Financer l’avenir : syndicats enseignants, étudiant·e·s et société civile se mobilisent en faveur du financement de l’éducation à l’échelle internationale
Alors que de nombreux pays procèdent à des coupes drastiques dans leurs budgets d’aide internationale au développement, le financement de l’éducation n’a jamais été aussi important. Face à cette réalité, l’Internationale de l’Éducation, Oxfam, le Global Student Forum et la Global Campaign for Education ont uni leurs forces pour organiser un atelier en ligne visant à identifier des mesures concrètes afin de garantir des reconstitutions substantielles des ressources pour le Partenariat mondial pour l’éducation (Global Partnership for Education, GPE) et L’Éducation ne peut pas attendre (Education Cannot Wait, ECW) en 2026. L’objectif plus large étant de créer une dynamique collective pour garantir un financement adéquat de l’éducation, pierre angulaire de sociétés justes, démocratiques et durables.
« Quand enseignant·e·s et élèves s’expriment d’une seule voix, cela crée une pression propice au changement », a déclaré Nasser Al-Faqih, chef des partenariats, du plaidoyer et de la mobilisation des ressources auprès du fonds mondial ECW, lors de l’événement en ligne qui s’est tenu le 25 juin.
Margarita Focas Licht, du GPE, et M. Al-Faqih ont présenté leurs campagnes de reconstitution de ressources respectives, en mettant l’accent non seulement sur les objectifs communs des deux fonds, mais aussi sur leurs forces complémentaires. Alors que le GPE se concentre sur la mise en place de projets éducatifs à long terme dans les pays cibles, l’ECW fournit un financement plus rapide et plus souple en cas de crises humanitaires. « Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie du GPE ou de l’ECW, mais bien de financer l’éducation », a souligné Mme Focas Licht.
Le paysage changeant de l’aide au développement
Les récentes coupes budgétaires intervenues au niveau des pays donateurs rebattent les cartes du débat sur l’aide. De fait, les données de 2025 ont révélé une baisse de 23 % de l’aide publique au développement (APD), soit la plus forte baisse jamais enregistrée en une seule année. Selon Matthew Simonds, responsable principal des politiques et du plaidoyer chez Eurodad, de nombreux gouvernements européens justifient ces coupes en invoquant l’impopularité de l’aide internationale au sein de l’opinion publique nationale. Cette situation a entraîné un essor croissant de ce que beaucoup appellent « l’aide mutuellement bénéfique », un cadre de développement qui subordonne l’aide à ce que les pays riches peuvent obtenir en contrepartie.
M. Simonds fait, toutefois, remarquer que les arguments invoqués concernant l’opinion publique n’ont pas été corroborés par une récente enquête menée dans les pays du G7, sans compter que les dispositifs d’aide mutuellement bénéfique se sont révélés inefficaces par le passé. « Ce que nous nous efforçons de faire à la place », a-t-il souligné, « c’est de construire un cadre qui replace la solidarité au cœur du débat sur le développement ».
Les intervenant·e·s ont par ailleurs souligné que ce plaidoyer ne devait pas se limiter à rallier les donateurs étrangers, mais qu’il devait aussi servir à encourager les gouvernements nationaux à investir davantage dans l’éducation. Selon Maria Ron Balsera, du Centre for Economic and Social Rights, entre 90 et 97 % du financement de l’éducation provient en réalité des gouvernements nationaux, précisant que « les recettes fiscales restent la source la plus durable de financement de l’éducation ». Malheureusement, la fraude fiscale prive de nombreux pays en développement d’une part importante de ces financements, obligeant souvent les gouvernements à affecter les fonds restants au remboursement de la dette plutôt qu’à l’éducation.
