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Les syndicats de l’éducation à l’avant-garde de la lutte contre le harcèlement fondé sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre

Publié 11 mars 2026 Mis à jour 13 mars 2026

Le harcèlement fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles continue de priver des millions d’apprenant·e·s et de travailleur·euse·s de l’éducation de leur droit à une instruction et à un apprentissage sûrs, inclusifs et de qualité. Cette réalité, et l’urgente nécessité d’une action collective, se trouvait au cœur du webinaire mondial organisé par l’Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes ( ILGA World) qui portait sur les législations contre le harcèlement scolaire et le droit à l’éducation

Réunissant des expert·e·s des Nations Unies, des juristes, de jeunes militant∙e∙s et des syndicalistes de l’éducation, cet événement a fait passer un message clair : les syndicats de l’éducation constituent une partie prenante indispensable dans la lutte contre le harcèlement fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles et dans la mise en œuvre effective des protections légales au sein des communautés scolaires.

Harcèlement, sécurité et droit à l’éducation

« L’éducation ne se résume pas à l’accès et à la scolarisation. Il s’agit également de savoir si les élèves peuvent apprendre en sécurité, sont traités dignement et éprouvent un sentiment d’appartenance », a expliqué Graeme Reid, expert indépendant des Nations Unies sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Ouvrant la discussion qui s’est tenue le 27 février 2026, il a rappelé que le droit à l’éducation est indissociable de la sécurité et de la dignité.

Mettant en avant les principaux résultats du rapport qu’il a présenté lors de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies en novembre 2025, M. Reid a averti l’auditoire que les discriminations et le harcèlement fondés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre demeurent répandus et systémiques. « Les études montrent toutes que les élèves LGBT sont touchés de façon disproportionnée par les violences physiques, le harcèlement sexuel, les agressions verbales, le cyberharcèlement et l’exclusion sociale », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, M. Reid a insisté sur les répercussions à long terme des environnements scolaires hostiles : « Les élèves qui ne se sentent pas en sécurité sont plus susceptibles de manquer l’école, de se désinvestir de leur apprentissage voire d’abandonner complètement leurs études. Avec le temps, cela affecte leurs résultats scolaires, leur santé mentale et leurs perspectives d’avenir. »

Il a de plus souligné la responsabilité légale des autorités, notant que « le droit international interdit explicitement les discriminations dans l’éducation et exige des États qu’ils protègent les élèves du harcèlement, des violences et de l’exclusion en milieu scolaire. »

Base de données d’ILGA World : des preuves au service du plaidoyer

Une grande partie du webinaire était consacrée à la présentation de la nouvelle rubrique de la base de données d’ILGA World consacrée à la protection face au harcèlement scolaire (lien en anglais).

« Cette nouvelle rubrique recense les lois et les législations qui interdisent expressément le harcèlement scolaire fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles », a précisé Curro Peña Díaz, consultant pour ILGA.

Ces données, a-t-il fait observer, révèlent des disparités profondes à l’échelle mondiale : « Seule une minorité d’États Membres des Nations Unies dispose, au niveau national, d’une législation complète qui protège explicitement les élèves du harcèlement fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles. »

Tout en reconnaissant que le droit, à lui-seul, ne suffit pas, M. Peña Díaz a clairement exposé l’intérêt stratégique des lois : « La législation n’est pas un remède miracle, mais elle offre un cadre aux politiques, aux protocoles et au principe de responsabilité. Elle permet aux familles, aux élèves, aux syndicats et aux autorités éducatives de contester l’inaction. »

Pour les syndicats de l’éducation, cette base de données est un formidable outil qui permet d’appuyer les négociations, le plaidoyer et l’engagement politique en étayant les revendications de données comparatives solides.

En outre, le webinaire a abordé la question du harcèlement au-delà de la salle de classe.

Les travailleur∙euse∙s de l’éducation, également victimes de harcèlement

Michelle Mosupye, directrice générale de la National Professional Teachers’ Organisation of South Africa (Organisation nationale professionnelle des enseignant·e·s d’Afrique du Sud – NAPTOSA), a présenté le point de vue des syndicats et fait valoir que le harcèlement fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles ne concerne pas que les élèves mais aussi le personnel enseignant et éducatif.

« Nous parlons beaucoup des élèves, mais les enseignants et enseignantes aussi sont affectés. Leur santé mentale en souffre, le personnel enseignant ressent de l’anxiété et consulte parfois des psychiatres. »

Elle a décrit la manière dont les discriminations touchent particulièrement le corps éducatif transgenre et non binaire : « Le personnel enseignant qui ne se conforme pas aux normes de genre doit faire face à des discriminations de la part des directions d’école et d’une hiérarchie conservatrice, en particulier en zone rurale. »

Mme Mosupye a mis en lumière le rôle des syndicats dans l’élaboration des politiques et des pratiques : « En Afrique du Sud, la loi sur la politique nationale en matière d’éducation oblige le gouvernement à consulter les syndicats de l’éducation, ce qui nous donne un rôle primordial et nous permet d’influencer les orientations politiques afin de garantir que le corps enseignant comme les élèves ne soient pas victimes de discrimination. »

