Argentine : mobilisation massive au 50e anniversaire du coup d’État civico-militaire
À l’occasion du 50e anniversaire du coup d’État civico-militaire en Argentine, des milliers de travailleur·euse·s, des syndicats nationaux et internationaux et des organisations sociales, politiques et de défense des droits humains ont réaffirmé leur engagement en faveur de la mémoire, de la vérité et de la justice. Les événements commémoratifs ont inclus des conférences, des panels, des meetings et des mobilisations de masse.
Justice pour les victimes, condamnation des bourreaux
50 ans après les événements de 1976, les syndicats argentins de l’éducation, en conjonction avec leurs centrales des travailleur·euse·s et avec le concours de l’Internationale de l’Éducation, ont organisé un important programme d’activités commémoratives.
Cet événement international coorganisé par la CTA-T, la CTA-A et la CGT avait pour mot d’ordre « 50 ans après le coup d’État : résistons à la dictature d’hier et au fascisme d’aujourd’hui ! ». Les organisations membres de l’Internationale de l’Éducation en Argentine, CTERA, CEA et Conadu, ont convoqué la journée d’activités qui a réuni quelque 300 participant·e·s et 73 délégué·e·s d’organisations syndicales représentant 18 pays.
À l’ordre du jour, des tables rondes sur le thème « 50 ans après le Plan Condor » ont analysé la coordination répressive à l’échelle régionale, son impact en Amérique latine et ses prolongements aujourd’hui. D’autres panels sur le thème « Le rôle du syndicalisme dans la résistance à la dictature et la promotion des procès pour la vérité » ont mis en lumière le rôle du mouvement syndical dans la défense des droits humains, de la mémoire, de la démocratie et de la construction de la justice face aux crimes contre l’humanité.
Une plénière du Movimento Syndical de Lanús a également eu lieu, à laquelle a assisté Roberto Baradel, secrétaire aux relations internationales de la CTA-T et membre du Bureau exécutif mondial de l’Internationale de l’Éducation.
La Plaza de Mayo de Buenos Aires a été le théâtre d’un rassemblement massif. Les manifestant·e·s ont défilé dans les rues en brandissant des bannières à la mémoire des 30.000 personnes détenues-disparues et des 880 enseignant·e·s détenu·e·s-disparu·e·s, réaffirmant d’une voix ferme le slogan « ¡Nunca Más! » (« Plus jamais ça ! »).
Interrogée à propos du contexte de la marche et des activités, Sonia Alesso, secrétaire générale de la Confederación de Trabajadores de Educación de l’Argentina (Confédération des travailleur·euse·s de l’éducation en Argentine – CTERA) et présidente du Comité régional de l’Internationale de l’Éducation pour l’Amérique latine (IEAL), a évoqué les conséquences de l’arrivée au pouvoir du président Javier Milei.
Mme Alesso a expliqué que les syndicats de l’enseignement ont assisté à un recul considérable des politiques de droits humains conquises au prix de longues années de lutte. Elle a précisé que des politiques publiques essentielles à la recherche de la vérité, de la mémoire et de la justice sont en train d’être démantelées et que des patrimoines historiques fondamentaux comme les sites mémoriaux, y compris le Musée et lieu de Mémoire ESMA et d’autres centres de détention clandestins, sont en train d’être détruits dans le cadre d’un désengagement financier et de tentatives de reconversion de ces sites en projets immobiliers.
Les espaces publics d’accès à la mémoire s’inscrivent dans le cadre des efforts déployés par les gouvernements progressistes pour sensibiliser la population aux processus judiciaires visant les responsables de la dictature et les crimes contre l’humanité. En Argentine, les syndicats enseignants membres de l’Internationale de l’Éducation ont pris part à ces efforts à travers des initiatives telles que « Yo fui a los juicios con mi profe » (« Je suis allé aux procès avec mon/ma prof »), entre autres.
Alors qu’une étude de l’Université de Buenos Aires (UBA) et du Centro de Estudios Jurídicos y Sociales (CELS) publiée en 2026 montre que 70 % de la population argentine condamne la dictature militaire, les 30 % restants montrent qu’il s’agit d’une question qui fait toujours polémique dans le débat public, soulignant combien il est important de préserver la mémoire de la dictature militaire. C’est d’autant plus pertinent à une époque où les parties qui demandent la grâce et l’oubli pour les accusés en cours de jugement et les criminels condamnés bénéficient du soutien de l’État.
Solidarité internationale, mobilisation nationale
En tant que partie intégrante de cette mobilisation historique, une délégation de l’Internationale de l’Éducation a pris part activement aux événements de la journée commémorative. David Edwards, secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation, a défilé aux côtés des responsables de la direction nationale du mouvement syndical argentin.
« Au cours de ces 50 dernières années, votre résistance, votre mémoire et votre lutte ont été portées à la connaissance du monde entier. Vous bénéficiez de la solidarité et du soutien des enseignants et enseignantes et des syndicats de l’enseignement du monde entier. Nous savons que vous avez tiré les leçons de l’histoire et que vous continuerez à l’enseigner, que vous continuerez à rêver, que vous continuerez à résister. Pour nous, il ne fait aucun doute que vous vaincrez et que nous serons à vos côtés à chaque étape de cette lutte », a déclaré M. Edwards.
L’Internationale de l’Éducation a réitéré son engagement en faveur des processus de préservation de la mémoire en Argentine. Dans une lettre adressée récemment à l’UNESCO, David Edwards a demandé que les faits rapportés soient examinés et que l’UNESCO travaille aux côtés du gouvernement argentin pour s’assurer que les changements proposés ne compromettent pas la valeur éducative universelle du Musée et lieu de Mémoire de l’ESMA et que des conseils et un suivi soient mis en place pour sauvegarder le site pour les générations futures.
De son côté, Sonia Alesso a souligné que la CTERA, l’Argentine et les organisations de défense des droits humains défendront chacun de ces espaces. En particulier le Musée et lieu de Mémoire de l’ESMA, par où sont passées des milliers de personnes torturées, assassinées et disparues. « Nous ne permettrons pas que notre mémoire soit effacée ou que l’histoire soit réduite au silence », a conclu Mme Alesso.