Cambodge : les syndicats unissent leurs forces pour demander davantage d’investissements nationaux dans l’enseignement public et les enseignant·e·s
Le système éducatif cambodgien continue de faire face à une grave pénurie d’enseignant·e·s, avec des classes comptant en moyenne 44 élèves dans les zones rurales et jusqu’à 71 élèves dans les grandes villes telles que Phnom Penh. Les salaires du personnel enseignant restent également insuffisants pour assurer un niveau de vie décent, ce qui contribue à un faible moral, à un taux d’attrition élevé et à des difficultés croissantes en matière de recrutement.
La réunion de planification de la campagne La force du public : ensemble on fait école !, organisée avec les affiliés nationaux de l’Internationale de l’Éducation (IE) — la Cambodian Independent Teachers’ Association (CITA) et la National Education Association for Development (NEAD) — visait à renforcer le plaidoyer syndical en faveur d’un financement public accru de l’éducation et de la profession enseignante, conformément à la campagne La force du public : ensemble on fait école ! de l’IE et aux recommandations du Groupe de haut niveau des Nations Unies sur la profession enseignante.
L’événement s’est déroulé avec le soutien financier du Syndicat norvégien de l’éducation du 12 au 14 décembre 2025 dans la capitale, Phnom Penh.

Défis auxquels sont confrontés la profession enseignante et le système éducatif cambodgiens
Les principaux défis identifiés lors de la réunion sont les suivants :
- Les faibles salaires et mauvaises conditions de travail, parallèlement à la nomination d’un grand nombre d’enseignant·e·s contractuel·le·s.
- La répression sévère des droits syndicaux, notamment les restrictions à la liberté d’association et à la négociation collective des enseignant·e·s.
- La persécution et l’intimidation des enseignant·e·s engagé·e·s dans des activités syndicales ou adhérant à des syndicats, créant un climat de peur et sapant l’espace démocratique.
- Des infrastructures scolaires inadéquates, des classes surpeuplées et un manque de services de base tels que l’eau potable et le matériel pédagogique.
Alors que le budget national du Cambodge pour 2025 s’élève à 9,32 milliards de dollars, seuls 548 millions de dollars ont été alloués à l’éducation, soit moins que les allocations accordées à plusieurs autres secteurs. En 2026, le budget national devrait passer à 10,2 milliards de dollars, soit une augmentation de 7,8 %, la santé et l’éducation recevant ensemble 1,88 milliard de dollars, contre 1,40 milliard pour la seule défense nationale.
Respecter les droits des enseignant·e·s pour améliorer les résultats des élèves
Abordant la question du rétrécissement de l’espace démocratique pour les éducateur·trice·s, les participant·e·s à la réunion ont souligné que l’amélioration des résultats scolaires est indissociable du respect des droits fondamentaux des enseignant·e·s.
Les participant·e·s ont convenu que le respect de la liberté d’association et des droits démocratiques des enseignant·e·s est essentiel pour constituer un corps enseignant stable et motivé. Sans ces droits, les réformes du financement et de la qualité de l’éducation ne peuvent aboutir.
Élaboration de plans d’action nationaux alignés sur les principales recommandations des Nations Unies concernant la profession enseignante
Les participants ont également examiné comment la campagne La force du public : ensemble on fait école ! et les recommandations des Nations Unies peuvent être utilisées comme outils stratégiques pour le plaidoyer au niveau national, en reliant les engagements politiques mondiaux à la réalité vécue par les enseignant·e·s et les élèves à travers le Cambodge.
La CITA et la NEAD ont toutes deux élaboré des plans d’action nationaux alignés sur les principales recommandations des Nations Unies concernant la profession enseignante, comprenant :
- La revalorisation du statut de l’enseignement et du respect de la profession (R1).
- L’amélioration des conditions de travail et du bien-être des enseignant·e·s, notamment en ce qui concerne la charge de travail et la santé mentale (R2).
- La garantie de salaires équitables et adéquats liés au coût de la vie (R5).
- La remédiation à la pénurie d’enseignant·e·s et aux inégalités de répartition, en particulier dans les zones rurales (R7).
- Le développement de la formation professionnelle continue, en particulier dans les domaines des TIC, des STEM et des compétences numériques (R8).
- La défense des droits des enseignant·e·s et leur liberté d’association (R11).
- Le renforcement du financement et de la responsabilité en matière d’éducation (R19).
La réunion de planification de la campagne La force du public : ensemble on fait école ! a permis de traduire les engagements politiques mondiaux en stratégies nationales concrètes. En alignant leur plaidoyer sur les recommandations des Nations Unies relatives à la profession enseignante, les syndicats de l’éducation cambodgiens renforcent leur capacité à promouvoir un enseignement public à l’accès équitable et bien financé, ainsi qu’une profession enseignante respectée et protégée.

La réunion s’est conclue par un engagement à faire progresser la campagne La force du public : ensemble on fait école ! au Cambodge en mobilisant les enseignant·e·s, en renforçant les organisations enseignantes, en impliquant les communautés et en faisant pression sur les décideurs pour qu’ils considèrent l’éducation comme un bien public et non comme un coût.
Le 7 mars 2025, les syndicats de l’éducation cambodgiens se sont joints à d’autres organisations membres de l’IE d’Indonésie, de Singapour, de Malaisie et des Philippines à Bangkok, en Thaïlande, pour discuter et planifier la prochaine étape de la campagne La force du public : ensemble on fait école ! dans leurs pays et dans la région.