Belgique : des milliers de personnes dans la rue pour défendre l’enseignement public et l’avenir de la jeunesse
À Bruxelles, entre 6.500 et 8.000 personnes ont participé à une vaste marche citoyenne pour dénoncer les politiques d’austérité qui frappent l’enseignement et la jeunesse en Belgique. Cette mobilisation se veut représenter un tournant et s’inscrit dans une dynamique plus large de défense du droit à un enseignement public, gratuit et de qualité.
Une mobilisation citoyenne d’ampleur pour l’école et la jeunesse
Familles, enseignants, élèves, étudiant∙e∙s et acteurs du monde associatif ont défilé ensemble à Bruxelles le 25 janvier 2026 pour défendre l’avenir de l’école et celui des jeunes. Parmi les slogans sur des drapeaux et pancartes figuraient: « L’École mérite des moyens, pas du mépris », « Enseignement sacrifié, démocratie en danger » ou encore « École attaquée, avenir menacé ». Tous portaient un message clair : face aux politiques d’austérité, l’école ne peut être une variable d’ajustement budgétaire. Aux côtés des syndicats de l’éducation, des associations de parents, des élèves et étudiant∙e∙s, ainsi que de nombreuses organisations citoyennes ont répondu présentes, illustrant un malaise qui dépasse largement le seul cadre scolaire.



Pour la CSC Enseignement, « l’heure est grave »
Pour la CSC Enseignement, syndicat affilié à l’Internationale de l’Éducation, cette marche citoyenne constitue un moment charnière.
« Nous sommes satisfaits qu’autant de personnes, pour une première mobilisation de ce type, se déplacent un dimanche de janvier pour dire leur inquiétude face à l’avenir de leurs enfants et de l’enseignement », a déclaré Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC Enseignement.
Le responsable syndical a souligné que la mobilisation traduit une prise de conscience collective : « Ici, on dépasse largement le cadre de l’enseignement. Nous avons voulu être le point de départ d’un élan citoyen, parce que l’heure est grave », a-t-il insisté.
Austérité et mise en danger du droit à l’éducation
Les syndicats dénoncent une série de mesures budgétaires qui fragilisent l’enseignement et aggravent les inégalités sociales : taxation des inscriptions dans les académies, hausse du coût des stages Adeps qui encouragent la pratique sportive, suppression de repas pour les élèves les plus précaires, augmentation du minerval dans l’enseignement supérieur ou encore gel de certaines subventions.
Selon Roland Lahaye, ces choix politiques mènent à une impasse sociale, les mesures prises ou annoncées conduisent à « une société de l’exclusion et « des jeunes risquent d’être laissés sur le bord de la route et cela, nous ne pouvons le tolérer ».
Il a pointé également l’affaiblissement du dialogue social et l’absence d’écoute du terrain. Selon lui, le gouvernement reste sourd aux inquiétudes du terrain et la concertation est devenue « formelle ». « Le signal clignote aujourd’hui à l’orange, avant de passer au rouge », a-t-il prévenu.
Réformes du tronc commun : inquiétudes dans les écoles
Parmi les préoccupations majeures figure l’avenir du tronc commun dans l’enseignement secondaire. Les adaptations décidées par le gouvernement MR/Engagés, notamment la réintroduction d’options dès la troisième secondaire, suscitent une vive opposition syndicale. Les enseignant∙e∙s dénoncent un flou organisationnel et craignent une remise en cause des objectifs du Pacte pour un enseignement d’excellence, initialement conçu pour renforcer l’égalité et retarder les mécanismes de sélection scolaire.
Ces réformes, combinées à une pénurie croissante d’enseignant∙e∙s et à une charge de travail accrue, alimentent un profond malais dans les établissements.
Des revendications claires, en phase avec la campagne « La force du public »
Dans leur appel commun à la manifestation, parents, élèves, enseignant∙e∙s et travailleur∙euse∙s du secteur éducatif se disent « inquiets face aux politiques d’austérité qui s’attaquent à la jeunesse et sacrifient l’avenir de nos enfants et nos jeunes. »


Ils refusent « un enseignement qui exclut au lieu de soutenir et outiller » et dénoncent « l’incertitude et le chaos imposés » par les politiques actuelles et « ce gouvernement qui ferme les yeux face au mal-être de la jeunesse ».
Ils exigent « un enseignement de qualité, gratuit, accessible à toutes et tous », « un enseignement émancipateur et non un enseignement qui casse les plus fragiles » et « une action politique qui réduit les inégalités au lieu de les renforcer ».
Cette marche citoyenne n’est qu’un premier temps fort. D’autres mobilisations sont annoncées dans les mois à venir, afin de défendre durablement l’école publique, les personnels de l’éducation et le droit fondamental de chaque enfant à une éducation émancipatrice.
Ce combat est pleinement partagé par l’Internationale de l’Éducation et nombre de ses organisations membres, confrontées à des politiques similaires d’austérité, de sous-financement et de remise en cause des services publics d’éducation à travers le monde.
C’est d’ailleurs pourquoi l’Internationale de l’Éducation a lancé il y a trois ans sa campagne « La force du public : ensemble on fait école ! », un appel urgent aux gouvernements pour qu'ils investissent dans l’enseignement public, un droit humain fondamental et un bien public, et qu'ils investissent davantage dans les enseignant·e·s, le facteur le plus important pour parvenir à une éducation de qualité.
Dans sa lettre de soutien à la mobilisation des affiliés belges, le secrétaire général de l’Internationale de l’Internationale de l’Éducation, David Edwards, fait valoir que « les difficultés que vous dénoncez — attaques contre le financement de l’enseignement public, dégradation des conditions de travail des personnels, incertitudes croissantes pour les familles, les jeunes et les communautés éducatives, montée des inégalités scolaires — ne sont malheureusement pas propres à la Belgique. Elles s’inscrivent dans une tendance mondiale que nous combattons avec détermination. »
« L’Internationale de l’Éducation se tient donc à vos côtés, avec la conviction que la réussite de vos mobilisations — et de celles menées dans de nombreux autres pays — contribue à renforcer un mouvement global pour défendre l’école publique et le statut des personnels de l’éducation », ajoute-t-il. « Ensemble, au-delà des frontières, nous portons un message commun : financer l’enseignement public, c’est investir dans l’avenir. »
Il conclut : « Nous saluons votre engagement constant et votre détermination à défendre les droits des travailleurs et travailleuses de l’éducation, des élèves et des familles. Vous pouvez compter sur notre solidarité et notre soutien continu dans cette lutte essentielle. »