Indice des droits dans le monde : Les gouvernements manquent à leurs promesses, la répression s’intensifie contre les syndicats et les droits du travail
« Les gouvernements ne parviennent pas à protéger les travailleurs et les travailleuses et, dans de nombreux cas, les affaiblissent délibérément » – tel est le constat dressé par l’ Indice des droits dans le monde 2026. Publié chaque année par la Confédération syndicale internationale (CSI), ce rapport mondial qui passe à la loupe les violations des droits des travailleurs et travailleuses dans les régions et les pays du globe constate pour la quatrième année consécutive que la détérioration de ces droits se poursuit.
Une tendance inquiétante
72 % des pays refusent aux travailleurs et travailleuses l’accès à la justice. De même, la moitié de tous les pays signalent des arrestations ou le placement en détention de travailleurs et travailleuses pour avoir exercé leurs droits syndicaux, et une proportion identique font état d’atteintes au droit à la liberté d’expression et de réunion. Cette tendance à la répression des droits donne lieu à une intensification de la violence, le rapport indiquant des violences à l’encontre des travailleurs et travailleuses dans 32 % des pays, soit une augmentation de 6 %. Les violations des libertés civiles progressent de 3 % et les dirigeants et dirigeantes de syndicats sont de plus en plus pris pour cibles et victimes d’arrestations, de persécutions et même d’assassinats dans certains pays.
Le Bélarus, l’Égypte, l’Équateur, l’Eswatini, le Myanmar, le Nigeria, la Tunisie et la Türkiye, ainsi que l’Argentine et le Panama (les derniers pays à rejoindre à la liste), ont été identifiés comme les dix pires pays au monde pour les droits et libertés des travailleurs et travailleuses.
Les États-Unis, ainsi que la Guinée-Bissau, Israël, le Libéria, les Philippines, la République de Moldova et le Zimbabwe ont été inscrits sur la liste des « pays à surveiller » en raison d’une augmentation notable du nombre de violations. L’Europe et les Amériques enregistrent elles aussi un déclin significatif cette année, et leur pire note depuis la création de l’indice en 2014, ce qui témoigne d’un affaiblissement de la stabilité internationale et d’une atteinte systémique à la démocratie et aux droits du travail.
Le personnel enseignant face à la répression et à la violence
Le rapport met également en lumière des cas spécifiques de violations des droits auxquels sont confrontés les syndicats de l’éducation et les organisations membres de l’IE.
Réagissant au rapport, le président de l’IE, Mugwena Maluleke, a déclaré : « Partout dans le monde, le personnel enseignant est réduit au silence, arrêté, attaqué et privé de ses droits au seul motif d’avoir défendu l’éducation et la dignité. De l’Iran au Yémen, du Népal à l’Eswatini, de la Côte d’Ivoire à la Jordanie, la profession enseignante est délibérément prise pour cible, et avec elle les syndicats mêmes qui la défendent. Les violations des droits des enseignant·e·s sont une menace pour le droit à l’éducation. »
En Eswatini, l’Association nationale des enseignants et enseignantes du Swaziland (SNAT) est confrontée à une campagne de harcèlement persistante de la part du gouvernement. Le président de la SNAT, Mbongwa Dlamini, est suspendu de ses fonctions d’enseignant depuis 2022 dans le but de faire taire ses activités syndicales. Lot Vilakati, secrétaire général de la SNAT, a récemment été arrêté et sévèrement roué de coups par la police.
Au Panama, les membres du syndicat de l’enseignement MPU, affilié à l’Internationale de l’Éducation, ont organisé des grèves et des manifestations pour défendre le droit du personnel enseignant à une pension décente. Plutôt que de s’engager dans un dialogue, le gouvernement a réagi par une répression généralisée – notamment des passages à tabac, des arrestations arbitraires, des retenues de salaire et des persécutions à l’échelle communautaire – ciblant non seulement les enseignant·e·s, mais aussi les travailleurs et travailleuses du secteur de la banane et les communautés autochtones qui s’étaient associées aux manifestations.
Depuis de nombreuses années, le régime iranien cible les dirigeant·e·s et les membres du Conseil de coordination des associations syndicales d’enseignantes et d’enseignants iraniens (CCITTA) en raison de leurs activités légitimes et pacifiques visant à défendre des conditions de travail décentes, une éducation publique de qualité et les droits syndicaux. Les syndicalistes enseignants et les travailleurs et travailleuses de l’éducation continuent de faire l’objet de harcèlement systématique, d’arrestations et de détentions arbitraires pour le simple fait d’exercer leurs droits à la liberté d’expression et d’association.
Travailleur·euse·s et syndicalistes comme espoir pour l’avenir
« L’édition 2026 de l’Indice CSI des droits dans le monde révèle que la crise des droits des travailleurs ne se limite plus à quelques cas marginaux – elle est désormais au cœur même des démocraties, » a déclaré Luc Triangle, secrétaire général de la CSI. D’un point de vue structurel, les droits des travailleurs et travailleuses et des syndicats sont menacés à travers le monde. Et de poursuivre : « Mais les travailleurs et leurs syndicats ripostent. Lutter pour les droits des travailleurs revient à lutter pour la démocratie elle-même – pour nos droits, pour notre sécurité et pour nos moyens de subsistance. Sans syndicats forts, il ne peut y avoir de véritable démocratie. »
Soulignant l’importance de l’éducation en tant que pierre angulaire des droits humains et des sociétés démocratiques, Mugwena a ajouté : « On ne peut construire une démocratie en interdisant aux enseignant·e·s de s’exprimer, en emprisonnant des dirigeant·e·s de syndicats ou en démantelant leurs organisations. L’Internationale de l’Éducation affiche une solidarité inébranlable avec chaque enseignant·e et travailleur·euse de l’éducation confronté à la répression. Nous ne nous laisserons pas intimider. Nous continuerons à organiser, à donner de la voix et à réclamer justice. »
Et de conclure : « Nous appelons les gouvernements à respecter et à défendre les droits syndicaux et à reconnaître que la présence de syndicats de l'éducation forts et indépendants est essentielle pour assurer une éducation de qualité et des sociétés plus justes. »
Malgré ce sombre tableau, un petit nombre de pays ont amélioré leur bilan en matière de droits du travail et offrent une lueur d’espoir aux travailleurs et travailleuses du monde entier. C’est notamment le cas de l’Uruguay, où le nouveau Président Yamandú Orsi – professeur d’histoire et ancien membre du syndicat de l’éducation FENAPES – et son gouvernement se sont engagés à respecter les droits du travail, y compris le droit de grève, et à donner la priorité au dialogue social et à la négociation. En août 2025, la FENAPES a remporté une victoire significative qui a marqué la fin d’une longue lutte contre la persécution antisyndicale du précédent gouvernement.