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Koweït: les pays arabes déterminés à renforcer le rôle de l’éducation malgré les conflits

Publié 30 novembre 2016 Mis à jour 1 décembre 2016

Les dirigeant(e)s présent(e)s à la troisième Conférence de la Structure interrégionale des pays arabes de l’Internationale de l’Education ont réaffirmé leur engagement à faire respecter les droits de l’enfant dans les zones de conflit de la région, ainsi que le droit à l’éducation des enfants réfugiés.

Les affiliés de l’Internationale de l’Education (IE) dans les pays arabes, réunis au Koweït du 29 novembre au 1er décembre, ont instamment demandé aux autorités du Kurdistan irakien de mettre fin au report du paiement des salaires des enseignant(e)s. Le 30 novembre, le Kurdistan Teachers Union a signalé à la conférence la détérioration rapide des conditions de vie et de travail du personnel enseignant au Kurdistan. L’an dernier, 40 jours de cours ont été perdus suite à une intervention militaire dans la région, tandis que, début septembre, les écoles de Sulaimaniyah, Halabja, Raparin et Garmyan sont restées portes closes.

Dans son allocution d’ouverture, le Secrétaire général de l’IE, Fred van Leeuwen, a évoqué les violents conflits, la montée de l’extrémisme et les souffrances humaines qui sévissent dans la région. Il s’est également arrêté sur la situation des réfugié(e)s, indiquant que l’IE et ses affiliés devaient déployer tous les efforts possibles pour leur garantir, ainsi qu’aux enfants déplacés, un accès à l’éducation dans leurs pays d’accueil ou de transit. « En période de grand désarroi et d’incertitude, il importe à chacune et chacun de défendre ses principes et objectifs fondamentaux », a déclaré van Leeuwen.

Le Koweït a accueilli la toute première conférence de l’IE consacrée à la péninsule arabe. Dans son discours de bienvenue, Waleed Alhissawi, Président de la Kuwait Teachers Society (KTS), a déclaré que son organisation s’était fermement engagée à instaurer une éducation de qualité pour tous les enfants dans la région arabe.

Les affiliés de l’IE en Irak, au Liban et en Jordanie sont directement concernés par le conflit irakien et syrien. Les organisations d’enseignants libanaises ont demandé à l’IE de mobiliser la communauté internationale en vue de convaincre le gouvernement du pays de soutenir le système d’enseignement public, lequel accueille quelque 600.000 étudiant(e)s syrien(ne)s réfugié(e)s. Pour l’heure, 150.000 enfants réfugiés, représentant 50 % des étudiant(e)s dans les écoles publiques, ont trouvé une place dans les écoles publiques du Liban. Ces organisations soulignent également que les syndicats de l’éducation devraient participer à l’élaboration des programmes scolaires parrainés par les agences d’aide internationales. Toujours selon les organisations libanaises, le nombre d’enseignant(e)s non qualifié(e)s ne cesse de croître, en raison d’un manque de programmes de formation. Plusieurs problèmes du même ordre ont été signalés par les organisations d’enseignants irakiennes. Les écoles n’ont pas la capacité d’accueillir tous les enfants des familles déplacées sur le territoire ayant fui les zones de conflits. Ces établissements ont sollicité une assistance professionnelle pour aider leur personnel à prendre en charge les étudiant(e)s victimes de traumatismes.

La conférence s’est penchée sur les tendances qui se dessinent actuellement dans le domaine des réformes éducatives au sein des pays arabes, notamment la privatisation des services d’éducation et le déploiement des écoles payantes. Les affiliés tunisiens et marocains ont déclaré qu’ils envisageaient de mener des actions syndicales pour marquer leur opposition à ce type de projet dans leur pays. La conférence s’est également intéressée au rôle des syndicats de l’éducation dans le cadre de la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) et du programme Education 2030 dans les pays arabes.

Le Vice-président de l’IE, Mugwena Maluleke, a lancé le débat sur la révision du règlement intérieur de la structure interrégionale, tandis que la Secrétaire générale adjointe, Haldis Holst, a informé les participant(e)s des politiques et programmes de l’IE intéressant directement les affiliés arabes.

Soixante-cinq représentant(e)s de 25 syndicats de l’éducation et autres associations d’enseignant(e)s répartis dans 12 pays ont participé à la réunion. Un représentant du syndicat indépendant égyptien de l’éducation n’a pu être présent à la réunion, ayant été arrêté et interrogé à l’aéroport du Caire. Mahdi Abu Dheeb, dirigeant de la Bahrain Teachers Association, libéré au début de l’année après une condamnation à 5 ans de prison pour avoir organisé une grève du personnel enseignant en faveur de réformes démocratiques, s’est lui aussi vu interdire l’entrée sur le territoire koweïtien.

La KTS, qui a accueilli la 3e Conférence de l’IE pour la Structure interrégionale des pays arabes, est une association professionnelle regroupant la majorité du personnel enseignant au Koweït. Forte de ses 10.000 membres, la KTS est la plus grande organisation de la société civile de la principauté. Celle-ci revendique actuellement l’instauration d’une loi protégeant les droits des enseignant(e)s, leur sécurité et leurs conditions d’emploi. Une mesure qui, malgré les promesses du gouvernement, n’a toujours pas été décidée à ce jour. La KTS a récemment exprimé ses inquiétudes face à une profession enseignante dont l’attrait ne cesse de décroître aux yeux de la jeunesse koweïtienne, laquelle s’oriente plus volontiers vers d’autres professions offrant de meilleures conditions d’emploi et de travail.