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Etre à l'écoute des enseignant(e)s pour éclairer les politiques

Publié 12 décembre 2014 Mis à jour 5 février 2016
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Qu'est-ce que tout cela signifie?

Nous savons que les systèmes éducatifs de nombreux pays doivent changer afin d'offrir de meilleures chances à tou(te)s les étudiant(e)s de bénéficier d’un enseignement supérieur de qualité. Bien que de nombreux aspects des systèmes éducatifs doivent être repensés, la recherche indique que les enseignant(e)s constituent, au sein des établissements scolaires, le facteur le plus influent de réussite des étudiant(e)s. Ainsi, l'amélioration de l'enseignement est essentielle à l'amélioration des systèmes éducatifs.

Mais que cela signifie-t-il vraiment? Cela signifie deux choses. La première est de garantir que les meilleur(e)s candidat(e)s possibles entrent en premier lieu (et restent) dans l'enseignement. Les Etats doivent réfléchir à la façon d'améliorer l'attractivité de la profession auprès des diplômé(e)s universitaires et offrir des perspectives d'avancement professionnel qui encourageront les enseignant(e)s à poursuivre leur carrière dans l'enseignement.

La deuxième est d'aider les enseignant(e)s déjà en place à améliorer leurs pratiques. Cela implique de procéder régulièrement à l'évaluation et à la communication de commentaires sur les pratiques pédagogiques des enseignant(e)s qui sont associées aux possibilités de développement professionnel ciblant leurs besoins. Les enseignant(e)s devraient avoir l'occasion de collaborer avec leurs collègues de façon approfondie de façon à développer des relations interpersonnelles et à promouvoir une culture de la réflexion dans leurs établissements.

Les réformes des politiques ne sauraient toutefois être suffisantes. Les enseignant(e)s et les chefs d'établissement scolaire doivent prendre leurs responsabilités et être des participants actifs au processus de changement. L'OCDE a également publié un Guide TALIS à l'intention des enseignants qui présente les résultats de TALIS et fournit aux enseignant(e)s et aux chefs d'établissement scolaire des informations et des conseils sur la manière dont ils/elles peuvent améliorer l'enseignement et l'apprentissage dans leur établissement, en s’appuyant sur les recherches consacrées à l’éducation et sur les nombreux travaux menés par l’OCDE dans ce domaine.

De plus en plus de pays s'intéressent à ce qui se passe hors de leurs frontières afin d'y déceler les politiques et pratiques les plus performantes et efficaces dans le but d'améliorer la vie de leurs citoyens. Les résultats de l'enquête TALIS constituent une mine d'informations pour les responsables des politiques éducatives. Ainsi, à l'occasion de la Réunion ministérielle informelle de lancement des résultats de l'enquête TALIS organisée à Tokyo, les ministres de 16 pays ont débattu des conclusions de TALIS et de leur impact possible sur la politique relative aux enseignant(e)s dans leurs pays respectifs. Les ministres ont reconnu l'importance de présenter l'enseignement comme profession fondée sur les connaissances afin d'être mieux à même d'attirer les meilleur(e)s candidat(e)s dans la profession.

Les enseignant(e)s considèrent-ils/elles que leur profession est valorisée?

L'un des résultats les plus surprenants de l'enquête TALIS 2013 est lié à cette notion de développer l'enseignement en tant que profession. Ce résultat indique que de nombreux pays ont beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine. Les données de TALIS indiquent, qu'en moyenne, moins d'un tiers des enseignant(e)s à l'échelle internationale considèrent que la profession enseignante est valorisée dans leurs sociétés. Ce pourcentage est sensiblement inférieur dans certains pays. Ainsi, moins d'un(e) enseignant(e) sur 10 estime que l'enseignement est une profession valorisée en Croatie, en Espagne, en France, en République slovaque et en Suède.

