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Les défis de l’enseignement supérieur et de la recherche

Publié 17 novembre 2016 Mis à jour 21 novembre 2016

Devant une assemblée de responsables des secteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche,la 10e Conférence internationale de l’IE sur l’enseignement post-secondaire, supérieur et la recherche a braqué les projecteurs sur des thématiques telles que la liberté académique, la solidarité internationale, le genre, la précarisation et la privatisation.

Il est nécessaire de veiller à ce que les plus faibles et les plus vulnérables puissent facilement accéder à une éducation de haute qualité et être protégé(e)s. Tel était le message lancé par Christian Addai-Poku, Président de la National Association of Graduate Teachers au Ghana, qui a pris la parole lors de la cérémonie d’ouverture de la 10e Conférence internationale de l’IE sur l’enseignement post-secondaire, supérieur et la recherche. Cette conférence s’est tenue du 14 au 16 novembre à Accra, au Ghana.

En outre, a-t-il ajouté, l’assurance qualité et l’autonomisation des femmes revêtent une importance toute particulière pour la liberté académique dans l’enseignement supérieur. Il est temps de mettre un terme aux privatisations de plus en plus nombreuses aux quatre coins du monde.

IE: importance de la mobilisation et de la promotion

La Coordinatrice régionale principale de l’IE pour la région Afrique, Assibi Napoe, a mis en lumière la corrélation existante entre l’amélioration des conditions de travail du personnel de l’éducation et l’éducation de qualité. A ses yeux, il est regrettable que la Recommandation OIT/UNESCO de 1997 concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur connaisse une faible notoriété à l’heure actuelle, et a lancé un appel afin de promouvoir ce texte à grande échelle. Par ailleurs, elle a invité les syndicats de l’enseignement supérieur à rejoindre le Réseau africain de l’enseignement supérieur.

Citant l’exemple des dernières élections américaines, le Secrétaire général adjoint de l’IE, David Edwards, a mis en lumière la vitesse à laquelle le monde politique d’un pays peut changer. Il est absolument fondamental « de rester unis, de formuler de véritables propositions et de trouver de vraies réponses », a-t-il assuré, avant de rappeler que l’IE devait jouer un rôle prépondérant pour y parvenir.

En outre, le Secrétaire général adjoint a affirmé que l’IE était parvenue à freiner l’Evaluation des résultats de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur (AHELO) de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE). Edwards s’est également réjoui du fait que la pression exercée par l’IE sur les institutions internationales ait permis d’intégrer l’enseignement supérieur aux Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.

Ministre de l’Education: le rôle des syndicats dans les ODD

La Ministre de l’Education du Ghana Naana Jane Opoku-Agyemang s’est également exprimée lors de la conférence. « L’éducation est la clé pour accéder au développement, et elle possède un pouvoir transformateur », a-t-elle affirmé avant d’ajouter que cette conférence offrait « une merveilleuse occasion d’échanger des idées avec les nombreux pays représentés en son sein. » Les ODD doivent être pris au sérieux, et il s’avère nécessaire de mettre en œuvre des stratégies afin de les réaliser et de les rendre pertinents à l’échelle nationale, a-t-elle fait remarquer. Tout en insistant sur le rôle important que jouent les syndicats dans la mise en œuvre des ODD, elle a reconnu l’urgence de se pencher sur certaines préoccupations, notamment au regard de l’éthique, du professionnalisme, des normes et de la responsabilité collective.

A ses yeux, il est nécessaire d’envisager les systèmes éducatifs de manière horizontale et verticale, dans la mesure où « nous sommes tous dans le même bateau, et nous devons nous soutenir mutuellement, de l’éducation de la petite enfance à l’enseignement supérieur ». La privatisation, a-t-elle poursuivi, « est un phénomène croissant auquel il faut mettre un terme ».

