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Revaloriser la condition enseignante en France

Publié 9 novembre 2012 Mis à jour 26 août 2013

Déclaration du Président: « L’école doit changer »

La rentrée 2013 sera celle du retour à quatre jours et demi de classe en primaire, de la mise en place d’une nouvelle formation des enseignant(e)s, du lancement d’une e-éducation et de la création d’une « instance légitime » pour écrire les programmes. Ont également été annoncés: plus de maîtres que de classes, la relance de la scolarisation des moins de trois ans, et la diminution des redoublements.

« L’école doit changer », a affirmé Hollande. Pour cela « il faudra du temps et des moyens » et le budget de l’Education nationale sera « sanctuarisé ». Il a ainsi réitéré son engagement de créer 60.000 postes pendant son mandat. Après la création de près de 10.000 postes annoncée pour la prochaine rentrée, il y en aura autant par an sur les cinq années à venir.

Priorité au primaire

La clé, aux yeux du Président français, c’est la priorité qu’il veut accorder au primaire dès la rentrée. Le « plus de maîtres que de classes » devra être accompagné d’une pédagogie nouvelle afin de « prévenir les premiers retards ». Chaque année, 15 à 20 pour cent des enfants entrent au collège sans maîtriser suffisamment la lecture ou les mathématiques pour bénéficier des apprentissages suivants.

Pour lui, les redoublements doivent aussi être limités, ce qui oblige à penser autrement le traitement de la difficulté scolaire. La notation doit « indiquer un niveau plus que sanctionner » et les devoirs « être faits dans l’établissement plutôt qu’à la maison pour accompagner les enfants et rétablir l’égalité ».

La quête de l’égalité des chances, alors que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) place l’école française parmi les plus inégalitaires du monde, est un des axes fondamentaux de la refondation.

Cela passera, estime le chef de l’Etat, par un retour de la scolarisation en maternelle des moins de trois ans, dès la rentrée 2013 dans les territoires difficiles.

Préparation d’une nouvelle loi d’orientation et d’un nouveau programme scolaire

Le Président français François Hollande a présenté le 9 octobre dernier le calendrier de son « quinquennat de l’école » à 600 acteurs de l’enseignement qui ont réfléchi tout l’été aux grands axes de la refondation promise pendant la campagne présidentielle.

Les réformes prévues par François Hollande seront conduites en deux temps: les changements initiés à compter de la rentrée scolaire 2013, puis l’ouverture des chantiers qui vont se poursuivre jusqu’en 2017. L’objectif est de transformer en profondeur l’école française et contribuer ainsi au « redressement économique » du pays.

La formation des enseignant(e)s

A propos des enseignant(e)s, le gouvernement rétablit leur formation. « Les écoles du professorat et de l’éducation ouvriront à la rentrée 2013 », a déclaré le Président français, avec une « professionnalisation à la fois dans les contenus et dans les modalités ».

L’Union nationale des syndicats autonomes-Education (UNSA-Education) a réagi en reconnaissant qu’une nouvelle majorité politique venait d’arriver au pouvoir en France, affichant une politique radicalement différente en matière d’éducation. Le respect à l’égard du personnel enseignant a déjà été largement souligné, ce qui est important, mais néanmoins insuffisant. La question du caractère adéquat de la rémunération n’a toujours pas été réglée. Enfin, il est essentiel que le personnel enseignant s’implique dans les différentes réformes annoncées. En France, comme ailleurs, les enseignant(e)s ne peuvent être considéré(e)s comme de simples exécuteurs des politiques d’éducation. Ce sont eux/elles qui les conçoivent, ils/elles sont les spécialistes de l’enseignement et consacrent énormément de temps et d’énergie à leurs élèves. Une société qui respecte ses enseignant(e)s et ses écoles est une société qui prépare bien son avenir.

Le Syndicat national des enseignements de second degré-Fédération syndicale unitaire (SNES-FSU) a mené une réflexion sur la suppression des trente cinq mille postes du second degré qui avait été opérée sous le mandat du Président Sarkozy, en vertu d’une politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Ces coupes massives ont généré une sévère surcharge dans les collèges et les lycées, affectant les élèves et le personnel enseignant comme non enseignant. Le cumul entre le nombre d’élèves et les coupes (- 6.550 postes) a laissé sa marque. Dans bien des cas, la taille des classes est passée à 28 ou 30 élèves dans le premier cycle de l’enseignement secondaire (collège), et 35 ou plus dans le second cycle (lycée).

Cette politique a généré une grave crise du recrutement, d’où le besoin de renforcer une fois encore l’attrait de l’emploi dans l’enseignement. Les mesures d’urgence initiées depuis le mois de juillet par le nouveau gouvernement – qui incluent la création d’emplois, constituent un pas dans la bonne direction, mais leur portée reste limitée. Les décisions qui seront prises à l’automne 2012 en termes de politique éducative et de budget seront décisives.

Cette future loi d’orientation doit répondre à un objectif prioritaire, celui de redonner un avenir au système éducatif. Les personnels du second degré doivent donc se saisir de cette occasion pour faire entendre leurs analyses, leurs revendications et leurs espérances en rapport avec cette loi. Assumant ses responsabilités de syndicat majoritaire dans le secteur, le SNES a décidé de créer les modalités et de donner forme à ce processus.

