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Politique et plaidoyer

Publié 25 mars 2014 Mis à jour 15 avril 2014
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La valeur des relations

Les enseignant(e)s connaissent parfaitement l'importance des relations entre les enseignant(e)s et les élèves, qui ne constituent pas des relations économiques, mais bien professionnelles et profondément humaines. Les syndicats d'enseignants sont convaincus que les politiques en matière d'enseignement et d'apprentissage doivent refléter l'attention et le respect des enseignant(e)s à l'égard de leurs élèves. Les enseignant(e)s connaissent parfaitement le pouvoir transformateur des relations qu'ils entretiennent avec leurs collègues et ce, non seulement au sein de leur établissement, de leur circonscription scolaire ou de leur pays, mais également à l'échelle planétaire. Peu importe l'origine des enseignant(e)s, la passion que chacun d'eux voue à l'enseignement et leur engagement envers leurs élèves, créent un lien immédiat entre eux. Au fil de leur collaboration, ils sont à même de mieux comprendre la pédagogie, ce qui peut se révéler profondément transformateur et enrichissant. Les syndicalistes savent combien le travail en commun permet de nouer des relations de travail plus justes avec leurs employeurs, et avancer ainsi vers une société plus démocratique. Ils connaissent parfaitement l'importance des relations démocratiques au sein de leur propre organisation. Les syndicats d'enseignants ne peuvent pas compter sur le pouvoir d'une santé financière florissante ou de relations dans les médias. Notre pouvoir réside dans notre personnel.

Cette liste de principes n'est pas exhaustive. Elle repose sur les croyances, les valeurs et les expériences de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants. Tous les syndicats d'enseignants doivent explorer leurs convictions profondes, les formuler en politiques et ensuite, aux côtés de leurs membres, utiliser ces politiques afin d'exposer au gouvernement comme au grand public leur vision de l'éducation publique et de leur profession. C'est sur cette vision que repose le leadership au sein des syndicats d'enseignants, en vue de défendre et de consolider la démocratie. Selon John Ralston Saul, célèbre écrivain et philosophe canadien,

«(...) la seule structure publique dont nous disposons, qui soit capable de toucher l’ensemble des citoyen(ne)s du pays et de veiller à ce qu'ils aient le sentiment d'appartenir à une grande famille de citoyens, c'est l'éducation publique. Dans le sens traditionnel de l'expression "démocratie inclusive", ces simples édifices de briques et de ciment, que nous appelons "écoles publiques", représentent en réalité les derniers lieux de rencontre publics pour les citoyens. Le système éducatif public et sa structure fondamentale ne sont pas désuets. […] Nous en dépendons aujourd'hui plus que jamais au cours du XXe siècle.»----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

4. Justice sociale et égalité

Les syndicats d'enseignants se sont toujours imposés comme de fervents défenseurs des établissements scolaires inclusifs, des droits fondamentaux, tels que la liberté d'expression et la liberté syndicale, ainsi que des droits des minorités. Ils ont toujours défendu les droits des enfants, des femmes, ou encore des élèves et enseignant(e)s LGBTQ. Ils ont toujours défendu l'intégration des personnes souffrant d'une incapacité ou d'un handicap. Ils ont toujours lutté pour la démocratie. La justice sociale et l'égalité résident au cœur de l'éducation publique, et en font dès lors l'un des piliers de la démocratie. La justice sociale et l'égalité permettent fondamentalement de soutenir une vision de la société dans laquelle tous les enfants ont les mêmes chances d'apprendre, de développer leurs compétences et leurs intérêts, et de devenir des membres responsables de la société.

1. L'éducation publique en tant que bien public et droit humain fondamental

Le Principe 7 de la Déclaration des droits de l'enfant [1] stipule que tout enfant a droit à une éducation qui doit être gratuite et obligatoire et que l'intérêt supérieur de l’enfant doit être le guide de ceux qui ont la responsabilité de son éducation. Leplaidoyer des enseignant(e)s en faveur du droit de chaque enfant à bénéficier d'une éducation de qualité peut non seulement sensibiliser – mais aussi éduquer – les parents et le grand public, et également contribuer au développement de réseaux de plaidoyer dédiés à ce principe.

[1] Nations Unies. Déclaration des droits de l'enfant. Consulté le 22 décembre 2013 sur www.un.org/cyberschoolbus/humanrights/resources/child.asp.

