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Zimbabwe : Pénurie grave d'enseignants due à la détérioration du système éducatif et aux tensions politiques

Publié 16 avril 2010 Mis à jour 16 avril 2010

Le ministre zimbabwéen de l'éducation, David Coltart, a promis aux délégués participant à la conférence annuelle de la Zimbabwe Teachers' Association (ZIMTA) de mettre immédiatement fin, si les organisations enseignantes le souhaitent, à la pratique de versement d'incitants aux enseignants par les parents d'élèves.

David Coltart a déclaré partager la préoccupation de la ZIMTA concernant les niveaux de salaire des enseignants et a expliqué qu'en raison de l'état déplorable de l'économie zimbabwéenne, le pays n'avait d'autre choix que de demander aux parents de compléter ces salaires.

Le paiement d'incitants pour améliorer les salaires des enseignants est devenu l'une des questions les plus controversées au sein des syndicats enseignants du Zimbabwe. Dans son discours d'introduction, la Présidente de la ZIMTA, Tendai Chikowore, a reconnu que le débat divisait les enseignants, soulignant que cette pratique interdit l'accès à l'éducation aux groupes sociaux les plus vulnérables.

Elle a insisté sur le fait qu'il incombait au gouvernement et non aux parents de garantir que les salaires des enseignants, actuellement inférieurs au seuil de pauvreté, soient justes et adaptés.

Tendai Chikowore a exprimé sa préoccupation profonde face à la réduction du budget national consacré à l'éducation. Alors qu'en 1980, chaque élève bénéficiait de 6 USD en moyenne, ce montant a subi une chute drastique, pour tomber à 0,70 USD en 2009. Le ratio manuels scolaires/élèves a donc lui aussi chuté pour atteindre un manuel pour dix élèves et à peine un pour 40 dans les écoles rurales.

La détérioration du système éducatif et les tensions politiques auxquelles le pays est depuis longtemps confronté ont entraîné l'exode des enseignants.

Selon les estimations de la ZIMTA, plus de 20.000 enseignants ont quitté le pays ces dix dernières années. Tendai Chikowore estime qu'en 2009, 35% des postes étaient vacants dans l'enseignement primaire et 33% dans le secondaire.

Elle a souligné que « le moral des enseignants a atteint son niveau le plus bas depuis l'indépendance » et que tout effort de reconstruction du Zimbabwe devait tenir compte de la nécessité de soutenir les enseignants.

« Des stratégies doivent être mises en place afin de les motiver et de les aider à surmonter les effets post-traumatiques de la violence », a-t-elle ajouté.

À ce propos, la Présidente de la ZIMTA a averti que « les partis politiques doivent cesser d'utiliser les écoles pour mobiliser leur électorat ».

La ZIMTA, principal syndicat enseignant du pays, a décidé de travailler en étroite collaboration avec la Progressive Teachers’ Union of Zimbabwe(PTUZ), afin de faire face aux nombreux défis auxquels le système scolaire du pays est confronté.

Le Secrétaire général de la PTUZ, Raymond Majongwe, a également pris la parole, en affirmant qu'il espérait que les deux organisations pourraient rapidement s'unir.

Le Secrétaire général de l'IE, Fred van Leeuwen, également présent lors de la conférence de la ZIMTA, a appelé les représentants gouvernementaux à « ne pas sous-estimer le rôle important des enseignants et des syndicats de l'éducation dans le développement démocratique et national ».

« Les enseignants ne sont pas seulement des fonctionnaires publics impliqués dans un dialogue social, il s'agit également de professionnels de l'éducation, de l'élite intellectuelle des nations, dont les contributions précieuses permettront de construire le Zimbabwe de demain. Je vous demande donc de leur prêter une oreille attentive », a-t-il plaidé.

La 29ème conférence annuelle de la ZIMTA s'est tenue à Harare, du 13 au 16 avril, rassemblant quelque 250 représentants des sections provinciales de l'organisation.

Pour lire le texte complet du discours de Fred van Leeuwen, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous.