Le nouveau rapport PISA révèle une baisse des performances des élèves sur fond de pénurie chronique d’enseignant·e·s et de recul de la capacité d’attention
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié la dernière édition du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Après la chute sans précédent des performances enregistrée en 2022, les résultats d’apprentissage ont largement stagné ou continué de se dégrader dans de nombreux pays. La diminution de la capacité d’attention, l’utilisation excessive de l’intelligence artificielle et la pénurie mondiale d’enseignant·e·s comptent parmi les facteurs qui contribuent à cette évolution.
« Les résultats de PISA 2025 ne surprendront personne parmi celles et ceux qui suivent attentivement la situation de l’éducation. Nos élèves grandissent dans un monde qui sollicite constamment leur attention, un monde saturé de distractions et dépourvu de liens. Alors que la pénurie mondiale de personnels enseignants reste sans réponse, l’intelligence artificielle est présentée comme une solution miracle. Pourtant, son utilisation excessive conduit les enfants à déléguer leurs apprentissages et leur réflexion à un robot conversationnel. Plus que jamais, les élèves ont besoin de leurs enseignantes et enseignants. Nous devons repenser l’éducation et renforcer son fondement social, à savoir la relation essentielle entre l’élève et l’enseignante ou enseignant », a déclaré David Edwards, secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation.
Soulignant qu’un lieu appelé l’école revêt une importance encore plus grande à l’ère de l’intelligence artificielle, David Edwards a insisté sur l’urgence d’agir : « En tant qu’enseignantes et enseignants, nous n’attendrons pas trois années supplémentaires et la prochaine édition de PISA pour entendre ce que nous savons déjà : l’inaction des gouvernements entraîne une dégradation des résultats d’apprentissage. Dans le cadre de la campagne La force du public : ensemble, on fait école !, nous continuerons à plaider en faveur de systèmes d’enseignement public pleinement financés, dans lesquels du personnel enseignant bien formé et soutenu peut travailler avec des effectifs réduits, ce qui leur permet d’apporter à chaque élève l’attention et le soutien dont il ou elle a besoin pour s’épanouir. »
PISA 2025 constitue le neuvième cycle d’évaluation depuis 2000. Plus de 760.000 élèves, représentant 33 millions de jeunes de 15 ans dans 91 pays et territoires, ont participé à l’évaluation en 2025, ce qui en fait l’enquête PISA la plus vaste jamais réalisée.
PISA évalue les compétences et les connaissances des élèves de 15 ans en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences. Cette édition accorde une place centrale aux sciences. Pour la première fois, PISA 2025 a examiné la capacité des élèves à évaluer de manière critique les données scientifiques, à apprécier la fiabilité des informations et à appliquer leurs connaissances scientifiques à des prises de décision dans le monde réel. Une attention particulière a été accordée aux sciences de l’environnement et à la capacité d’action des élèves en matière environnementale.
Des résultats d’apprentissage qui stagnent ou continuent de se dégrader
Par rapport aux éditions précédentes, PISA 2025 révèle la tendance continue à la baisse des résultats des élèves. Si les scores en sciences sont restés globalement stables, les scores en mathématiques ont diminué de 22 points entre 2015 et 2025 dans les pays de l’OCDE, tout en enregistrant également un recul dans les pays non-membres de l’OCDE.
La compréhension de l’écrit a enregistré la baisse la plus marquée, avec une diminution des scores de 28 points dans les pays de l’OCDE et de 16 points parmi les pays et économies non-membres de l’OCDE entre 2015 et 2025. Cette évolution est particulièrement préoccupante, car les compétences en lecture sont fondamentales pour les apprentissages dans toutes les matières.
PISA 2025 souligne que l’accélération de la numérisation, l’allongement du temps passé devant les écrans et le recul de la lecture pour le plaisir ont coïncidé avec un affaiblissement des compétences en compréhension de l’écrit. Les pays ayant enregistré les baisses les plus importantes en lecture ont également eu tendance à connaître les reculs les plus marqués en mathématiques et en sciences.
De faux amis : l’intelligence artificielle et la technologie
Selon le rapport PISA 2025, même si les outils numériques et d’intelligence artificielle occupent une place croissante dans les apprentissages des élèves, leur relation avec les performances dépend de la manière dont ils sont utilisés. Dans les pays de l’OCDE, une utilisation modérée des appareils numériques à des fins d’apprentissage est associée à de meilleurs résultats en sciences, tandis qu’une utilisation excessive et les distractions numériques sont associées à des résultats plus faibles.
Les élèves qui n’utilisent pas de robots conversationnels reposant sur l’intelligence artificielle pour leurs travaux scolaires obtiennent généralement de meilleurs résultats que celles et ceux qui y ont recours. Ils et elles sont également plus susceptibles de déclarer demander de l’aide, ce qui indique que l’utilisation de l’intelligence artificielle n’est pas une condition nécessaire à la réussite.
Fait préoccupant, plus d’un élève sur quatre déclare que ses camarades sont distraits par des appareils numériques pendant la plupart des cours de sciences, voire à chacun de ces cours.
La crise des personnels de l’éducation se poursuit
En 2025, en moyenne dans les pays de l’OCDE, environ quatre élèves sur dix fréquentaient un établissement dont la direction signalait que le manque d’enseignant·e·s entravait dans une certaine mesure, voire fortement, l’enseignement. Une proportion similaire d’élèves était scolarisée dans des établissements où le manque de personnels de soutien était considéré comme un obstacle à l’enseignement.
En outre, selon PISA 2025, les pénuries de personnels de l’éducation sont signalées plus fréquemment dans les établissements défavorisés sur le plan socio-économique que dans les établissements favorisés. Dans la plupart des pays et économies, elles sont également davantage signalées dans les établissements publics que privés. Cette situation soulève de graves préoccupations quant à la répartition équitable des ressources humaines et vient appuyer l’appel lancé par l’Internationale de l’Éducation à tous les gouvernements pour qu’ils soutiennent la campagne La force du public : ensemble, on fait école ! et financent pleinement les systèmes d’enseignement public.
Le premier rapport de PISA 2025 a été publié le 8 septembre 2026. Des résultats supplémentaires consacrés à l’anglais en tant que langue étrangère seront publiés en avril 2027. Un rapport sur l’apprentissage dans un monde numérique paraîtra en mai 2027.