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Royaume-Uni: le Brexit chasse les universitaires de l’UE

Publié 3 février 2017 Mis à jour 15 février 2017

A la suite du vote sur le Brexit, quelque 31.000 universitaires européen(ne)s travaillant dans des universités britanniques ont été priés de prendre leurs dispositions pour partir, certains d’entre eux ayant déjà décidé de le faire, menaçant ainsi gravement l’expertise des universités britanniques.

Alors que la plupart des commentaires du Brexit sur les universités britanniques portaient sur des questions de financement, de coopération en matière de recherche et d’étudiant(e)s, une attention nettement plus réduite avait été consacrée à ce qui fait tourner les universités, comme le personnel académique, et à ce que signifie le Brexit pour les plus de 30.000 universitaires de l’UE travaillant au Royaume-Uni.

Ayant vécu et travaillé ici pendant plus de vingt ans, de nombreux universitaires de l’UE ont décidé de demander l’autorisation de rester après le 23 juin. Cependant, après que leur demande ait été rejetée, ils ont reçu une lettre du ministère de l’Intérieur les informant qu’ils devaient « désormais prendre leurs dispositions pour partir ». La lettre typique continue comme suit: « Si vous ne partez pas volontairement, une décision séparée pourra être adoptée ultérieurement pour exécuter votre renvoi… ». Il est ensuite expliqué que la décision d'accepter ou de rejeter ces demandes se fonde sur le « Nationality, Immigration and Asylum Act 2002 » (loi de 2002 sur la nationalité, l’immigration et l’asile) et sur le règlement 26 des « Immigration (European Economic Area) Regulations 2006 » (règlement de 2006 sur l’immigration (Espace économique européen). Ce dernier sera abrogé dans le grand projet de loi d’abrogation prévu par le gouvernement, qui pourrait révoquer tout « droit de séjour » accordé au titre de la législation et de la réglementation existantes.

Les ressortissant(e)s de l’UE commencent déjà à partir ou prévoient de le faire, en raison de l’avenir incertain et peu accueillant qui s’ouvre à eux/elles.

L’impact considérable sur les universités britanniques

Une étude récente menée auprès des universitaires par YouGov pour l’ University and College Union(UCU), un affilié de l’Internationale de l’Education (IE), a conclu qu’une écrasante majorité des répondants (90 pour cent) a déclaré que le Brexit aura un effet négatif sur l’enseignement supérieur britannique. Trois quarts (76 pour cent) des universitaires européen(ne)s non britanniques ont déclaré qu’il était plus probable qu’ils envisagent de quitter l’enseignement supérieur britannique. Un tiers (29 pour cent) a indiqué connaître des universitaires qui quittaient déjà le Royaume-Uni et plus de deux cinquièmes (44 pour cent) ont déclaré connaître des universitaires ayant perdu accès à des fonds de recherche dans le prolongement direct du Brexit.

Les chiffres calculés sur la base des données de 2014-2015 de la Higher Education Statistics Agency montrent également que les universités britanniques dépendent dans une large mesure d’universitaires de l’UE, étant donné que 31.000 membres du personnel universitaire britannique viennent de l’UE, soit 16 pour cent du total.

Et ils sont incontestablement essentiels aux universités britanniques les mieux cotées. Ainsi, la London School of Economics compte 38 pour cent de personnel académique originaire de l’UE et d’autres éminentes universités londoniennes – Imperial, King’s, University College London– en comptent entre un quart et près d’un tiers. Ils sont 24 pour cent à Oxford et 22 pour cent à Cambridge.

Les universitaires de l’UE sont tout aussi importants dans des matières de base vitales pour la santé économique à long terme de l’UE. Des matières comme la physique (26 pour cent), l’ingénierie civile (25 pour cent), les biosciences (22 pour cent), la chimie (21 pour cent) et les TI (20 pour cent) dépendent toutes fortement de talents européens.

Parce qu’ils représentent un élément important du statut mondial du Royaume-Uni, la perte des universitaires de l’UE pourrait avoir des retombées négatives pour le pays.