Ei-iE

Niger: les enseignant(e)s uni(e)s demandent le respect des promesses gouvernementales

Publié 8 décembre 2016 Mis à jour 20 décembre 2016

Pour la toute première fois, l’ensemble des syndicats de l’éducation du Niger ont appelé à la grève sur l’intégralité du territoire pour demander tout particulièrement l’intégration des enseignant(e)s contractuel(le)s dans la fonction publique, et le paiement des arriérés de salaires.

La Convergence pour une action unitaire des syndicats de l’éducation au Niger (CAUSE-Niger) et le Syndicat national des agents contractuels et fonctionnaires de l’éducation de base (SYNACEB), montrant une unité syndicale enseignante totale au Niger, avaient appelé à le 28 novembre à une marche autorisée par toutes les grandes villes et tous les départements le 6 décembre. Ils ont aussi appelé à une grève de 72 heures qui a commencé le 7 décembre, à laquelle les 5 affiliés nationaux de l’Internationale de l’Education (IE) participeront. Ces derniers, avec une quarantaine d’autres syndicats, exigent le respect par le gouvernement des engagements déjà pris.

Cet appel est soutenu par l’ensemble des centrales syndicales du Niger. La Commission nationale du dialogue social, l’Association des parents d’élèves, l’Association des chrétien(ne)s du Niger et l’Association des musulman(e)s du Niger comptent par ailleurs aller voir les autorités publiques fédérales pour faire des propositions en appui des enseignant(e)s, suivies le 4 décembre par une déclaration de société civile du Niger en soutien également aux enseignant(e)s.

Le Ministrede l’Education Daouda Marthé a déjà annoncé le 8 décembre que le gouvernement allait « commencer à payer les arriérés de salaires de septembre et octobre dès la semaine prochaine, et éponger tous les arriérés d'ici fin décembre pour permettre aux enseignants contractuels de bien démarrer en janvier 2017. »

SNEN: rejet des raisons économiques invoquées par le gouvernement

Quatre-vingt pour cent des enseignant(e)s du primaire et du secondaire sont contractuel(le)s, a rappelé le Secrétaire général du Syndicat National des Enseignants du Niger (SNEN) et co-coordonnateur de la CAUSE-Niger Issoufou Arzika Nanaijé.

L’ensemble des syndicats de l’éducation demandent avant tout le paiement des arriérés de salaire, certain(e)s enseignant(e)s n’ayant pas été payé(e)s depuis août 2016.

« L’enseignement doit absorber le choc de la crise économique du pays », s’est insurgé Arzika Nanaijé. Le gouvernement dit que les arriérés vont augmenter la masse salariale, ce qui est interdit par le Fond monétaire international et d’autres organisations internationales bailleurs de fonds, a-t-il expliqué, ajoutant que, quand bien même il n’y aurait pas assez d’argent, « l’impact de la crise économique doit être partagé par toutes et tous au Niger, et pas seulement les enseignantes et enseignants ».

Malgré les intimidations, les menaces des autorités publiques de résilier les contrats des enseignant(e)s, ces derniers/ières restent très mobilisé(e)s, a aussi indiqué Arzika Nanaijé. Il s’attend à ce que la grève soit bien suivie et estime qu’elle inquiète les autorités publiques: « Nous pouvons attendre jusqu’à 50.000 classes fermées ».

SNEB: contre la politisation de l’éducation

Le Secrétaire général du Syndicat National des Enseignants de Base (SNEB) et autre co-coordonnateur de la CAUSE-Niger Alio Hassane Samna, quant à lui, a tenu à remercier l’IE, son bureau régional Afrique et le Lärarförbundet suédois, pour avoir rendu cela possible, car « le noyau de l’unité syndicale enseignante a grandi aujourd’hui ».

Il a précisé que le pays est en retard concernant le nombre d’enseignant(e)s dans la fonction publique. Le gouvernement n’a pas respecté son engagement d’engager 4.220 enseignant(e)s dans le primaire dans la fonction publique par an au titre de 2012, 2013 et 2014. A ce jour, 476 enseignant(e)s doivent encore être recruté(e)s pour atteindre le nombre promis. Le gouvernement a par ailleurs déclaré qu’il ne peut pas embaucher et n’embaucherait pas d’enseignant(e)s dans la fonction publique pour 2015 et 2016.

Hassane Samna dénonce aussi « une fonction publique à plusieurs vitesse ». Pour l’instant, les enseignant(e)s ont une grille salariale moins favorable que pour leurs autres agents de la fonction publique. Le gouvernement avait promis une grille salariale spéciale pour les enseignant(e)s, avant d’arguer du fait que les organisations internationales interdisent la réalisation et la mise en œuvre d’une telle grille réévaluée pour les enseignant(e)s. Les indemnités ne sont pas payées, ni régularisées, a-t-il aussi noté.

Il a de même jugé qu’au moment où le gouvernement procède à la nomination de conseillers à titre de ministres et augmente le nombre de députés de 113 à 171, « il est intolérable que nous ne puissions pas être payés ».

Des localités connaissent un manque criant d’enseignant(e)s du fait d’une politisation croissante de l’enseignement, a aussi fait observer Hassane Samna, avant de conclure: « Nous voulons être payés et obtenir les conditions minimales décentes pour enseigner et que nos étudiantes et étudiants apprennent correctement ».