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Guyana et Canada : les enseignant·e·s apprennent les un·e·s des autres et se défendent mutuellement

Publié 12 janvier 2024 Mis à jour 17 janvier 2024

« J’ai le ferme sentiment qu’à chaque fois que des enseignantes et enseignants nous rejoignent, notre syndicat se renforce. » C’est ainsi que Hylin MacLaren, une institutrice primaire canadienne, a résumé son expérience de sa participation à des ateliers au Guyana dans le cadre du Projet Outre-mer de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE).

Julian Cambridge, vice-président du Syndicat des enseignantes et enseignants du Guyana (Guyana Teachers’ Union, GTU) chargé des formations et du perfectionnement professionnel, a confirmé le succès du partenariat établi avec la FCE dans le cadre du projet Outre-mer.

En juillet 2023, les enseignant·e·s canadien·ne·s et leurs collègues guyanais·es du GTU ont collaboré pendant deux semaines pour proposer aux enseignant·e·s locaux·ales participant aux ateliers des activités, des idées et des stratégies prêtes à l’emploi ainsi que les moyens de travailler avec le matériel disponible localement ou sans aucun matériel. « Le fait que les enseignantes et enseignants puissent quitter les ateliers et réaliser ces activités et ces idées dans leurs classes le lendemain fait de cette expérience de la coopération au développement une expérience durable », a souligné Mme MacLaren.

Depuis 1962, les enseignant·e·s canadien·ne·s collaborent avec des collègues des pays en développement dans le cadre du projet Outre-mer de la FCE afin d’améliorer l’enseignement et l’apprentissage et de promouvoir une éducation universelle financée par l’État universelle, équitable et de qualité. En 2003, la FCE a envoyé 15 équipes de quatre enseignant·e·s canadien·ne·s dans 12 pays différents, soit un total de 60 enseignant·e·s coopérant·e·s. Mme MacLaren en faisait partie. Pour son troisième projet – le premier a eu lieu en 2017 –, elle s’est rendue dans la région de Rupununi, dans le sud-ouest du Guyana, à la frontière de l’Amazonie brésilienne.

Un projet de perfectionnement professionnel pour les enseignant·e·s

Mme MacLaren a également insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un « projet de perfectionnement pour les enseignant·e·s » et non d’une « mission » : « Le terme ‘mission’ a une connotation coloniale. Il s’agit d‘une collaboration ».

Dès leur sélection, les participant·e·s suivent une préparation approfondie avant de se rendre à l’endroit qui leur a été assigné.

Rappelant qu’elle avait entendu parler du projet Outre-mer de la FCE par un collègue en 2015, Mme MacLaren a expliqué que son premier projet remontait à 2017. Sa motivation ? « J’aime être en mesure de partager mon expérience de l’enseignement supérieur avec des enseignantes et enseignants qui ne sont pas dans la même situation. »

Elle a également indiqué que sur les 151 participant·e·s aux ateliers, aucun·e n’avait fait d’études supérieures, que 63 d’entre eux·elles avaient moins de cinq ans d’expérience dans l’enseignement, dont 3 en étaient à leur première année d’enseignement. « Ils sont tous passés de l’enseignement secondaire à l’enseignement sans aucune formation et cela me dépasse, parce que je ne peux imaginer d’être jeté dans une salle de classe sans savoir réellement ce qu’il faut faire. En pareil cas, vous enseignez simplement comme on vous l’a appris. Vous vous rappelez juste comment vos enseignantes et enseignants faisaient et vous essayez de les imiter. »

Chaque fois que nous nous rendons à l’étranger dans le cadre du projet Outre-mer, nous savons à quoi nous attendre et nous essayons d’apporter des stratégies générales différentes, a-t-elle expliqué. Ensuite, nous collaborons avec les enseignant·e·s locaux·ales. Nous devons faire preuve de souplesse et changer nos plans pour l’adapter à ce qui va fonctionner avec eux·elles, parce qu’il arrive que les classes soient plus nombreuses ou regroupent plusieurs années. « Nous devons proposer des stratégies qu’ils puissent appliquer dans leurs classes, avec très peu de ressources ou pas de ressources du tout. Je pense que la chose la plus difficile que j’ai apprise d’un projet précédent était comment enseigner sans disposer d’aucune ressource. Très souvent, ils n’ont pas les supports que nous utilisons au Canada pour enseigner. »

Trois résultats principaux des ateliers

Après que les enseignant·e·s canadien·ne·s ont rassemblé et examiné les questionnaires d’évaluation des cours à la fin des ateliers organisés au Guyana, trois points principaux sont apparus, selon Mme MacLaren.

