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Allemagne : les syndicats de l’éducation critiquent la marche arrière et l’approche fragmentée

L’éducation fait un pas en arrière en Allemagne, selon les affiliés de l’Internationale de l’Éducation, Gewerkschaft Erziehung und Wissenschaft (GEW) et Verband Bildung und Erziehung (VBE). Les deux syndicats ont réagi aux décisions prises lors de la Conférence permanente des ministres de l’Éducation et des Affaires culturelles (KMK).

GEW : Journée noire pour l’éducation
 
Le GEW a qualifié les décisions de la KMK de « Journée noire pour l’éducation ». Selon Marlis Tepe, présidente du GEW et membre du Bureau exécutif de l’Internationale de l’Éducation, la KMK fait un énorme pas en arrière, « avec l’accord des Länder (régions) ». 
 
Faisant référence à l’utilisation par la présidente de la KMK, Stefanie Hubig, du terme « historique » pour qualifier ce document, Tepe a déclaré qu’il n’était « historique » que dans le sens où il ressemblait à la politique éducative des années 1950. « Les examens sont décentralisés et normalisés, la qualité devrait être garantie par davantage de tests et de normes éducatives et une pédagogie obsolète peut désormais être utilisée par voie électronique », a ajouté Tepe. « La KMK dit clairement adieu à l’inclusion, à l’apprentissage commun de tous les enfants et de tous les jeunes. »
 
Omissions flagrantes dans le document de la KMK
 
Elle a également relevé que la KMK « a enterré » la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies relatives aux droits des personnes handicapées, ratifiée par le gouvernement fédéral en 2009. Tepe a également souligné que la dramatique pénurie d’enseignant·e·s – en particulier dans les écoles primaires, qui détériore considérablement les possibilités d’apprentissage des enfants – est à peine mentionnée. « Une stratégie commune de l’État fédéral est nécessaire pour attirer davantage de jeunes vers la profession enseignante et les former comme il se doit », a-t-elle indiqué.
 
Tepe a également critiqué le fait que les mesures visant à créer des conditions de vie égales en Allemagne et à offrir aux élèves un apprentissage de meilleure qualité avec un corps enseignant qualifié et du matériel numérique moderne dans des bâtiments rénovés, ne figurent apparemment plus au programme de la KMK.
 
Le document passe sous silence la fracture sociale et la réforme de la formation des enseignant·e·s
 
Tepe fait valoir que « le talon d’Achille du système éducatif allemand – la forte dépendance entre la réussite scolaire, d’une part, et l’origine sociale des enfants et leur situation à risque, d’autre part – n’est pas pris en compte. Il faut en faire beaucoup plus : la fracture sociale ne doit pas continuer de se creuser en Allemagne. »
 
En outre, le document ne traite pas des besoins que l’immigration crée dans le système éducatif, selon Tepe. Au lieu de renforcer la profession et de proposer d’enseigner des compétences actuellement nécessaires, les enseignant·e·s seraient réduit·e·s à être des « exécuteurs et exécutrices par défaut », déplore-t-elle. Et de poursuivre : « il n’y a nulle mention de la réforme nécessaire de la formation des enseignants et enseignantes et de son extension ».
 
Nouvelle commission
 
En plus de porter atteinte aux perspectives du Conseil national de l’éducation, Tepe a souligné que les Länder semblent avoir accepté l’approche de la ministre fédérale de l’éducation, Anja Karliczek. « À l’évidence, il était très important pour la KMK qu’aucun ‘conseil’ ne soit formé pour donner son avis ; c’est la raison pour laquelle elle a formé une ‘commission’ qu’elle va pouvoir piloter. C’est ce qu’on appelle la résistance aux avis », a déclaré Tepe. 
 
Elle a conclu en insistant sur le fait que, si la KMK ne veut pas « perdre sa dernière once de crédibilité, nous attendons des représentants syndicaux des enseignants et des représentants démocratiquement élus des parents et des élèves qu’ils jouent un rôle important au sein de cette commission en tant qu’experts de l’éducation ».
 
VBE : déception par rapport à la réponse de la KMK aux problèmes de santé publique
 
Le président national du VBE, Udo Beckmann, a déclaré que « les personnes qui attendaient de la réunion de la KMK davantage d’uniformité et d’engagement dans la procédure au regard de l’évolution actuelle de la crise sanitaire ont été déçues ».
 
Toutefois, selon lui, les consultations ont montré la diversité des réactions des Länder face à l’augmentation du nombre d’infections à la COVID-19. La mosaïque de mesures précédentes demeure en place. 
 
Ventilation
 
Tout en reconnaissant que le manuel de la KMK sur la ventilation est un bon outil pour les enseignant·e·s afin de favoriser le renouvellement de l’air dans les salles de classe, Beckmann a indiqué qu’il sera difficile de convaincre les élèves que les fenêtres doivent être ouvertes par temps froid ou pluvieux ou en cas de tempête. 
Beckmann a ajouté que la discussion sur une bonne ventilation méconnaît le fait que, d’après les experts, la ventilation ne fait que réduire le risque de transmission indirecte du virus. 
 
« Au vu de la hausse du nombre d’infections, en particulier, la protection de la santé des élèves et des enseignants et enseignantes doit être la première priorité », a-t-il souligné.
 
Le VBE s’est aussi expressément félicité du fait que la KMK n’avait pas suivi la proposition de certain∙e∙s responsables politiques qui souhaitaient prolonger les vacances d’hiver.