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Interview avec Mor Mbengue coordinateur de programme EPT-SIDA sénégalais

Publié 29 mars 2010 Mis à jour 29 mars 2010

Mor Mbengue, coordonne le COSSEL (Le Comité sénégalais des syndicats de l’enseignement pour la lutte pour l’EPT et contre le SIDA) et est Secrétaire général adjoint du syndicat sénégalais UDEN. A l’occasion de la 5eme Conférence francophone VIH/SIDA qui se déroulera à Casablanca fin mars, il présentera le CARVEE (Comité d’action et de recherche sur la vulnérabilité dans l’espace éducatif), l’initiative du COSSEL pour stimuler et développer un réseau de soutien des enseignants vivant avec le VIH.

Comment avez-vous mis en place le réseau de soutien des enseignants vivant avec le VIH?

Pendant deux ans, nous avons réalisé une enquête dans toutes les régions du Sénégal avec un petit groupe de quatre personnes infectées par le VIH. Ils ont été en contact avec des médecins régionaux et ils ont pu recenser à peu près une centaine d’enseignants vivant avec le VIH. Sur cette base, nous, le COSSEL, avec l’accompagnement de l’IE et en partenariat avec l’UNESCO-BREDA, nous avons commencé le processus de mise en place de l’association CARVEE – Comité d’Action et de Recherche sur la Vulnérabilité dans l’Espace Educatif. Bien sûr, ça n’a pas été facile parce que d’abord, il fallait convaincre nos collègues infectés par le virus d’accepter de sortir de l’ombre, de se regrouper et de participer à la lutte contre le SIDA. Il a fallu leur donner l’assurance de la confidentialité. Avec l’appui du Ministère de l’Education, nous avons pu obtenir une convocation anonyme et sur cette base, vingt-cinq enseignants ont accepté de participer à l’Assemblée générale du CARVEE. Bien sûr, c’était une action assez importante mais que nous ne pouvions pas médiatiser parce que les personnes intéressées ne voulaient pas apparaître à la radio, à la télévision, dans les journaux – donc l’anonymat a été privilégié et c’est le Ministère d’Education, lui-même, qui a ouvert l’atelier sans les journalistes et nous avons pu faire trois jours de formation.

Comment l’atelier a t’il traité de la question des enseignants vivant avec le VIH?

Au cours de la première journée, les participants ont suivi une formation sur la dynamique de coopération car il était essentiel que les membres du groupe apprennent à travailler ensemble ; jusque là, ils étaient des enseignants isolés. Certains, en fait trois, avaient abandonné la profession, parce qu’ils ont eu des problèmes d’absentéisme, de maladie et au niveau de leur poste, où ils ont été radié ou licencié. Il fallait commencer à leur réapprendre à travailler en groupe. Ensuite le deuxième jour, on a mis en place les structures de l’Association, avec la création d’un comité directeur et d’un bureau exécutif national de neuf membres. Dans le comité, toutes les régions du Sénégal sont représentées, ceci pour jouer le rôle de relais dans des activités futurs. Il y a moyen d’utiliser le recensement pour rassembler le plus grand nombre de personnes, parce que nous sommes sûrs qu’il y a beaucoup plus qu’une centaine d’enseignants qui sont infectés, mais il faut convaincre les autres de sortir d’ombre, d’accepter leur statut et de travailler avec les syndicats.

Quels sont les défis que rencontrent les enseignants vivant avec le VIH au Sénégal et quels sont vos attentes dans le cadre d’une future coopération?

Au cours de la formation, nous avons parlé de stigmatisation, mais surtout d’auto-stigmatisation d’abord, parce que c’est eux-mêmes les intéressés, et ils ont reconnu que souvent ils sont en train de s’auto-stigmatiser donc il faut d’abord régler ce problème et qu’ils acceptent leur statut avant de sortir en public. Sortir en public la première année serait peut-être difficile mais nous pouvons quand même mener des activités avec eux. Par exemple au niveau de COSSEL, nous avons envisagé de les former avec le manuel de l’IE, ce que nous avons fait depuis des années avec d’autres enseignants. Ensuite, c’est la prise en charge professionnelle, nous étions inquiets pour les trois enseignants licenciés, le Ministre de l’Education a accepté de les reprendre. Ensuite il y a la prise en charge médicale et sociale que nous pouvons adresser via le plaidoyer. Nous ne pouvons pas nous en occuper en tant que syndicat d’enseignants car nous ne pouvons pas régler tous les problèmes. On doit se concentrer sur la prise en charge professionnelle. Il faut que les enseignants acceptent de prendre les ARV parce qu’au Sénégal, c’est gratuit. Mais il y a des enseignants qui ont des problèmes parce qu’ils se trouvent à 500 ou 700 km de Dakar et ils ne veulent pas prendre les médicaments au niveau de leur localité parce qu’ils risquent d’être dévoilés donc ils préfèrent aller jusqu’à Dakar et le voyage n’est pas évident donc certains ne prennent pas régulièrement leurs ARV. Donc à ce niveau nous pouvons travailler pour les aider à prendre les médicaments.