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Déclaration | Journée internationale des migrants : garantir les droits des migrant·e·s

Publié 2020-12-18 Mis à jour 2020-12-18

Alors que nous approchons de la fin de cette année particulière marquée par la pandémie de COVID-19 et que nous célébrons le 30e anniversaire de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleu∙euse∙rs migrant∙e∙s et des membres de leur famille, l’Internationale de l’Éducation appelle les gouvernements à protéger et respecter les droits humains de tou·te·s les migrant·e·s, y compris des enfants, des jeunes, des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation.

Aujourd’hui, on estime à 272 millions le nombre de migrant·e·s internationaux·ales dans le monde, dont près des deux tiers sont des travailleur·euse·s migrant·e·s1, qui ont quitté leurs pays d’origine à la recherche de sécurité, d’opportunités et du respect de la dignité humaine. Dans un monde déjà profondément marqué pas de graves inégalités, la pandémie de COVID-19 a mis à mal le respect des droits et des conditions décentes. Cette crise multidimensionnelle a sévèrement touché les groupes marginalisés, notamment les travailleur·euse·s migrant·e·s, leurs familles et leurs communautés. 

Dans une Note conjointe d’orientation publiée au mois de mai, le Comité des Nations Unies pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille et le Rapporteur spécial sur les droits de l'Homme des migrants ont remarqué que « dans certains pays, [les migrants] présentent les niveaux les plus élevés de contagions et de décès dus à la COVID-19 ». En raison de conditions de vie difficiles, dans des endroits souvent surpeuplés (tant pendant le déplacement d'un pays à l'autre que dans les pays d'accueil) ainsi que des obstacles à l’accès aux soins de santé, les migrant·e·s ont été particulièrement touché·e·s par la propagation du virus. Il·elle∙s ont été également plus exposé·e·s, car les travailleur·euse·s migrant·e·s représentent une part importante de la main d'œuvre des secteurs essentiels (soins de santé, industrie agroalimentaire, transport, nettoyage, etc.). Dans ces circonstances sanitaires extrêmement difficiles, l’Internationale de l'Éducation appelle les gouvernements à garantir et à protéger le droit des migrant·e·s à la santé, en facilitant l’accès aux services de santé, indépendamment du statut migratoire et en veillant à ce que les migrant·e·s soient inclus dans les stratégies de vaccination, en particulier ceux et celles qui travaillent dans les secteurs et industries essentiels.

À travers le monde, près de 1,6 milliard d’enfants et de jeunes ont été touchés par la plus grande perturbation de l'éducation jamais connue. Il est possible que la fermeture des établissements d’enseignement ait creusé davantage l'écart de réussite entre les élèves issus de milieux favorisés et défavorisés, notamment les enfants et les jeunes migrants. Ces inégalités ont empêché les élèves migrants de suivre les cours à distance à cause de problèmes de connectivité, de l’interruption des services scolaires (y compris le soutien linguistique), de mauvaises conditions de logement, de l'absence d’un espace pour étudier, du manque de soutien parental, etc. L’Internationale de l'Éducation exhorte les gouvernements à réaliser des audits sur l’équité dans le secteur de l'éducation afin d'évaluer de manière systématique l’impact de la fermeture totale ou partielle des écoles et des autres établissements d’enseignement sur les élèves, les enseignant·e·s et les membres des personnels de soutien à l’éducation les plus vulnérables, y compris les personnes issues de l’immigration et les migrant·e·s. L’Internationale de l’Éducation demande également aux gouvernements de traiter d'urgence les principaux problèmes d’équité, aggravés par la pandémie. 

Outre les vulnérabilités auxquelles elles étaient exposées avant la pandémie, les familles et les communautés migrantes seront probablement plus durement frappées par les conséquences socioéconomiques de la crise de la COVID-19. En effet, les travailleur·euse·s migrant·e·s sont surreprésenté·e·s dans les secteurs les plus touchés par la pandémie (par exemple le travail domestique, l’hôtellerie, le nettoyage et les soins) et travaillent plus souvent avec des contrats précaires et temporaires. Souvent, ces travailleur·euse·s ne peuvent pas se syndiquer et négocier et ne bénéficient donc pas de protection sociale ou d’une sécurité de revenus. Trente ans après son adoption par l'Assemblée générale des Nations Unies, la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (C143) reste l'un des traités des droits humains les moins ratifiés. A l’occasion du début de l’examen officiel de la mise en œuvre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières approuvé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2018, l’Internationale de l'Éducation appelle les gouvernements à protéger la dignité et les droits des travailleur·euse·s migrant·e·s en ratifiant la Convetion 143 de l’Organisation internationale du Travail et les autres normes internationales du travail pertinentes, ainsi qu’en incluant les travailleur·euse·s migrant·e·s et leurs familles, quel que soit leur statut migratoire, dans les stratégies et les politiques de relance économique liées à la COVID-19.

Comme l’ont souligné en mars Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme et Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, dans leur déclaration commune :

« Notre réponse à cette épidémie doit prendre en compte - et en fait, se concentrer sur - ceux que la société néglige ou relègue souvent à l’arrière-plan. Dans le cas contraire, elle échouera. » En cette Journée internationale des migrants, l’Internationale de l’Éducation (IE) reconnaît la contribution essentielle des travailleur·euse·s, des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation migrant·e·s tout au long de cette crise. L’Internationale de l’Éducation tient à exprimer sa solidarité avec tous les migrant·e·s et réaffirme son engagement à défendre et à promouvoir leurs droits.

1. État de la migration dans le monde 2020. Organisation internationale pour les migrations, 2019