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Déclaration | Journée mondiale des réfugié·e·s 2020

Publié 2020-06-20 Mis à jour 2020-06-19

La COVID-19 a mis en lumière les vulnérabilités et les inégalités structurelles de nos sociétés. Les plus vulnérables, dont les populations réfugiées et déplacées, ont été gravement affectés par la pandémie de COVID-19 et les mesures de confinement associées.

En termes de santé, il est difficile, sinon impossible, d’appliquer les mesures de distanciation physique dans les camps de réfugié·e·s surpeuplés et dans les zones urbaines où les populations déplacées sont concentrées.L’accès aux soins de santé est souvent limité et les informations utiles sur les risques et les mesures à prendre sont rarement disponibles ou insuffisamment diffusées, notamment pour des raisons linguistiques.

Pire encore, dans certains pays, la pandémie a servi à justifier la discrimination, la xénophobie et l’hostilité à l’égard des réfugié·e·s, notamment les agressions violentes, et a été exploitée politiquement par des nationalistes populistes.

De nombreux·euses réfugié·e·s sont en attente d’asile et leurs demandes ont été suspendues en raison de la crise. Les familles de réfugié·e·s, au même titre que les ménages marginalisés, sont celles qui risquent de souffrir le plus de la crise économique provoquée par la pandémie (chômage accru, travail des enfants, etc.).

En matière d’enseignement, les difficultés d’accès aux appareils numériques et aux connexions Internet pour les communautés de réfugié·e·s sont synonymes d’un accès limité à l’enseignement à distance d’urgence.

Solutions inclusives pour le déconfinement

La COVID-19 a démontré l’importance de l’inclusion. Dans le contexte des mesures de déconfinement et de réouverture des écoles, les besoins spécifiques des réfugié·e·s doivent être pris en compte en vue de proposer des solutions réellement inclusives.

Selon le HCR, « la plupart des communautés de réfugié·e·s et des communautés d’accueil ont un accès limité aux appareils et la connectivité peut s’avérer extrêmement coûteuse. Ce manque d’accès entrave également l’acquisition/développement de l’alphabétisation et des compétences numériques nécessaires aux enseignant·e·s, aux étudiant·e·s et à leurs communautés pour tirer le meilleur parti des ressources d’apprentissage en ligne. »

Il est important que soient adoptées des mesures spécifiques de soutien afin de compenser la longue interruption scolaire, qui souvent vient s’ajouter à des interruptions préalables de la scolarité. Il ne faut pas perdre de temps pour rétablir et améliorer de manière radicale la qualité et l’accès à l’éducation, de sorte que les enfants réfugiés ne soient pas pénalisés par le manque de perspectives éducatives pendant la pandémie.

Une attention particulière doit être accordée à la lutte contre le décrochage scolaire et le travail des enfants dans les communautés de réfugié·e·s/déplacées. 

Il convient de mettre en place des mesures de santé et de sécurité adéquates pour protéger les étudiant·e·s et les enseignant·e·s dans les camps de réfugié·e·s. Les souffrances accrues que connaissent les communautés et les familles de réfugié·e·s, notamment les femmes et les jeunes filles (telles que violence domestique, harcèlement sexuel), pendant le confinement, liées aux conditions de vie dans les camps, doivent être évaluées et abordées dans le cadre de mesures destinées à favoriser le bien-être et la santé/récupération mentale des étudiant·e·s et des enseignant·e·s, pendant toute la durée de la réouverture.

Les enseignant·e·s réfugié·e·s et les syndicats d’enseignants doivent participer à l’élaboration, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de toutes les politiques relatives à l’éducation des réfugié·e·s, notamment les mesures de lutte contre la COVID-19 et la réouverture des écoles. Les salaires et les conditions de travail des enseignant·e·s réfugié·e·s et de l’ensemble des enseignant·e·s des camps de réfugié·e·s doivent être préservés pendant les fermetures d’école imposées par la COVID-19.

La solidarité est impérative

Les pays en développement seront les plus touchés par les conséquences de la pandémie et les pays qui accueillent de nombreux·euses réfugié·e·s et/ou qui sont confrontés à des situations de conflit peuvent connaître une aggravation de l’instabilité politique ainsi que des difficultés sociales et économiques justifiant une aide accrue.

La COVID-19 a montré l’importance du Pacte mondial sur les réfugiés et ses principes clés de partage de la charge et des responsabilités et de solidarité. Il est important de conserver la dynamique et de mettre en œuvre le Pacte mondial sur les réfugiés de l’ONU et le cadre d’action global pour les réfugiés, ainsi que les engagements pris lors du Forum mondial sur les réfugiés en 2019. Les engagements en faveur de l’éducation doivent être privilégiés et leur mise en œuvre accélérée.

Les pays qui accueillent de nombreux·euses réfugié·e·s devraient en tenir compte dans leurs réponses à la COVID-19, notamment en matière d’éducation, avec la réouverture des écoles, et bénéficier d’un soutien suffisant dans leur action en vue d’élaborer des politiques et des mesures d’inclusion des réfugié·e·s, notamment par la solidarité mondiale.

L’avenir

La crise de la COVID-19, même dans les pays où des progrès ont été réalisés, n’est pas terminée pour autant. Indépendamment de l’infection, il est urgent de remédier aux conditions dangereuses et présentant des risques. Toutefois, en cas de deuxième vague, le surpeuplement et les conditions insalubres que connaissent les réfugié·e·s constitueront une menace pour eux·elles et pour tout le monde. Dans la mesure du possible, les réfugié·e·s doivent être retiré·e·s des camps et placé·e·s dans des environnements où la distanciation physique est possible, avec de bonnes pratiques d’hygiène et des conditions décentes. Des soins de santé de qualité ainsi que de nombreux autres services publics sont indispensables pour les réfugié·e·s et doivent, à ce titre, être mis à leur disposition.

Les gouvernements doivent respecter pleinement les conventions internationales (la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967) qu’ils ont ratifiées, notamment celles qui concernent l’asile, les droits et l’accès aux services publics, et doivent coopérer et prendre des mesures conformes au Pacte mondial sur les réfugiés. Toute mesure relative aux frontières qui se serait avérée nécessaire pour des raisons sanitaires doit être temporaire et ne pas porter atteinte aux droits humains ni entraîner l’exclusion.

Les gouvernements et les dirigeant·e·s politiques doivent agir pour apaiser les tensions et les attaques contre les réfugié·e·s et combattre la haine et la désinformation. La communauté internationale doit également agir de manière responsable afin de régler les conflits armés et les autres situations insoutenables qui ont contribué à la hausse du nombre de personnes fuyant leur pays d’origine.