2. Voix des enseignant(e)s

Les enseignant(e)s comprennent les responsabilités relevant de leur profession ainsi que les besoins de leurs élèves. Les syndicats d'enseignants doivent pouvoir participer à la prise de toute décision impliquant un changement dans le système éducatif public et/ou au niveau des exigences relatives à la profession enseignante et aux enseignant(e)s. Les enseignant(e)s doivent également prendre part à la planification et à la mise en œuvre des changements proposés.

3. Les enseignant(e)s considéré(e)s comme des professionnel(le)s

Selon l'OCDE, les pays dont les systèmes éducatifs connaissent un succès pérenne disposent de syndicats d'enseignants solides et dotés de ressources suffisantes. Le bien-être des enseignant(e)s constitue une priorité pour les syndicats. En outre, lorsque les syndicats d'enseignants s'attellent à l'amélioration de la qualité de l'enseignement par le biais de programmes de développement professionnel et de la définition des normes professionnelles, ils confèrent une certaine authenticité et intégrité à leur rôle de partenaire au sein de leur communauté éducative nationale, notamment dans un contexte de pénurie d'enseignant(e)s qualifié(e)s. L' Uganda National Teachers' Union(UNATU) cite à titre d'exemple les programmes IN-SET (formation en cours de service) et Teacher Action for Girls(TAG), qui ont contribué à la reconnaissance de l'UNATU en tant syndicat moderne ne luttant pas uniquement en faveur du bien-être des enseignant(e)s, mais améliorant également d'autres aspects des programmes éducatifs reconnus par le gouvernement, tels que le taux de décrochage scolaire et les compétences en lecture et en calcul. Les enseignant(e)s des pays développés réalisent également qu'ils sont « peut-être les seuls acteurs à même de rétablir le rôle des […] établissements scolaires en leur qualité de serviteurs du bien public. » [1]

[1] Green, R. (2013) Why America’s Teachers Are Going Badass and Why Canada’s Need to Consider Doing the Same. Our Schools Our Selves, 23 1 24.

Introduction

Cependant, le contexte mondial actuel entourant les syndicats se caractérise essentiellement par la lutte contre les gouvernements ou contre les partisans de l'idéologie néolibérale, voire contre les deux, afin que l'éducation des enfants et des jeunes, comme de la société dans son ensemble, reposent sur des valeurs fondamentales bien définies. La tendance néolibérale qui s'est imposée ces 30 dernières années et visant à commercialiser et à contrôler les services publics, a contribué à transformer le mode de pensée, du moins dans les pays de l'OCDE. Ainsi, l'ensemble de valeurs humanistes exprimées dans un modèle communautaire, pour la société et le gouvernement, s'est mû en un système de valeurs plus individualistes promouvant la concurrence, qui se reflètent dans un modèle commercial. Les syndicats comme le système d'éducation publique ont vu le jour à l'époque où le modèle communautaire et la recherche du bien commun étaient en plein essor.

Dans de nombreux pays de l'OCDE, les syndicats d'enseignants mettent tout en œuvre pour déjouer les attaques à l'encontre des droits des travailleurs, du professionnalisme des enseignant(e)s ou encore des systèmes d'enseignement public. Dans certains pays et certaines régions du monde, la « réforme » de l'éducation s'est d'ores et déjà traduite par un abandon total, par le gouvernement, de l'éducation publique. Les syndicats d'enseignants n'ont eu d'autre choix que d'unir leurs forces pour faire face aux incessantes campagnes antisyndicales et anti-enseignant(e)s.