Privatisation et précarisation: la solidarité est la clé

Une séance plénière a été consacrée à la privatisation. A cette occasion, les participant(e)s se sont penché(e)s sur l’importance de bénéficier d’une plateforme de solidarité en vue de lutter contre la privatisation et d’identifier ses principaux acteurs. Traitant des conséquences de la précarisation de l’éducation, la Professeur Nelly P. Stromquist, de l’Université du Maryland, aux Etats-Unis, s’est dite « vivement préoccupée par le recul de la titularisation et l’émergence des postes universitaires à temps partiel », avant d’ajouter que « les conditions de travail précaires sont par ailleurs marquées par une dimension de genre très présente. » Aux Etats-Unis, a-t-elle expliqué, la diffusion de l’information n’a pas permis de faire évoluer la situation, malgré l’existence de trois sources principales qui militent en faveur de la mise à disposition des données – la Coalition on the Academic Workforce, le projet Delphi et la New Faculty Majority.

Stromquist a également fait valoir qu’il était difficile de syndiquer les professeurs d’université sous contrat occasionnel, étant donné leur présence périodique à l’université et leur faible niveau d’adhésion aux institutions. Les syndicats doivent travailler en étroite collaboration afin de mettre en place des actions collectives, a-t-elle déclaré, avant d’ajouter que certaines institutions étaient empreintes d’un état d’esprit individualiste, qui considère la compétition comme une composante fondamentale de l’enseignement. Le personnel titularisé doit se montrer solidaire, a-t-elle conclu.

Genre: faire tomber les barrières au sein des syndicats, de la société et de l’enseignement supérieur

Les participant(e)s à la conférence ont reconnu que l’égalité des genres dans le milieu académique devait faire face à des enjeux considérables tels que les structures universitaires, les stéréotypes fondés sur le genre, les stéréotypes au regard de certains types d’enseignement et un affaiblissement de l’Etat providence. Ils/elles se sont accordé(e)s sur les recommandations faites à l’IE, notamment d’analyser l’ensemble des politiques à travers une perspective de genre (qu’il s’agisse des syndicats, des gouvernements ou des établissements d’enseignement supérieur), mais également d’organiser une séance spécialement consacrée à l’enseignement supérieur et à la recherche lors de la Conférence mondiale des femmes de l’IE de 2017, ainsi que sur l’importance d’apporter des changements au déroulement des carrières universitaires afin qu’elles deviennent sensibles au genre, dans l’intérêt des hommes comme des femmes.

EFTP: bien plus qu’une « simple transmission des compétences professionnelles »

Le Professeur Leesa Wheelahan, de l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario de l’Université de Toronto, a également profité de la conférence pour lancer un rapport intitulé Tendances mondiales dans le secteur de l’enseignement et la formation techniques professionnels (EFTP): définir un cadre pour la justice sociale. Dans cet important rapport, elle se penche sur la responsabilité systématiquement imputée aux enseignant(e)s de l’EFTP pour tous les maux du secteur, de la pénurie d’emplois à la situation du marché du travail.

Une attention toute particulière doit être accordée aux conditions des établissements d’enseignement supérieur, afin que ces derniers soient plus à même de développer les capacités productives des étudiant(e)s, plutôt que d’en faire de simples marchandises. « Le fait de réduire au maximum le lien qui unit les étudiantes et étudiants à l’éducation, et de considérer ce lien comme une simple transmission de compétences professionnelles ne se révèle bénéfique ni pour les étudiantes et étudiants, ni pour les institutions », a-t-elle affirmé.

Contexte de la conférence

Cette conférence a permis de réunir les secteurs de l’enseignement post-secondaire, supérieur et de la recherche, et s’est appuyée sur les expériences et les résultats des précédentes Conférences internationales sur l’Enseignement supérieur et la Recherche de l’IE, ainsi que sur le premier Caucus sur l’enseignement post-secondaire et supérieur organisé avec succès à l’occasion du 7e Congrès mondial de l’IE, à Ottawa, au Canada.

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