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Freinage de la masse salariale : les difficultés des enseignant·e·s au Népal

Publié 20 avril 2022 Mis à jour 6 mai 2022
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En 2020, le Fonds monétaire international (FMI) a demandé aux gouvernements de 15 pays, dont le Népal, de réduire leurs dépenses publiques. Cette exigence a eu d’énormes incidences sur les enseignant·e·s dans le sillage de la pandémie de COVID-19.

Cette directive [1] visait à réduire la masse salariale publique et à investir les fonds économisés dans la lutte contre les effets de la pandémie. Cependant, avec de telles mesures, le secteur de l’éducation, peu développé, a stagné, tant en termes de sources de revenu du personnel enseignant que de progression globale des étudiant·e·s. En outre, si ces aspects élémentaires sont négligés, le secteur de l’éducation continuera de stagner à l’avenir.

« Les enseignants sont la clé du développement d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et servent d’épine dorsale pour le pays et l’économie. Cependant, lorsque le secteur de l’éducation et la profession sont mal traités, l’avenir des élèves et du pays est compromis. »

Auparavant, le FMI apportait un soutien financier aux pays en développement pour les aider à surmonter la pandémie qui faisait des ravages dans le secteur du développement. Plus tard, cependant, le FMI a imposé des directives selon lesquelles ces fonds devaient être utilisés comme réserve et non pour procurer des avantages pécuniaires aux travailleur·euse·s de première ligne, notamment les médecins, le personnel soignant et le personnel enseignant. Selon un rapport publié en 2020, on estime que près de trois millions d’emplois ont été perdus dans les 15 pays où les directives ont été imposées.

Dans le secteur de l’éducation, où la majeure partie des fonds consacrés aux salaires des enseignant·e·s et aux mesures visant à améliorer les normes d’enseignement a fait l’objet de coupes sombres, la qualité de l’éducation a considérablement baissé. En conséquence, les élèves sont encadrés par un corps enseignant non-professionnalisé qui a lui-même des difficultés à répondre à ses besoins quotidiens. C’est le cas au Népal et dans d’autres pays où les directives ont été imposées. Les enseignant·e·s sont essentiel·le·s à la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et constituent l’épine dorsale du pays et de l’économie. Cependant, lorsque le secteur de l’éducation et la profession sont mal traités, l’avenir des élèves et du pays est compromis.

Menaces contre l’éducation de qualité

Le Népal fait partie des pays où les directives ont été imposées par le gouvernement. Bien que le pays soit classé comme l’un des plus pauvres du monde, le secteur de l’éducation était en progrès par rapport aux décennies précédentes. Le taux de scolarisation avait augmenté et des écoles avaient été créées dans toutes les régions du pays. Aujourd’hui, cependant, la directive du FMI a entravé la mise en place d’une éducation de qualité dans le pays. Cette mesure s’est traduite par la dégradation du matériel pédagogique, la démotivation du corps enseignant, l’absence d’infrastructures appropriées et des pertes d’emplois, car les fonds indispensables que devrait allouer le gouvernement manquent. Avec un tel bilan, le secteur de l’éducation a perdu une décennie. Dans les entretiens menés, il est apparu clairement que le matériel pédagogique ne répondait pas aux besoins des élèves. De plus, les enseignant·e·s ont dû cumuler un deuxième emploi pour gagner leur vie car leur traitement ne suffisait pas à couvrir leurs besoins quotidiens.

