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Mondes de l'éducation

Voix de l’éducation | Défendre l’enseignement supérieur public et lutter contre le sous-financement au Kenya

Entretien avec Grace Nyongesa, présidente nationale de l’Universities’ Academic Staff Union (Syndicat du personnel académique des universités – USAU) au Kenya

Publié 16 janvier 2026 Mis à jour 16 janvier 2026
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Ce témoignage a été recueilli dans le cadre du projet de recherche « Au cœur de la tourmente : l’enseignement supérieur dans un monde en crise », mené pour l’Internationale de l’Éducation par Howard Stevenson, Maria Antonietta Vega Castillo, Melanie Bhend et Vasiliki-Eleni Selechopoulou. Le rapport de recherche et la synthèse de ce dernier sont disponibles ici.

Mondes de l’Éducation : Quelles sont les principales difficultés auxquelles fait face l’enseignement supérieur au Kenya ?

Au Kenya, l’enseignement supérieur fait face à d’importants obstacles. Les établissements manquent de moyens et le soutien apporté aux étudiants et étudiantes est insuffisant. L’absence d’aide financière adéquate touche particulièrement celles et ceux issu·es de foyers à faible revenu. Cela rend les études supérieures inabordables pour une grande partie de la population, ce qui entraîne un faible taux d’inscription et par conséquent, menace les emplois dans les universités.

Ces coupes budgétaires ne peuvent pas être isolées d’efforts plus larges visant à encourager la privatisation et la commercialisation du secteur de l’enseignement supérieur. Depuis quelque temps maintenant, notre syndicat s’oppose aux tentatives de sous-traiter des pans clés du système d’enseignement supérieur kenyan à des acteurs privés, ce qui aurait potentiellement de graves conséquences sur la sécurité de l’emploi et les conditions de travail des membres de l’UASU.

Mondes de l’Éducation : Comment votre syndicat s’est-il mobilisé contre ces démarches de privatisation de l’enseignement supérieur ?

L’UASU a développé une campagne très populaire et efficace dans le but de lutter contre les propositions de privatisation. Nous avons organisé une grande conférence afin d’aborder le problème, impliquant un large éventail de parties prenantes que nous avons réussi à rassembler. Nous nous sommes également appuyé·es sur les résultats d’études et de rapports, dont plusieurs ont été élaborés grâce à l’expertise de membres de l’UASU en matière de recherche. En outre, nous avons associé notre campagne à l’initiative mondiale de l’Internationale de l’Éducation « La force du public : ensemble on fait école ! ».

En parallèle de toutes ces activités, nous nous sommes mobilisé·es en interne, de façon à informer nos membres sur ces questions et à les préparer à la possibilité d’une action syndicale, si cela devait s’avérer nécessaire.

Tous ces efforts ont porté leurs fruits lorsque le ministre de l’Éducation a annoncé que les propositions de privatisation avaient été retirées.

Mondes de l’Éducation : D’après vous, quels ont été les facteurs déterminants qui ont permis à votre syndicat de remporter cette victoire ?

Je pense que notre victoire peut être attribuée à différents facteurs. Notre modèle solide de leadership collectif est crucial. Nous sommes uni·es, nous savons quand faire pression et quand nous mettre en grève... Nous savons quand prendre les bonnes décisions. C’est ainsi que vous avons obtenu un soutien fort parmi nos membres en faveur d’une action syndicale.

Mondes de l’Éducation : Après avoir réussi à mettre un terme à cette tentative de privatisation de l’enseignement supérieur, voyez-vous de nouvelles menaces se profiler à l’horizon ?

Tout à fait. Nous restons mobilisé·es car le gouvernement propose désormais la fusion de certaines universités afin de réduire les coûts. Non seulement cela va avoir un impact sur les emplois dans l’enseignement supérieur, mais cela va également limiter l’accès aux études supérieures pour nombre d’étudiants et étudiantes issu·es de milieux défavorisés et pour celles et ceux qui vivent dans des régions susceptibles de perdre leur université locale, car le programme de fusion est clairement un plan de restriction.

En ce moment, nous luttons contre ces développement par un travail de plaidoyer au niveau parlementaire mais la campagne est en cours et il faudra peut-être l’intensifier. Nous prenons toutes les mesures nécessaires de manière à être préparé·es et efficaces pour nos membres, et pour nos étudiants et nos étudiantes.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.