Elle a également évoqué l’engagement des syndicats dans la réforme des programmes scolaires. « Nous avons joué un rôle essentiel dans l’intégration dans les cursus d’une éducation complète à la sexualité, une matière appelée ‘orientation de vie’, du primaire au secondaire. »

En outre, Mme Mosupye a fait savoir que la NAPTOSA avait occupé une place importante dans l’instauration de lignes directrices en matière d’orientation sexuelle, d’identité et d’expression de genre et de caractéristiques sexuelles grâce à son implication dans un processus consultatif destiné à combattre le harcèlement scolaire fondé sur l’identité de genre et visant les élèves et le personnel enseignant non binaires ou transgenres.

Au niveau mondial, Mme Mosupye a rappelé que plusieurs résolutions adoptées lors des Congrès de l’Internationale de l’Éducation (IE) « traitent de la lutte contre le harcèlement, en particulier envers les personnes LGBTI+ ».

Espaces en ligne, protection légale et nouveaux risques

Enrique Gallego Capdevila, conseiller spécial au cabinet juridique Cooley, a évoqué la responsabilité des plateformes en ligne et des autorités de régulation.

Il a affirmé que « les plateformes ont l’obligation et la responsabilité de permettre aux jeunes d’interagir, de chercher des informations et d’envisager leur identité dans des espaces sécurisés ».

Toutefois, M. Gallego Capdevila, a mis en garde l’auditoire contre les politiques de vérification de l’âge trop restrictives : « Pour une partie de ces jeunes, la présence en ligne n’est pas un luxe. C’est une source de soutien psychologique, de validation par les pairs et d’information qui ne leur est accessible nulle part ailleurs. »

Ces observations font ressortir l’importance d’impliquer les syndicats dans les débats sur la régulation numérique, la protection de l’enfance et les technologies éducatives de manière à éviter que les mesures de sécurité ne portent pas atteinte aux droits.

Leadership des jeunes et changements à l’école

S’exprimant depuis les Philippines, Aaron James Villapando de l’organisation de jeunesse PANTAY (en anglais) a fait part d’exemples marquants de changements initiés par des élèves.

« La participation des jeunes ne devrait pas être instrumentalisée. Les élèves ne sont pas de simples bénéficiaires mais co-créent aussi les solutions », a-t-il reconnu.

Il a expliqué comment des outils tels que la carte de signalement arc-en-ciel aident les établissements scolaires à évaluer leur niveau d’inclusivité : « Nous demandons aux écoles si elles disposent de règlements contre le harcèlement, de formations sur les questions de genre, de services de santé mentale inclusifs et de mécanismes de signalement sûrs ».

Enfin, pour M. Villapando, le changement est possible lorsque la peur fait place au dialogue : « Quand on discute avec les administrations d’établissements, on se rend compte qu’elles agissent souvent par souci de protection et non par haine. Elles ont simplement besoin d’être orientées. »

Responsabilités des États

Pour conclure le webinaire, Farida Shaheed, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le droit à l’éducation, a lancé un appel à l’action fort.

« Le harcèlement fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles constitue une violation directe des obligations en matière de droits humains. Il ne s’agit pas d’une question secondaire », a-t-elle déclaré.

Le silence de la loi conduit au silence dans la pratique, a-t-elle prévenu. « Lorsque la législation se tait, les discriminations restent souvent invisibles et impunies. »

Mme Shaheed a poursuivi, estimant que les États devaient agir immédiatement : « L’obligation de garantir un environnement éducatif sûr et non discriminatoire est une obligation immédiate au titre du droit à l’éducation ».

Elle a par ailleurs insisté sur l’importance des syndicats et de la participation. « Enseignants, enseignantes, élèves, syndicats et communautés doivent être considérés comme des acteurs du changement. Leur voix doit contribuer à élaborer et à mettre en place les lois et les politiques. »

Un impératif syndical

Le webinaire d’ILGA a clairement établi que les syndicats de l’éducation sont au cœur de la lutte contre le harcèlement fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles. Ils défendent les travailleur·euse·s de l’éducation, élaborent des programmes scolaires inclusifs, participent au dialogue social et utilisent des outils tels que la base de données d’ILGA World, contribuant ainsi à transformer les écoles en espaces de sécurité, de dignité et d’égalité.

L’Internationale de l’Éducation et ses organisations membres du monde entier s’engagent pleinement dans ce combat. En tant que membre d’ILGA, l’IE affirme que lutter contre le harcèlement fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles est à la fois une responsabilité fondamentale des syndicats mais aussi une partie intégrante de la défense du droit à l’éducation pour tou∙te∙s. Les structures régionales d’ILGA et de ses organisations alliées offrent à l’IE et à ses membres d’importantes possibilités de collaboration devant permettre de soutenir ce travail aux niveaux national et local.