Premièrement, les enseignant·e·s guyanais·es ont appris comment rendre leur classe et leur environnement scolaire plus sûrs, plus accueillants, plus attrayants et plus interactifs. « Nous avons beaucoup parlé de la discipline positive et de la manière d’utiliser des ressources pratiques et de mener des activités d’apprentissage actif et d’apprentissage coopératif. »

Le deuxième élément qui est ressorti de l’évaluation était d’assurer l’égalité des chances d’apprentissage en classe. Pour Mme McLaren, notre collègue qui a présenté les sessions sur l’égalité des genres a inclus beaucoup de jeux de rôle dans ses activités et a réellement donné un sens réel à ce sujet pour les enseignant·e·s, qui ont appris beaucoup de choses sur la manière d’inclure les élèves, filles et garçons, dans leurs classes respectives.

Le troisième point qui s’est dégagé était que les enseignant·e·s étaient extrêmement motivé·e·s à partager ce qu’il·elle·s ont appris, à l’appliquer et à le partager avec leurs collègues une fois de retour dans leur établissement.

Elle a ajouté que, « en tant qu’enseignante et enseignant participant à un atelier de perfectionnement professionnel, vous examinez les stratégies que l’on vous enseigne avec votre propre regard et vous les adaptez à votre classe et à votre situation. Je suis certaine que nous avons apporté notre pierre au Guyana. »

Un projet de renforcement syndical

Mme MacLaren considère également que le programme a renforcé le syndicat local de deux manières.

Tout d’abord, grâce à la session consacrée au syndicalisme lors des ateliers. Mme MacLaren a déclaré que le gouvernement du Guyana s’est récemment immiscé dans la capacité des enseignant·e·s à adhérer au syndicat. C’est la raison pour laquelle un grand nombre d’enseignant·e·s ne connaissent ni le syndicat ni leurs droits en tant qu’enseignant·e·s ou les avantages qu’il·elle·s peuvent retirer de l’affiliation au syndicat. « Ils ont appris énormément sur ce qu’ils pouvaient attendre de leur affiliation. Sur les 150 participantes et participants, 57 seulement étaient affiliés au syndicat au début des sessions. À la fin des deux semaines, ils envisageaient toutes et tous, à l’exception de deux, de rejoindre le syndicat, ce dont nous sommes fiers. »

La seconde manière dont le syndicat a tiré avantage du projet est la collaboration des enseignant·e·s. « Chaque fois que nous nous réunissons en tant qu’enseignantes et enseignnans, nous comprenons que nous avons en commun les mêmes préoccupations de base, les mêmes besoins et les mêmes problèmes dans nos classes, nous devenons plus forts, parce que nous nous encourageons mutuellement, et notre passion pour l’enseignement grandit. Je sais que c’est un bénéfice que j’ai retiré de ce projet également », a reconnu Mme MacLaren.

Une aide pour changer les pratiques en classe

Interrogée sur la question de savoir si elle a elle-même modifié quelque chose dans sa pratique en classe ou si elle aimerait expérimenter quelque chose avec sa classe, Mme MacLaren a répondu : « Je suis reconnaissante de l’occasion qui m’a été donnée de me perfectionner sur le plan professionnel et pour les nombreuses ressources dont je dispose et que j’ai appris à ne pas attendre. Grâce aux ateliers, j’ai appris à enseigner plus simplement. C’est vraiment la leçon que j’en ai tirée. Les enseignantes et enseignants donnent parfois cours avec rien ou avec très peu et j’ai intégré cela dans ma classe : faire mieux avec moins. »

Julian Cambridge, vice-président du GTU, a fait part de son point de vue. « Je participe à ce programme d’été de formation en cours d’emploi de la FCE depuis 2011 », a-t-il déclaré, en indiquant que le GTU a collaboré avec la FCE pour faire en sorte que pendant la pandémie de COVID-19, les enseignant·e·s guyanais·es suivent des formations en ligne.

« À la fin de 2022, le GTU a reçu un courriel de la FCE indiquant qu’elle souhaitait relancer le programme et demandant si le GTU était intéressé. Nous avons confirmé notre intérêt et sur les 11 districts éducatifs du Guyana, nous avons choisi de nous rendre là où les enseignantes et enseignants indigènes travaillent. Dans la demande, nous avons expliqué qu’avant la pandémie, nous n’avions fait qu’un an à Lathem et nous voulions y retourner pour faire en sorte de donner aux enseignantes et enseignants la possibilité de bénéficier d’un cycle de deux ans, même s’il y avait eu une interruption entre les deux années. Nous avons décidé avec la FCE que nous aurions 150 participantes et participants de notre organisation. »

Il a également ajouté : « En tant que vice-président de mon syndicat chargé du syndicalisme et du perfectionnement professionnel, je fais tout ce qu’il faut pour mettre nos enseignantes et enseignants à l’aise et tout ce dont l’organisation peut bénéficier et être fière. »

En ce qui concerne la sélection des participant·e·s, il a indiqué qu’après une discussion avec le responsable régional de l’éducation, il a choisi les participant·e·s en fonction des besoins de la région et des écoles.

