Ei-iE

France: une profession en quête de confiance

Publié 16 novembre 2012 Mis à jour 27 novembre 2012

Depuis six mois, l'école s'est invitée dans l'actualité du débat politique français. Election présidentielle, concertations sur la refondation de l'école, dans une société en crise, c'est de l'avenir des générations futures dont on parle quand on évoque d'éducation. La crise exige une préparation accrue des futur(e)s citoyen(ne)s et l'invention de solutions audacieuses pour répondre au défi de la démocratisation scolaire en panne en France. L'école primaire est une priorité pour que dès le plus jeune âge tous les élèves entrent dans les apprentissages.

Un métier à haute professionnalité

Le défi ne pourra être relevé sans les enseignant(e)s qui bataillent sans relâche dans leur classe, à donner à l'exercice de l'enseignement une dimension plus complexe. Comment faire progresser tous les élèves en les inscrivant non pas dans une logique de la simple tâche mais dans celle de la réflexion et de la construction des savoirs? Comment faire avec les élèves les plus faibles, les échecs, le refus d'apprendre? Comment faire pour  intégrer des nouvelles connaissances que l'école se doit de prendre en charge: apprentissages d'une langue vivante, nouvelles technologies, développement durable? Comment faire pour intégrer le mieux possible les enfants en situation de handicap?

Comment faire? Cette liste donne la mesure des dilemmes professionnels auxquels les enseignant(e)s sont confronté(e)s au quotidien. Des difficultés exacerbées en France par l'exercice solitaire du métier qui renvoie l'enseignant à ses difficultés, jusqu'à parfois les vivre sous le mode de la défaillance personnelle, du malaise. Le poids croissant accordé aux évaluations depuis cinq ans, a laissé croire que le métier se réduirait à appliquer à chaque fois pour chaque élève une logique « diagnostic-remédiation ». Mais trop d'évaluation, c'est moins d'apprentissage.

Des conditions d'exercice plus difficiles

Cette complexité du métier, les enseignant(e)s doivent y faire face dans des conditions de plus en plus difficiles avec des effectifs de classe en hausse, dans des temps de plus en plus contraints. Les politiques menées ces dernières années en France ont été régies par des règles à courte vue et les mesures et réformes successives engagées par le Ministère de l'éducation nationale ont été synonymes de renoncement.

L'école primaire, connait à cette rentrée 4.600 suppressions d’emplois dont 1.407 fermetures de classes, 1.949 enseignant(e)s spécialisé(e)s en moins, 846 postes de remplaçant(e)s, 100 maîtres(ses) formateurs/trices, 143 conseillers/ères pédagogiques et 460 postes de soutien en éducation prioritaire supprimés. Depuis 5 ans, près de 80.000 postes auront été supprimés dans l'éducation nationale.

Or, selon l’OCDE, la France occupe le dernier rang de ses pays membres pour son taux d’encadrement avec 5 enseignant(e)s pour 100 élèves, loin derrière le Portugal, la Grèce ou l’Espagne mais aussi la Suède, la Belgique ou l’Autriche, pays dans lesquels le taux oscille entre 6 et 10. En 2011, l'OCDE indiquait aussi que le pays investissait 14% de moins que la moyenne des Etats membres de l'OCDE dans l'éducation. Selon l'OCDE toujours, le salaire statutaire des enseignant(e)s du primaire et du secondaire ayant au moins 15 années d'exercice a régressé en France entre 1995 et 2009.

Malgré cette sinistre litanie, les enseignant(e)s ont continué à faire leur métier. Malgré les chausse-trapes, ils/elles ont scolarisé à l'invitation de la loi de 2005 les enfants en situation de handicap. Ils/elles étaient 210 395 dans les classes en 2011 contre 155 361 en 2006. Les enseignant(e)s du primaire se sont mis à enseigner des langues étrangères entrées dans les programmes sous la forme d'une initiation puis d'un apprentissage à part entière mais sans que la formation ne soit à la hauteur de la commande. Autre exemple, les nouveaux outils numériques. Avec le plan informatique pour tous en 1985, le plan numérique rural en 2009, l'Etat est intervenu avec retard et un accompagnement insuffisant. Une carence qui n'a pas empêché de nombreux enseignants de transformer leurs pratiques en s'appuyant sur l'autoformation et les échanges avec leurs collègues. Ils/Elles ont fait la preuve de leur professionnalisme. D'ailleurs, dans les sondages d'opinion*, une grande majorité de Français(es) disent faire confiance à l'école et ses enseignant(e)s.

Pour aider les élèves, il faut aider les enseignant(e)s

Pour faire progresser l'école, des réformes sont nécessaires. Des créations de postes mais aussi des mesures concernant plus directement les pratiques pédagogiques. Pour le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, la formation, le travail en équipe et « plus de maitres que de classes » sont trois clefs majeurs pour faire évoluer l'école avec les enseignants. La formation est primordiale parce que les enseignant(e)s ont besoin d'être armés professionnellement pour accroitre leur capacité à mieux enseigner.

Les enseignant(e)s du primaire assurent tous les enseignements dans leurs classes. A côté des savoirs disciplinaires sur lesquels les professionnel(le)s ont besoin de connaissances pointues, il est nécessaire que la formation apporte des éclairages sur l'agrégation et la transposition de ces savoirs pour qu'ils puissent être utilisables dans la classe à des enfants de 3 à 11 ans. Or aujourd'hui cette dimension professionnelle est trop absente des plaquettes de formation des masters qui préparent au concours national (en M1) et à l'entrée dans le métier (fin de M2). Il est par ailleurs nécessaire de faire connaître l'état de la recherche aux praticien(ne)s tout au long de leur carrière, de les aider à réfléchir sur leurs pratiques, à les faire évoluer.

Les enseignant(e)s du primaire ont enfin besoin de travailler en équipe pour sortir de l'exercice solitaire du métier Il est utile d'avoir des regards croisés sur les élèves, sur leurs réussites, leurs difficultés. La présence de « plus de maîtres(ses) que de classes » est un indéniable facteur de richesse pédagogique et d'inventivité face aux difficultés rencontrées. C'est le champ de tous les possibles pour organiser les contours et le contenu de son travail.

Tout cela nécessite des décisions institutionnelles car le volontariat a ses limites. L'école doit trouver un nouveau souffle et les enseignant(e)s doivent avoir les leviers pour bien faire leur travail.

Par Lydie Buguet, Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et Pegc (SNUipp-FSU/France)

*Sondage Louis Harris interactive : Les Français et leur perception de l'école primaire, août 2012