En raison de ces coupes budgétaires, les coûts liés à l’éducation sont souvent répercutés sur les ménages, que ce soit sous la forme d’une augmentation des frais de scolarité, du port obligatoire d’uniformes ou de l’inscription à des écoles privées. « Lorsque les entreprises ne paient pas leur juste part, ce sont les ménages qui sont mis à contribution », a averti Mme Balsera, ajoutant que « la question n’est pas de savoir si nous avons les moyens d’investir dans l’éducation, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas y investir. Ce qui nous préoccupe n’est pas tant le manque de ressources que l’absence de choix politiques permettant de mobiliser ces ressources pour investir dans notre avenir ».
Campagne pour la mobilisation de ressources nationales
Au cours de l’atelier, les syndicats de l’éducation ont discuté de stratégies visant à faire pression en faveur d’une augmentation du financement national de l’éducation dans leurs pays respectifs.
Daisy Zambuko, de la Zimbabwe Teacher’s Association (ZIMTA), a fait part de certaines des stratégies mises en œuvre par son syndicat dans le cadre de la campagne « La force du public : Ensemble on fait école ! ». Lancée en 2023 en partenariat avec l’Internationale de l’Éducation, cette campagne a permis de convaincre le gouvernement d’augmenter les dépenses consacrées à l’éducation, portant celles-ci de 14 % à 18 % du budget national. À cette fin, la ZIMTA a mis en œuvre une stratégie d’engagement continu auprès des député·e·s siégeant aux commissions du budget et de l’éducation, afin de leur présenter des données probantes et de démontrer en quoi un budget plus élevé permettrait d’améliorer les résultats éducatifs. Le ZIMTA a également formé les enseignant·e·s à la collecte et à la présentation de preuves du sous-financement des établissements scolaires, dans le but d’éclairer le travail de plaidoyer du syndicat. Il a par ailleurs lancé une campagne de sensibilisation pour aider les citoyen·ne·s à comprendre pourquoi le financement de l’éducation est important et pourquoi il devrait faire l’objet d’un débat national.
Carolina Finnette, du Tax Justice Network, a rappelé combien il était important d’intégrer la question de l’évasion fiscale dans le débat sur le financement. Elle a attiré l’attention sur le fait que près de 500 milliards USD étaient perdus chaque année du fait des dérogations accordées par les gouvernements aux grandes entreprises et aux milliardaires : « Il est impératif qu’un débat intersectoriel soit engagé pour faire avancer ce dossier. La fiscalité doit faire partie intégrante du débat sur l’éducation. Sans justice fiscale, l’éducation ne disposera pas de ressources suffisantes. »
Influencer les donateurs
Les participant·e·s ont également discuté des moyens de plaider en faveur d’une augmentation de l’aide publique au développement destinée à l’éducation. Évoquant la nécessité d’un changement de stratégie, Crispin Williams, de l’ECW, a souligné l’importance de recadrer le discours sur le financement de l’éducation, en établissant un lien entre celui-ci et des enjeux plus larges tels que la démocratie.
M. Williams a aussi évoqué plusieurs évolutions positives, notamment le fait que l’Irlande figure parmi les rares pays à avoir augmenté, ces dernières années, son aide publique au développement (APD). L’Irlande ayant récemment assumé la présidence du Conseil de l’Union européenne dans le cadre de sa rotation semestrielle, il pourrait désormais y avoir davantage d’occasions de braquer les projecteurs sur l’aide au développement et d’intensifier la communication à ce sujet avec les autres pays membres de l’UE.
Hector Ulloa, du Global Student Forum, a quant à lui évoqué l’importance de repenser la manière dont sont formulés les messages adressés aux donateurs sur le thème de l’éducation. Il a souligné que « nous devons nous efforcer de présenter l’éducation en tant que mesure vitale dans les contextes de crise, au même titre que les vaccins ou les comprimés de purification de l’eau, et non pas simplement comme une mesure complémentaire ». Il a aussi insisté sur le fait que la meilleure façon d’y parvenir passe par une coordination continue entre les parties prenantes et les organisations de la société civile : « Il est particulièrement important, en cette période de reconstitution des ressources, de disposer de ces espaces de coordination et de se mobiliser lorsque l’éducation semble passer au second plan. »