Aujourd’hui, les conditions offertes aux élèves sont toujours inadéquates, la majorité des enfants des régions rurales ne bénéficiant pas d’une éducation de qualité. Cette situation est due à la pénurie de ressources éducatives, au nombre insuffisant de formateur·trice·s et à l’état déplorable des infrastructures physiques. À titre d’illustration, la plupart des écoles publiques manquent de ressources éducatives modernes telles que des laboratoires informatiques bien équipés, et les élèves savent à peine utiliser les ordinateurs et ne connaissent pas les à-côtés de la technologie. En outre, les conditions de vie des enseignant·e·s sont affectées car leurs salaires sont insuffisants et irréguliers. Par ailleurs, le personnel enseignant connaît des difficultés pour acheter les produits de première nécessité, avec un taux d’inflation qui devrait encore augmenter dans le pays en 2022 et 2023. Partout dans le pays, des enseignant·e·s ont quitté la profession en quête de perspectives plus favorables. Certain·e·s créent leur propre entreprise ou optent pour les écoles privées afin de bénéficier d’un meilleur salaire, malgré les problèmes auxquels le personnel enseignant dans ces établissements a dû faire face. En outre, bon nombre d’enseignant·e·s des écoles publiques ont émigré à la recherche de meilleures perspectives d’emploi, en raison de l’incapacité du Népal à leur offrir un niveau de vie élevé. Pendant la pandémie, de nombreux enseignant·e·s contractuel·le·s, suppléant·e·s et issu·e·s du privé engagé·e·s par le gouvernement ont été licencié·e·s, les écoles n’étant pas en mesure de les prendre en charge.

En termes d’infrastructures, les travaux de construction et de réparation des écoles ont été suspendus, ce qui ne permet pas aux enfants d’apprendre dans un environnement sûr.

Le dirigeant de la section syndicale, Surendra Ghimire, a déclaré : « Nous sommes confrontés à des problèmes tels que la diminution du nombre de salles de classe et de cours de récréation, ainsi qu’à une pénurie d’outils TIC. Nous organisons des cours en ligne ces jours-ci, mais nos enseignants et enseignantes ne sont pas formés à gérer l’enseignement virtuel. Les écoles doivent disposer de laboratoires informatiques et d’appareils multimédias. Nous n’avons pas assez d’enseignants et enseignantes dans les différentes matières. Le ratio élèves/enseignant atteint 65:1. Nous attendons davantage de crédits de la part du gouvernement. »

Le rôle des syndicats d’enseignants

Pour remédier à ces problèmes, les syndicats d’enseignants collaborent avec le gouvernement afin d’en limiter les effets négatifs. Ils prennent part à de nombreux processus décisionnels. Ils ont tenté de convaincre le gouvernement et les autres autorités compétentes d’augmenter la contribution annuelle au secteur de l’enseignement public et de porter le budget annuel de l’éducation à au moins 25 pour cent du budget total. Rajendra Raj Paudel, dirigeant syndical national, a souligné qu’« aucune mesure de sécurité n’a été prévue par le gouvernement à l’égard du corps enseignant et des étudiants et étudiantes, pour le fonctionnement des écoles et des cours en ligne. Les cours en ligne ont été déployés après six mois de confinement, ce qui a aggravé les conditions. Certes, des cours en ligne, des séances multimédia (télévision, radio) et des prises de contact ont été mis en place mais sans atteindre pleinement leur potentiel. »

Un autre problème a été soulevé par Hom Kumar Thapa, président d’un syndicat national : « Un grand nombre d’enseignants et enseignantes ont perdu leur emploi dans des écoles privées parce qu’ils ne disposaient pas des outils ou des compétences nécessaires pour dispenser des cours en ligne ».

En raison des instructions du FMI imposant de réduire les dépenses publiques, la situation du secteur de l’éducation s’est détériorée. D’autres industries ont également été touchées, mais les conséquences des coupes budgétaires se sont fait davantage sentir dans l’éducation que dans les autres secteurs. En outre, l’éducation constituant l’épine dorsale de tout pays, le manque de financement se traduira par des conditions de travail dégradées le corps enseignant et, en fin de compte, portera atteinte au droit à une éducation de qualité et d’accès équitable pour tous les élèves. Ces décisions auront un impact durable sur la situation globale du Népal, qui ne pourra plus compter que sur un personnel semi-qualifié, et le pays aura du mal à remonter la pente car il sera trop tard.

1. ^

Fonds monétaire international. (2020). CONSULTATION 2020 SUR L'ARTICLE IV. Washington : Fonds monétaire international.

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