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Mondes de l'éducation

Le Congrès de l’Internationale de l’Éducation en Argentine : un héritage de force et d’espoir

Publié 3 mars 2026 Mis à jour 3 mars 2026
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En 2024, mon pays, l’Argentine, s’est converti en épicentre de l’éducation mondiale. Pendant une semaine, le Congrès de l’Internationale de l’Éducation (IE) y a rassemblé des personnels, des activistes et des syndicalistes de l’éducation du monde entier. L’énergie était palpable. En tant que membre du syndicat ADIA, affilié à la Confédération des éducateurs et éducatrices d’Argentine (Confederación de Educadores Argentinos - CEA), j'ai eu le privilège de constater personnellement à quel point nos luttes locales rejoignent celles de nos collègues ailleurs dans le monde. Outre la fierté qu’a suscitée pour nous cette expérience, elle nous a également rappelé l’immense pouvoir de la solidarité.

Avant cette rencontre, nous avons souvent eu le sentiment d'être livrés à nous-mêmes dans notre combat. La revendication de salaires justes, la défense de l’enseignement public et la protection de notre travail quotidien sont des luttes qui peuvent se révéler épuisantes. En Argentine, nous faisons face à des défis constants : coupes budgétaires, manque d’investissement, précarisation de l’emploi et, très souvent, une douloureuse dévalorisation de notre profession. À cela s’ajoute la frustration de ne constater aucune amélioration au niveau de l’offre éducative, ce qui limite notre capacité à innover et à proposer à nos élèves l’enseignement qu’ils et elles méritent. Ce congrès a, cependant, complètement changé la donne. En écoutant un enseignant d’Afrique du Sud parler de la lutte contre la privatisation de l’éducation, ou un collègue de France relater les efforts entrepris pour améliorer les conditions de travail, nous nous sommes rendu compte que nous partagions des défis communs. Un même combat est mené sur différents fronts, au nom d’une seule et même cause.

Bien plus qu’un simple échange d’expériences, cet événement a constitué une formidable source de motivation. Je me souviens particulièrement des discussions sur l’impact de l’intelligence artificielle sur l’éducation. Alors que l’IA suscitait une réelle appréhension chez certains, d’autres discutaient de la manière dont elle pouvait être utilisée pour libérer les enseignantes et enseignants des tâches administratives et ainsi leur permettre de se concentrer sur l’essentiel : l’interaction humaine et le développement de la pensée critique chez les élèves. De tous ces échanges de points de vue divers nous sommes ressortis avec de nouveaux outils et une vision plus large pour relever les défis technologiques dans notre propre contexte. Cela nous a aussi permis de prendre conscience que la lutte syndicale ne se limite plus à la rue, mais s’étend désormais aussi à la sphère des idées et de l’innovation.

Plus d’un an après, l’héritage de cette rencontre au sommet reste vivace dans notre travail quotidien. La force que nous avons acquise durant ces journées se reflète dans la cohésion de notre confédération, la CEA, et dans la manière dont nous abordons les négociations. Nous savons que nous sommes soutenus par un réseau mondial. Cette prise de conscience nous donne la capacité d’action et la confiance nécessaires pour aller de l’avant, même lorsque le climat politique ou social est défavorable. Notre syndicat et notre confédération ont acquis une plus grande visibilité aux niveaux local et régional. Nos actions sont désormais suivies et soutenues par une communauté plus large qui s’étend bien au-delà de nos frontières.

Il s’agit là, par essence, du pouvoir de l’action collective. Cela ne se limite pas à une augmentation salariale ou à de meilleures conditions de travail, même si ces aspects sont essentiels. Il s’agit de nous rappeler à nous-mêmes et au monde entier que nous protégeons un droit humain fondamental. La solidarité qui s’est forgée à Buenos Aires continue d’être la lumière qui nous guide et la force qui nous inspire à continuer de défendre une éducation publique de qualité pour toutes et tous. La solidarité est notre force. Ensemble on fait école !

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.