». 
 
En novembre 2019, l'Internationale de l'Éducation a exprimé son soutien aux enseignant·e·s néerlandais·e·s en grève pour revendiquer une solution durable à la crise du financement de l'éducation et aux pénuries de personnel. Elle réitère sa solidarité envers leurs actions des 30 et 31 janvier. 
 
Contexte
 
Cette crise de l'enseignement néerlandais se produit dans un contexte où, en 2020, 55.000 élèves du primaire se retrouvent sans enseignant·e. Si rien ne change, ce sera le cas pour près de 240.000 élèves en 2028. 
 
Le taux d'épuisement professionnel parmi le personnel éducatif est également en augmentation constante, avec 27% du personnel concerné, selon l’AOb. Le secteur de l'enseignement secondaire enregistre le taux d'épuisement professionnel le plus élevé de toutes les professions du pays.
 
Outre les enseignant·e·s stressé·e·s, les classes du secondaire sont surchargées, les écoles manquent d’enseignant·e·s dans plusieurs matières et les mesures d’austérité ont nui à l’environnement d’apprentissage des élèves. 
 
« Les quelques jeunes qui choisissent encore une carrière d'enseignant peuvent commencer avec enthousiasme, mais beaucoup d'entre eux ne poursuivront pas », regrette Mme Stolk. En effet, dans cinq ans, un sur trois (31 %) d'entre eux aura quitté la profession. Et, alors qu'un·e enseignant·e sur quatre prendra sa retraite au cours des dix prochaines années, le nombre d'étudiant·e·s dans les instituts de formation des enseignant·e·s diminue régulièrement. Cette situation déclenchera une crise du recrutement dans un avenir proche. 
 
Pour en savoir plus sur les actions prévues par les syndicalistes de l'éducation néerlandais·es, veuillez cliquer ici (en néerlandais).