Dans les pays en développement, les syndicats d'enseignants déploient de nombreux efforts pour faire reconnaître aux gouvernements comme au grand public l'importance d'une éducation publique, des principes d'équité, ainsi que des droits des enseignants, tels que des salaires décents ou le simple fait d'être rémunéré(e), en temps et en heure, pour le travail fourni. Contrairement aux pays du Nord, les pays du Sud tentent de faire respecter ces droits à l'heure où le modèle communautaire se trouve menacé. La mise en œuvre de l'Education pour Tous (EPT) a permis avec brio de scolariser un grand nombre d'enfants dans le système d'enseignement public. Cependant, dans le cadre de ces efforts, les gouvernements nationaux se sont généralement retrouvés confrontés à d'importants défis, en raison des contraintes budgétaires imposées par les règles du FMI et venant plafonner les salaires et le financement des services publics. Cette situation a entraîné une grave pénurie d'établissements scolaires adéquats et de ressources nécessaires au développement et à la mise en œuvre des programmes scolaires, ainsi qu'une incapacité à former rapidement un nombre suffisant d'enseignant(e)s pour répondre à la demande. Au vu du caractère inadéquat du financement de l'éducation, de la taille considérable de certaines classes et du manque d'enseignant(e)s qualifié(e)s, il n'est pas surprenant que les élèves affichent de mauvais résultats d'apprentissage. Les partisans du néolibéralisme et de la privatisation de l'éducation n'ont pas tardé à rejeter la faute sur les enseignant(e)s et le caractère public du système éducatif.

Dès lors, aux quatre coins du monde, les valeurs et les croyances résidant au cœur de l'éducation publique sont désormais remises en question. Les enseignant(e)s et leurs syndicats défendent avec ferveur leur profession et l'éducation publique, ce qui ne devrait surprendre personne dans la mesure où l'enseignement permet de faire évoluer la société [1]. Comme l'a déclaré Erika Shaker dans le numéro de Our Schools Our Selves paru à l'automne 2013, « Les enseignant(e)s et leurs syndicats figurent en première ligne de la lutte en faveur d'établissements scolaires et de communautés d'apprentissage plus sûrs et plus inclusifs, permettant à tous les étudiant(e)s et les éducateurs/trices de s'épanouir pleinement. » [2] La vision des enseignant(e)s de l'éducation publique – les valeurs, les croyances et les principes collectifs et communs qu'ils prônent – se reflète dans l'ensemble des politiques, dans les fondements des déclarations et des actions de leurs syndicats.

Le développement et la mise en œuvre de politiques visent deux objectifs distincts. Au sein d'un syndicat, les processus de développement de politiques permettent de parvenir à un consensus sur les croyances et les valeurs, ainsi qu'à une compréhension et un langage communs sur ce qui importe vraiment. Sur le plan externe, le développement de politiques guide et promeut des discussions authentiques et influentes avec le gouvernement et les autres partenaires de la communauté éducative, susceptibles d'amorcer un changement progressiste.

Lancée par l'Internationale de l'Education, la campagne « Uni(e)s pour l'éducation » offre un cadre utile à la mise en œuvre de politiques. Cette campagne comprend trois stratégies intégrées en faveur d'une éducation de qualité : des enseignant(e)s de qualité, des outils de qualité, ainsi que des environnements d'apprentissage de qualité. Le plaidoyer en faveur d'enseignant(e)s de qualité s'accompagne notamment de politiques sur la formation et la certification des enseignant(e)s, sur le professionnalisme et l'autonomie des enseignant(e)s, sur la collégialité, la collaboration et le développement professionnel des enseignant(e)s, ainsi que sur l'éthique et les compétences professionnelles. En ce qui concerne les outils de qualité, les politiques relatives au développement, à l'application et aux ressources des programmes scolaires, ainsi que le financement de l'éducation, constituent d'excellents exemples. Enfin, les politiques liées aux établissements scolaires, à l'inclusion, à la sécurité à l'école, à l'égalité des genres, aux droits des langues minoritaires ou encore à l'éducation des autochtones, sous-tendent le plaidoyer en faveur d'environnements d'apprentissage de qualité. A l'instar des politiques elles-mêmes, les thèmes politiques varieront en fonction des syndicats d'enseignants et du contexte national. Cependant, les valeurs, les croyances et les principes fondateurs résidant au cœur de l'ensemble des politiques d'un syndicat d'enseignants devraient reposer, à l'échelle mondiale, sur des principes universels liés au respect de la dignité des enfants, de la valeur d'une éducation publique et de la profession enseignante, ainsi que du bien commun. Quels pourraient être ces valeurs, croyances et principes fondateurs ?

[1] Weiner, L. This Labor Day, Thank a Teacher. Consulté le 16 septembre 2013, sur http://jacobinmag.com/2013/09/this-labor-day-thank-a-teacher/

[2] Shaker, E. (2005) On the Front Lines. Our Schools Our Selves, 23, 1, 17