Il s'agit d'un résultat important compte tenu des implications que cela peut avoir, dans certains pays, en ce qui concerne le recrutement et la rétention des candidat(e)s de qualité dans la profession enseignante. Il est nécessaire de promouvoir l'enseignement en tant que profession égale à celles d'autres travailleurs/euses intellectuel(le)s (telles que la médecine, le droit ou la gestion d’entreprise) afin d'être en mesure d'attirer les meilleur(e)s candidat(e)s dans l'enseignement. Il est intéressant de noter que les données de l'enquête TALIS laissent entrevoir des approches permettant d’améliorer la perception qu'ont les enseignant(e)s de la valeur de la profession. Les enseignant(e)s indiquant participer à la prise de décisions à l'échelle de l'établissement scolaire sont également plus susceptibles de déclarer que leur profession est valorisée par la société. Il existe également une corrélation positive entre d'une part l'autonomisation des enseignant(e)s, à travers l'attribution de responsabilités en matière de prise de décisions, et d'autre part la satisfaction professionnelle et la confiance des enseignant(e)s dans leurs propres aptitudes (efficacité personnelle). Ainsi, la répartition des fonctions de direction et de la prise de décisions à l'échelle de l'établissement scolaire peut non seulement alléger la charge des chefs d'établissement scolaire surchargés (et leur permettre de consacrer plus de temps à d'autres activités, telles que le leadership pédagogique), mais a également un impact important sur les enseignant(e)s.

Quels commentaires les enseignant(e)s reçoivent-ils/elles sur leurs pratiques pédagogiques?

TALIS indique que la plupart des enseignant(e)s estiment que l'évaluation formelle de leurs pratiques pédagogiques se traduit par des changements positifs de leurs pratiques pédagogiques. Pourtant, dans de nombreux pays, les enseignant(e)s sont en grande partie livré(e)s à eux/elles-mêmes et reçoivent peu, voire aucun commentaire sur leurs pratiques pédagogiques. En moyenne un peu plus de la moitié des enseignant(e)s des pays visés par l'enquête TALIS estiment que les dispositifs d'évaluation et de commentaires en place dans leurs établissements ont uniquement une finalité administrative.

L'évaluation des enseignant(e)s et les commentaires qu'ils/elles reçoivent sur leur travail doivent être plus utiles aux enseignant(e)s. Les dispositifs d'évaluation et de commentaires devraient avoir pour objectif d'aider les enseignant(e)s à s'améliorer plutôt que de punir les mauvaises performances de quelques un(e)s. L'association entre d'une part, l'évaluation et les commentaires et d'autre part, le développement professionnel offrira également aux enseignant(e)s de meilleures opportunités d'évolution. Les enseignant(e)s devraient recevoir des commentaires d'une multitude d'acteurs, au moyen de mesures multiples. Ces commentaires devraient notamment aboutir sur un plan de développement professionnel axé sur les domaines dans lesquels les enseignant(e)s doivent s'améliorer.

Les enseignant(e)s travaillent-ils/elles ensemble?

De nombreux/euses enseignant(e)s sont privé(e)s des commentaires de leurs collègues enseignant dans le même établissement. Seulement 42 pour cent des enseignant(e)s en moyenne déclarent recevoir des commentaires de la part d'autres enseignant(e)s sur leurs pratiques pédagogiques dans le cadre du processus d'évaluation, alors que 45 pour cent des enseignant(s) déclarent ne jamais observer leurs collègues en classe ni leur donner de commentaires. Dans de nombreux pays, les commentaires des pairs sont malgré tout fréquents et les enseignant(e)s œuvrent ensemble à la préparation et l'évaluation des cours ainsi qu'à la proposition de points à améliorer. Toutefois, les données de l'enquête TALIS montrent que les enseignant(e)s des différents pays sont bien plus susceptibles de participer aux activités superficielles d'échange et de coordination (telles que l'échange de matériels pédagogiques) que de mener une collaboration plus approfondie, par exemple à travers le co-enseignement ou la participation à l'apprentissage professionnel collaboratif.

La collaboration entre enseignant(e)s est importante pour de multiples raisons. Les données de l'enquête TALIS indiquent que les enseignant(e)s travaillant en collaboration font également état d'un niveau plus élevé de satisfaction professionnelle et d'efficacité personnelle. Par ailleurs, les activités, telles que le co-enseignement ou l'observation des pairs et les commentaires sont d'excellents exemples de développement professionnel efficace dans la mesure où ces activités peuvent être durables, ont lieu dans le milieu professionnel des enseignant(e)s et sont menées avec les collègues.