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Lutter pour son avenir, l'exemple des universités italiennes

Publié 28 novembre 2005 Mis à jour 28 novembre 2005

Le processus de Bologne est une initiative interministérielle, rassemblant 45 pays d'Europe, qui tend à créer un Espace européen de l'enseignement supérieur à l'horizon 2010. On pourrait supposer qu'avec une telle initiative, les professionnels de l'enseignement supérieur et de la recherche en Europe auraient une vision assez optimiste de leur avenir. Très certainement, tous les partenaires – gouvernements, personnel et étudiants – doivent travailler main dans la main pour parvenir à un espace commun, consacré à la liberté et à la démocratie de l'enseignement et de la recherche et à l'exercice de la liberté académique, de sorte que le personnel de l'enseignement supérieur et de la recherche puisse oeuvrer aux progrès et à la diffusion des connaissances humaines.

La réalité est loin d'être aussi idéale. Dans certains pays de l'UE, le personnel de l'enseignement supérieur et de la recherche doit encore livrer une bataille contre les nouveaux défis qui vont à l'encontre des objectifs mêmes du processus de Bologne. L'Italie en est la parfaite illustration.

Les mesures visant à affaiblir les établissements d'enseignement supérieur en Italie se multiplient. Ces dernières années, le gouvernement italien a sabré dans le financement des universités publiques et mis en place de nouveaux schémas pour les diplômes universitaires, sans procéder d'abord à l'évaluation du système existant. Ces décisions arbitraires ont gravement déstabilisé le système éducatif.

En octobre dernier, un grand coup a été frappé lorsque le parlement italien a adopté un projet de loi restreignant la libre concurrence pour les postes vacants dans les universités publiques. Par ce projet, les postes non permanents deviennent la règle pour le personnel enseignant et les chercheurs, fermant ainsi les portes à tous les jeunes désireux d'entamer une carrière dans l'enseignement supérieur et la recherche. Ironie de la situation, de nombreuses personnes occupant des postes fixes sont généreusement rémunérées sur la base de leur ancienneté et non d'une évaluation de leur travail. Dans le même temps, les portes des universités se sont ouvertes en grand aux entreprises privées qui, grâce au projet de loi, pourront sponsoriser de nouveaux postes sans appel public à la concurrence ou évaluation.

À l'heure actuelle, les postes non permanents représentent déjà plus de 50 % de l'ensemble du personnel universitaire dans le pays.

Ces attaques menées contre l'autonomie des universités ne les aident pas à maintenir un niveau d'enseignement et de recherche de qualité. En ébranlant les fondements des établissements d'enseignement supérieur, le personnel qualifié travaillant dans ce secteur pourrait se trouver contraint de chercher un emploi dans d'autres pays ou hors de l'UE.

L'affilié de l'IE, le Sindicato Nazionale Scuola CGIL, a protesté auprès du gouvernement au sujet de ce projet de loi. Rejoint par d'autres syndicats, les associations d'enseignants, les associations du personnel temporaire, les associations d'étudiants, l'association des recteurs et les conseils de toutes les universités italiennes, une telle unité pour sauver l'enseignement supérieur et la recherche en Italie est sans précédent.

En dépit de cette énorme coalition contre le projet de loi, le gouvernement a persisté à faire passer la loi. Le CGIL fera campagne contre ce projet de loi auprès du prochain gouvernement en avril 2006.

«Le secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche doit faire face à de multiples défis de taille, tant au sein de l'UE que dans le reste du monde», explique Monique Fouilhoux, coordinatrice de l'IE pour l'éducation et l'emploi. «Ce secteur se trouve en première ligne face aux attaques des gouvernements qui veulent s'en débarrasser en le vendant et de ceux qui cherchent à en tirer profit. Le personnel du secteur doit se battre jour après jour pour protéger le droit à l'apprentissage et à la recherche.»