Au sujet de l’impact et des bénéfices mutuels du projet Outre-mer, il a reconnu : « Même si nos collègues du Canada sont venus avec leur méthodologie, nous avons constaté qu’ils repartaient en emportant dans leurs bagages la méthodologie que nous utilisons ici, qu’ils ont appris de nos collègues ici. C’est un processus qui fonctionne dans les deux sens. »

Sujets des ateliers

En ce qui concerne les sujets des ateliers, il a confirmé qu’avant la pandémie, les sessions du projet Outre-mer étaient axées sur des thèmes tels que les mathématiques, l’anglais ou les sciences. « Mais toutes les enseignantes et tous les enseignants dans la salle ne pouvaient pas en bénéficier. Prenons l’exemple des stratégies que nous avons enseignées pour les mathématiques. Cela ne s’applique pas nécessairement de la même façon aux enseignantes et enseignants des différents niveaux d’enseignement. C’est pourquoi nous sommes passés à des sujets généraux qui peuvent servir à toutes les enseignantes et tous les enseignants, comme le leadership et l’éducation, la gestion de la classe, le travail avec des élèves ayant des besoins particuliers ou l’égalité des sexes. Cela s’applique à l’ensemble des enseignantes et enseignants. Peu importe que vous donniez cours dans le primaire ou dans le secondaire, vous pouvez tirer profit de ces stratégies. »

En juillet 2023, les enseignant·e·s canadien·ne·s ont couvert quatre thèmes différents : la gestion de la classe, l’éducation inclusive, le leadership et l’enseignement différencié. Leurs collègues guyanais·es ont abordé deux autres sujets : le syndicalisme et l’égalité des genres.

Pourquoi le GTU a-t-il choisi de se concentrer en particulier sur le syndicalisme et les stéréotypes de genre durant les ateliers ? M. Cambridge a observé que les enseignant·e·s n’ont pas souvent l’occasion de se réunir pour discuter de questions syndicales. « Nous avons estimé que l’occasion serait idéale et que ce serait intéressant pour les nouvelles enseignantes et nouveaux enseignants de discuter de l’importance du syndicat et de la manière dont il peut les aider. En ce qui concerne les stéréotypes de genre, nous avons pensé que c’était une question pertinente dans le monde entier et nous voulions apprendre une méthodologie différente et savoir comment le sujet est traité dans un autre pays, le Canada. »

Suivi de la mise en œuvre des activités du projet

M. Cambridge a continué en décrivant le suivi des ateliers et en indiquant que le ministre de l’Éducation du Guyana a récemment indiqué que son administration s’efforce de faire en sorte que chaque école dispose d’enseignant·e·s qualifié·e·s et qu’elle va diplômer plus de 33,000 enseignant·e·s du Teacher Training College.

Toutefois, en raison de la localisation de certaines écoles, il est difficile que des personnes quittent l’école pour se former, a-t-il déclaré, en se félicitant du fait qu’il existe désormais un programme de formation pour les enseignant·e·s. Deux participant·e·s aux ateliers lui ont demandé des conseils après avoir rejoint le centre de formation des enseignant·e·s, a-t-il poursuivi.

M. Cambridge a également relevé que quatre des co-tuteur·trice·s guyanais·es qui ont travaillé avec les équipes canadiennes sont des directeur·trice·s d’école et il assure recevoir leurs commentaires de temps à autre sur les activités qu’ils ont appris à utiliser.

« Des professeures et professeurs d’université ont été surpris par certaines activités des enseignantes et enseignants, parce qu’ils ne connaissaient pas certaines d’entre elles. Les enseignantes et enseignants du GTU du centre de formation des enseignants aident leurs collègues en utilisant des activités apprises durant les ateliers. Dans chaque section du GTU, nous avons des cadres et ils s’assurent avec leurs collègues que les activités apprises sont bien appliquées », a-t-il également déclaré.

M. Cambridge a encore précisé que le GTU diffuse des émissions de radio et de télévision qui mettent l’accent sur les activités syndicales prévues. Le GTU utilise aussi des pages Facebook axées sur l’éducation ainsi que sa page officielle sur Facebook pour partager des idées et le contenu des ateliers.