IE: l’avis des enseignant(e)s est crucial

« L’IE accueille favorablement les discussions quant à l’évolution du système éducatif et du statut des enseignantes et enseignants en France », a déclaré le Secrétaire général de l’IE, Fred van Leeuwen. « Il est indispensable que les enseignantes et enseignants soient encore consultés quant à l’application pratique des mesures annoncées. Nous encourageons aussi les autorités nationales compétentes à poursuivre leurs investissements financiers dans une éducation publique de qualité pour toutes et tous. »

Pour de plus amples renseignements sur la situation de l’éducation et des enseignant(e)s en France, veuillez consulter les quatre articles suivants des affiliés français de l’IE:

- France: La condition enseignante, longtemps détériorée, en voie d’amélioration? Par Christian Chevalier, Secrétaire général du Syndicat des Enseignants (SE), affilié à l’Union nationale des syndicats autonomes-Education (UNSA-Education/France)

- France: nécessaire relance du secondaire Par Odile Cordelier, Secrétaire Nationale du Syndicat national des enseignements de second degré-Fédération syndicale unitaire (SNES-FSU), et Vice-présidente de la région Europe de l’Internationale de l’Education (IE), le Comité syndical européen de l’éducation (CSEE)

- France: une profession en quête de confiance Par Lydie Buguet, Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et Pegc(SNUipp-FSU/France)

- France: l’enseignant(e), un symbole fort du service public de l’éducation Par Gisèle Jean et Thierry Astruc, Syndicat national de l’enseignement supérieur-Fédération syndicale unitaire (SNESUP-FSU/France)

L’enseignant(e), un symbole fort du service public de l’éducation

Le Syndicat national de l’enseignement supérieur-Fédération syndicale unitaire (SNESUP-FSU) a expliqué que l’éducation nationale française répondait à une structure tripartite: le service public, qui forme 84 pour cent des élèves/étudiant(e)s; les établissements privés sous contrat avec l’Etat; et le secteur privé indépendant. La scolarisation formelle, développée à partir de la fin du 19ème siècle, est d’inspiration séculaire. Les premiers/ères éducateurs/trices incarnaient la vision du service public. Cette image conférait aux enseignant(e)s un statut social élevé. Mais la situation est plus mitigée aujourd’hui.

Tout paradigme de l’Etat est corrélé à un projet relatif à l’éducation et à la société où la formation des enseignant(e)s reflète le modèle éducatif choisi. Ces paradigmes de l’Etat convergent avec les régimes de régulation bureaucratique ou post-bureaucratique.

La relance nécessaire de l’enseignement au second degré

Les Etats généraux du Second degré lancés en septembre par le SNES aux côtés de deux autres syndicats, le Syndicat national de l’éducation physique de l’enseignement public (SNEP) et le Syndicat national unitaire de l’enseignement professionnel (SNUEP), avaient vocation à initier ce processus. Il s’agissait de donner la parole aux personnels du second degré afin qu’ils rédigent des cahiers de revendications au nom des établissements scolaires. Durant la première quinzaine du mois d’octobre, des réunions ont eu lieu afin de rédiger les synthèses départementales et académiques des cahiers de revendications et des délégué(e)s ont été nommé(e)s pour participer à la journée de synthèse nationale programmée à Paris le 25 octobre. Cette journée a marqué la clôture des Etats généraux du Second degré avant la publication, début novembre, d’un document de synthèse des États généraux pour diffusion large et médiatisée.

Le Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et Pegc (SNUipp-FSU/France) a souligné que cette année, le système éducatif primaire était confronté à 4.600 suppressions d’emplois, incluant 1.407 classes fermées, 1.949 enseignant(e)s spécialisé(e)s en moins, et la suppression de 864 postes de remplaçants, 100 postes de formateurs, 103 postes de conseillers d’éducation et 460 d’assistants d’éducation prioritaire.

Selon l’OCDE, sur l’ensemble des pays membres la France est la lanterne rouge en matière de taux d’encadrement (5 enseignant(e)s pour 100 élèves/ étudiant(e)s), loin derrière le Portugal, la Grèce et l’Espagne, mais également la Suède, la Belgique et l’Autriche où les taux fluctuent entre 6 et 10. En 2011, l’OCDE a également fait savoir que la dépense d’éducation était en France inférieure de 14 pour cent à la moyenne de l’OCDE, et que le salaire statutaire des enseignant(e)s de l’enseignement primaire et secondaire ayant au moins 15 ans d’exercice à leur actif avait reculé en France entre 1995 et 2009.

Des réformes sont nécessaires pour faire évoluer le système éducatif. S’il convient de créer davantage de postes, des mesures plus directes sont également requises en vue d’améliorer les méthodes pédagogiques. Aux yeux du SNUipp-FSU, le principal syndicat de l’enseignement primaire, la formation des enseignant(e)s, le travail en équipe et la mise en place du dispositif « plus de maîtres que de classes » sont trois conditions majeures à remplir afin de voir évoluer l’école. La formation est un facteur décisif car les enseignant(e)s doivent être doté(e)s des outils professionnels leur permettant de dispenser un enseignement de meilleure qualité.

Entre 2007 et 2012, quelque 80.000 postes d’enseignant(e)s ont été supprimés en France, alors que le nombre d’enfants scolarisés est resté pratiquement stable. Plutôt que d’être considérée comme un droit universel, l’éducation était considérée uniquement sous un angle financier et, par conséquent, potentiellement comme un moyen de réaliser des économies au niveau du budget national.

Il s’en est suivi une dégradation des conditions de travail des enseignant(e)s, une diminution de la qualité de la formation initiale, une altération du statut des enseignant(e)s dans la société et un faible niveau de rémunération, qui ont eu pour corollaire le désintérêt actuel des étudiant(e)s pour la profession.