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Corée du Sud : Le licenciement arbitraire de 183 enseignants conduit à une action de grève de la faim

Publié 1 juin 2010 Mis à jour 1 juin 2010

L’IE a appris que Jeong Jin-Hoo, Président de son organisation affiliée, le Korean Teachers and Education Workers Union (KTU), a engagé une grève de la faim afin de protester contre le licenciement de 183 enseignants qui auraient « adhéré » à un parti politique de l’opposition.

Les 183 membres du KTU ont été inculpés le 6 mai pour avoir prétendument rejoint le Democratic Labor Party(parti travailliste démocrate, DLP), un parti de l’opposition, du fait que ils avaient accordé des donations privées au DLP. Les autorités ont interprété ces contributions comme des cotisations, en dépit des protestations des individus concernés.

Selon le KTU, les enseignants ont effectué les donations au parti politique à titre privé, en raison de leurs propres convictions, en non en tant qu’affiliés du KTU. Aucun membre du KTU n’a jamais officiellement adhéré au DLP.

Le Ministère de l’Education, des Sciences et des Technologies a décidé du licenciement des 183 enseignants le 23 mai dernier pour violation d’une clause de neutralité politique que les enseignants et fonctionnaires sont tenus de respecter en vertu de la législation régissant la fonction publique en Corée du Sud. Cette décision a été prise alors que le processus juridique officiel n’avait pas même encore été initié. L’IE s’inquiète en outre du fait que les directeurs d’établissements scolaires qui ont adressé des donations au parti dirigeant, sur la même base que les 183 enseignants, n’ont jamais été soumis aux mêmes mesures disciplinaires de la part des autorités politiques.

Le KTU a condamné cette décision, la qualifiant de manœuvre politique à la veille des élections nationales du 2 juin 2010. En conséquence, le Président du KTU Jin-Hoo a débuté une grève de la faim dans le but d’attirer l’attention sur cette injustice.

L’IE a cherché ces dernières années à sensibiliser l’Administration Lee Myung-bak sur un certain nombre d’incidents dans le cadre desquels des mesures disciplinaires illégitimes ou disproportionnées ont été prises à l'encontre des dirigeants et des membres du KTU engagés dans l’activité syndicale. L’IE estime que les sanctions prononcées récemment constituent une forme de discrimination anti-syndicale et elle soutient la déclaration du Rapporteur spécial de l’ONU, Frank La Rue, sur la promotion et la protection des droits à la liberté d’opinion et d’expression.

Au terme de ses 12 journées d’investigation en Corée du Sud, La Rue a déclaré : « Si la Corée a fait des progrès considérables en matière de droits de l’homme depuis 1987, on s’inquiète néanmoins des entraves constatées ces deux dernières années à l’encontre des droits de l’homme en général, et des droits à la liberté en particulier ».

L’IE témoigne de sa solidarité à l’égard du KTU et condamne le licenciement des 183 enseignants. Elle a également exhorté le gouvernement sud-coréen à prendre les mesures qui s’imposent afin de réintégrer sans délais les enseignants à leurs postes et garantir que les syndicalistes enseignants sud-coréens puissent exercer leurs droits humains et syndicaux fondamentaux sans crainte d’être persécutés par les autorités.

Plus tôt ce mois-ci, l’IE a fait pression auprès de la Commission syndicale consultative (CSC) afin d’inviter l’OCDE à rappeler aux pouvoirs publics sud-coréens de prendre les mesures requises pour adapter la législation du travail locale aux normes internationales, conformément à l’engagement pris par le pays à cet égard au moment de son adhésion à l’OCDE en 1996. L’inquiétude de la CSC quant à la détérioration de la situation des droits du travail l'a amené à envoyer une équipe enquêter en Corée du Sud en mai. Cette équipe rend compte à la Commission de l’OCDE sur les affaires économiques, sociales et du travail.