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C’est uniquement en protégeant les autres que nous nous protégeons nous-mêmes

Publié 17 décembre 2021 Mis à jour 17 décembre 2021
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Les événements de novembre 2021, qui ont vu 27 personnes, parmi lesquelles une femme enceinte, se noyer dans des circonstances dramatiques et terrifiantes alors qu’elles étaient à seulement quelques kilomètres de pouvoir demander l’asile, sont une honte pour le gouvernement britannique. Les voies légales et sûres pour demander l’asile sont de plus en plus restreintes. Les compagnies aériennes encourent des amendes si elles transportent des passager·ère·s originaires des pays comptant le plus de réfugié·e·s en fuite – à moins d’avoir tous les papiers requis.

Un grand nombre d’éducateur·rice·s travaillent avec les enfants réfugiés dans leurs écoles – et font tout ce qu’ils·elles peuvent pour que ceux·elles-ci se sentent en sécurité. De nombreux·euses militant·e·s syndicaux·ales se portent volontaires sous d’autres formes – en aidant l’association caritative « Care4Calais », entre autres.

Mais bien loin d’une réponse humaine et compatissante, notre gouvernement riposte avec des armes politiques et un plus grand nombre de restrictions plutôt que davantage d’humanité. Le nouveau projet de loi sur la nationalité et les frontières semble destiné à durcir l’environnement hostile pour les personnes migrantes et réfugiées, en accordant le pouvoir de déporter les personnes alors que les demandes sont en cours d’évaluation et en créant un nouveau statut temporaire et incertain pour les personnes réfugiées. Il dispense par ailleurs le gouvernement de l’obligation de prévenir une personne de la déchéance de sa citoyenneté. Ces pouvoirs draconiens minent les fondations de la Loi sur les droits humains, ainsi que toutes nos libertés individuelles.

La Grande-Bretagne a contribué à la mise en place de la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés en 1951 et depuis lors, les principes d’une procédure juste sur le sol britannique ont été respectés par les gouvernements successifs. Au lieu de se positionner politiquement, ce gouvernement, et plus particulièrement le ministre de l’Intérieur, devrait s'assurer que les personnes peuvent voyager en toute sécurité jusqu’en Grande-Bretagne afin de bénéficier d’une procédure juste et de demander l’asile.

Nous avons le droit d’être en colère et nous devons nous mobiliser pour garantir qu’une voie plus sûre et plus humaine soit possible. Nous devons nous demander – quel avenir voulons-nous pour nos enfants ? Voulons-nous des gardes armés à nos frontières, pendant que des gens se noient ? Voulons-nous attiser la peur des personnes venues chercher refuge ? Voulons-nous que nos enfants aient peur des personnes réfugiées ? Voulons-nous considérer le problème comme étant « ailleurs », comme quelque chose qui arrive aux autres ?

Ou voulons-nous un monde plus juste où chaque personne est traitée comme faisant partie de la même fratrie ? Un monde dans lequel nos enfants respectent et embrassent l’humanité, et accueillent les réfugié·e·s dans nos écoles et nos communautés.

« Le personnel et les syndicats de l’éducation ont un rôle crucial à jouer pour soutenir les personnes réfugiées, lutter contre le racisme et sensibiliser aux causes qui motivent les nombreux mouvements de populations. »

Les personnes réfugiées ne disparaîtront pas, tout comme la COVID ne disparaîtra pas, tout comme l’urgence climatique ne disparaîtra pas. Ces problématiques sont liées au pouvoir et au privilège des pays européens qui peuvent ériger – et ne s'en privent pas – les barrières habituelles, en prétextant que c’est pour leur propre protection. Il est urgent d’agir sur ces deux questions. Pour nous protéger, nous devons nous préparer à protéger tout le monde.

Le NEU rejoint les gouvernements sud-africain et indien sur la nécessité de mettre en place une exemption sur les brevets des vaccins et un transfert des technologies nécessaires. Nous sommes d’accord avec James Meadway qu’il s’avère crucial de faire tomber les droits de propriété sur les vaccins, afin de toucher d’autres nations que les pays largement vaccinés de l’hémisphère nord, telles que les pays d’Afrique subsaharienne :

« La réponse juste et équitable est d’exiger la levée de la propriété intellectuelle sur les vaccins, et d’engager de vraies ressources pour leur production et leur distribution dans le monde moins développé. Notre engagement commun devrait être porté sur la justice et la liberté, appliquées au niveau universel. [1] »

Nous nous associons également à l’IE qui appelle à des actions beaucoup plus pressantes pour répondre à l’urgence climatique et promouvoir une éducation de haute qualité sur le climat. Le personnel et les syndicats de l’éducation ont un rôle crucial à jouer pour soutenir les personnes réfugiées, lutter contre le racisme et sensibiliser aux causes qui motivent les nombreux mouvements de populations.

La Grande-Bretagne est peut-être une île sur le plan géographique, mais elle entretient des relations politiques et historiques avec le monde entier, y compris de nombreux pays d’où sont originaires les demandeur·euse·s d’asile. Il ne s’agit pas de porter un jugement, mais plutôt d’illustrer que les demandeur·euse·s d’asile ne sont pas des « étrangers ». Ils·Elles sont lié·e·s à notre Histoire. Ils·Elles sont comme nous. Ils·Elles sont nous.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.