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La Francophonie vote pour l’encadrement actif des fournisseurs d’enseignement privé

Publié 1 décembre 2016 Mis à jour 16 décembre 2016

Les dirigeant(e)s des pays membres de la Francophonie ont voté en faveur de la promotion de « dispositifs institutionnels efficaces de régulation des acteurs privés de l’éducation », rejoignant le plaidoyer de longue date de l’Internationale de l’Education et ses affiliés.

Le besoin de règlementer l’enseignement privé a été reconnu par les pays membres de la Francophonie. Le 28 novembre, 57 chefs d’Etat et de gouvernements des pays membres de la Francophonie ont adopté la « Déclaration d’Antananarivo » en clôture la 16ème Assemblée générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Plus spécifiquement, le paragraphe 39 de la Déclaration indique que: « Constatant le développement des établissements scolaires et éducatifs à but commercial, et attachés à une éducation publique, gratuite et de qualité pour tous et toutes, nous demandons à l’OIF et à la Conférence des ministres de l’Éducation des Etats et gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN), en collaboration avec la société civile, de poursuivre la réflexion abordée lors du Sommet de Kinshasa (2012) et de prendre des mesures pour promouvoir des dispositifs institutionnels efficaces de régulation des acteurs privés de l’éducation, afin de garantir la qualité et l’équité des services éducatifs. »

Cette déclaration forte reconnait explicitement et demande à l’OIF de travailler avec la société civile, ce qui reflète l’importance de la mobilisation collective.

L’IE et le CSFEF combattent la privatisation de l’éducation

L’Internationale de l’Education et ses organisations membres francophones, réunis au sein du Comité syndical francophone de l’éducation et de la formation (CSFEF), ont elles-mêmes mobilisé sur la question de la privatisation de l’éducation depuis un an.

Le CSFEF avait organisé, le 15 mars dans les locaux de l’OIF à Paris, en France, avec plusieurs autres organisations françaises et internationales, une journée d’échanges sur la marchandisation de l’éducation. La quasi-totalité des syndicats s’étaient avoués inquiets de l’effet de la persistance de l’éducation privée, vue comme un frein à la scolarisation universelle. Plusieurs avaient estimé que l’éducation doit avoir un rôle régalien. Ils avaient aussi regretté que les Etats fassent preuve d’une grande tolérance à l’égard de l’éducation privée, quand ils ne la soutiennent pas carrément explicitement et financièrement.

En juin, en coopération avec plus de 200 organisations du réseau francophone, le CSFEF avait rédigé et signé un Appel contre la marchandisation de l’éducation, qui a été transmis à l’OIF.

Le Président du CSFEF d’alors, Florian Lacroux, avait également prononcé une allocution pour le CSFEF le 29 avril à Libreville, au Gabon, lors de la 57e session interministérielle de la COFEMEN, dans laquelle il soulignait que, « si l’on considère que l’école a comme mission, non seulement de transmettre des connaissances et des compétences, mais aussi de développer l’esprit critique, l’engagement citoyen, la collaboration, le vivre-ensemble, on peut avoir quelques inquiétudes quant aux compétences et l’appétence de certaines officines privées pour ces missions. »

Une mention spécifique de la marchandisation de l’éducation était également faite dans la déclaration adressée en mai par le CSFEF à l’OIF, rédigée après consultation des affiliés francophones de l’IE. Elle demandait « aux institutions internationales de cesser d’imposer des politiques qui vont à l’encontre de l’objectif de l’éducation de qualité pour tous, notamment en prônant la privatisation et la marchandisation. » L’objectif était clairement de peser sur la déclaration du Sommet de la Francophonie, préparée plusieurs mois à l’avance.

Enfin, une table-ronde sur le financement de l’éducation et l’école publique/privée était organisée lors de la 15e Rencontre du CSFEF à Antananarivo à Madagascar, du 14 au 16 novembre.

Une lutte qui se poursuit

Le CSFEF et l’IE viennent de lancer avec l’IE section Côte d’Ivoire, structure unitaire réunissant tous les affiliés de l’IE dans ce pays, une recherche, dont la première phase doit prendre fin en janvier, pour: recenser les décisions politiques ayant conduit au développement des écoles privées; recenser les différents types d’écoles privées; et recueillir les avis des enseignant(e)s, des parents et des étudiant(e)s sur les écoles privées. Une campagne de mobilisation devrait ensuite être mise en place, selon les conclusions de la recherche.

Suite à une résolution adoptée au congrès d’Ottawa, au Canada, en juillet 2015, regrettant que les enseignant(e)s travaillant dans le secteur non public en Haïti soient « assujettis à des conditions de travail indécentes, en dehors de toutes normes règlementaires acceptables », et dénonçant « les violations permanentes des droits sociaux, économiques et moraux des travailleurs/euses de l’éducation dans le secteur non public en Haïti », l’IE est par ailleurs sur le point de lancer, avec deux de ses affiliés haïtiens, à savoir l’Union Nationale des Normaliens/Normaliennes et Educateurs/Educatrices d’Haïti et la Fédération Nationale des Travailleurs en Education et en Culture, une recherche qui va partiellement ressembler à celle ayant débuté en Côte d’Ivoire. Elle vise toutefois précisément un autre objectif: rédiger un projet de loi de statut pour les enseignant(e)s  du privé.